Les paléoanthropologues considèrent généralement que c’est par l’utilisation systématique d’outils de pierre que les premiers hominina se distinguèrent de la faune environnante Les Hominina sont une sous-tribu d’hominidés qui inclut le genre Homo et les genres éteints apparentés, tels que les Australopithèques ou les Paranthropes. Cette sous-tribu rassemble toutes les espèces de la lignée humaine, qui s’est séparée de la lignée des chimpanzés il y a au moins 7 millions d’années.
On a pensé pendant longtemps que leur capacité d’imaginer, de fabriquer et d’utiliser des outils permettait de distinguer les individus du genre Homo des autres grands singes. Personne ne doute que les hommes préhistoriques aient intentionnellement taillé des pierres tranchantes à arêtes vives. L’apparition de cette technologie est même considérée comme un tournant dans l’évolution de l’Homme, devenant chasseur-cueilleur.
C’était sous estimer les macaques.
Le macaque, selon wikipedia, est un genre de primates de la famille des Cercopithecidae. Ces singes catarhiniens sont largement répandus en Asie, de l’Inde jusqu’au Japon et à la ligne Wallace, ainsi qu’en Afrique du Nord et à Gibraltar. Ce sont en effet les seuls primates, à l’exception de l’Homme, qui soient présents sur deux (voire trois) continents et surtout qui se soient acclimatés largement au-dessus de la zone intertropicale.
Les macaques passent plusieurs heures par jour à rechercher leur nourriture : fruits, herbe, racines, écorces, graines, bourgeons et feuilles, mais aussi des insectes, des fleurs et quelques champignons. Les macaques sont surtout frugivores dans les pays tropicaux. Mais les fruits sont moins abondants dans les régions tempérées et les graines et les feuilles forment l’essentiel de leur régime alimentaire. Au nord du Japon, les macaques ne trouvent plus grand-chose à manger pendant l’hiver. Durant cette saison, ils doivent se contenter de brindilles et de l’écorce des arbres.
Des anthropologues proposent de voir la chose différemment et de tourner le regard vers les singes d’aujourd’hui, plus précisément vers les macaques à queue longue du Parc national d’Ao Phang Nga en Thaïlande. Et si certaines de ces pierres à arêtes vives n’étaient en fait que des accidents ?
Autrement dit, les éclats modernes ressemblent à s’y méprendre à ce qu’on imagine être les plus vieilles pierres taillées, datant de 3,3 millions d’années à 1,56 million, et supposément fabriquées par l’ancêtre d’Homo sapiens. Se pourrait-il que celles-ci soient en fait des éclats obtenus de façon non volontaire ? C’est l’hypothèse, non conventionnelle, que les anthropologues développent dans un article publié dans la revue « Science », au mois de mars.
Pour eux, leur travail confirme que la production d’outils en pierre n’est pas réservée aux humains et à leurs ancêtres, mais qu’il ouvre une réflexion plus large sur la paléontologie. De fait, 20 à 30 % des éclats tranchants conservés dans les collections préhistoriques ne sont en fait des productions accidentelles. Ils imaginent qu’avant de vouloir produire des pierres tranchantes, les premiers hominidés en ont peut-être produit de façon non intentionnelle. Ils proposent même une chronologie : la production involontaire par cassage de noix aurait précédé la production volontaire.
Les chimpanzés utilisent toutes sortes d’objets, feuilles, mousses, tiges, bâtons de bois, et des pierres. Ils sélectionnent précautionneusement les pierres sur le chemin qui les mènent à l’endroit où ils les cassent. Ce comportement sophistiqué s’explique par des capacités cognitives a priori plus avancées par rapport aux autres singes. On sait que les gorilles utilisent très peu d’outils. Les macaques, eux, en font un usage à la fois moins prononcé et d’une moindre complexité : l’outil sera moins modifié ou moins sélectionné. Cela dit, il faut garder en tête que les chimpanzés sont plus étudiés que les autres espèces
Il y a deux manières : soit un singe peut se retrouver dans les mêmes conditions que ses congénères et réapprend par lui-même, soit il observe les autres et expérimente, c’est-à-dire essaye de reproduire les gestes des individus qui les maîtrisent. Chez les chimpanzés, on observe une transmission familiale avec un enseignement de la mère qui prend la pierre de son petit et lui montre les gestes, mais cela reste rare, l’observation prédomine. Maîtriser le cassage de noix avec une pierre, le marteau, sur une autre grosse pierre, l’enclume, nécessite une dizaine d’années.
Il y a beaucoup d’exemples d’autres espèces qui elles aussi se servent d’outils Les corvidés (la famille des geais, choucas, pies, corbeaux…) en général sont très habiles. Le corbeau de Nouvelle-Calédonie, par exemple, coupe des petites plantes en forme de crochet pour déloger les larves des trous d’arbre. Les pinsons des Galapagos utilisent des tiges ; le vautour d’Égypte des pierres pour casser les œufs d’Autruche. Les loutres cassent les coquillages avec des cailloux. Les cétacés sont assez habiles également: certains dauphins placent des éponges devant leur rostre pour attraper des oursins sans être piqués et d’autres transportent des petites murènes et les positionnent pour déloger d’autres espèces de poissons.
Mais les macaques comme toutes les autres espèces utilisant des outils ne le font que pressés par la nécessité faute d’autres sources plus accessibles . C’est le cas des macaques évoqués dans l’article de recherche dont nous publions ci-dessous les références et l’abstract.
Ils devraient remercier le Covid 19
Référence
Influence of COVID-19 on the emergence of stone-tool use behavior in a population of common long-tailed macaques (Macaca fascicularis fascicularis) in Thailand
Raza Muhammad, Titiporn Kaikaew, Suchada Panjan, Suthirote Meesawat, Wipaporn Thabthimthong, Sunchai Payungporn, Jirawat Apipattarachaiwong, Sreetharan Kanthaswamy, Yuzuru Hamada, Lydia V. Luncz, Suchinda Malaivijitnond
First published: 27 November 2023
https://doi.org/10.1002/ajp.23580
Abstract
Stone tool use is a rare behavior across nonhuman primates. Here we report the first population of common long-tailed macaques (Macaca fascicularis fascicularis) who customarily used stone tools to open rock oysters (Saccostrea forskali) on a small island along the Thai Gulf in Koh Ped (KPE), eastern Thailand. We observed this population several times during the past 10 years, but no stone-tool use behavior was observed until our survey during the coronavirus disease 2019 (COVID-19) pandemic in July 2022. KPE is located in Pattaya City, a hotspot for tourism in Thailand. Tourists in this area frequently provided large amounts of food for the monkeys on KPE. During the COVID-19 curfew, however, tourists were not allowed to access the island, and monkeys began to face food scarcity. During this time, we observed stone-tool use behavior for the first time on KPE. Based on our observations, the first tool manipulation was similar to stone throwing (a known precursor of stone tool use). From our observations in March 2023, we found 17 subadult/adult animals performing the behavior, 15 of 17 were males and mostly solitary while performing the behavior. The M. f. fascicularis subspecies was confirmed by distribution, morphological characteristics, and mtDNA and SRY gene sequences. Taken together, we proposed that the stone tool use behavior in the KPE common long-tailed macaques emerged due to the COVID-19 food scarcity. Since traveling is no longer restricted many tourists have started coming back to the island, and there is a high risk for this stone tool-use behavior to disappear within this population of long-tailed macaques.
