20.12.2023 ITER, un bon projet mais des contre-performances françaises à la réalisation

La France, en retard dans de nombreux domaines scientifico-industriels sur les Etats-Unis , la Russie et bientôt la Chine, pouvait se féliciter de ses performances dans l’électro-nucléaire. En matière de fission, ses centrales regroupent un total de 56 réacteurs dont 32 produisent chacun une puissance électrique de 900 MWe, 20 réacteurs de 1300 MWe, tandis que les quatre derniers délivrent 1450 MWe. Elle avait pris quelques retards à Flamanville, mais celui-ci est en voie de rattrapage.

En matière de fusion, le programme international ITER  International Thermonuclear Experimental Reactor, est un prototype de réacteur à fusion nucléaire en construction en France à Cadarache depuis 2006. Il s’agit d’une collaboration entre 35 pays dans laquelle les équipes françaises jouent un rôle encore dominant. D’autres expériences de fusion entreprises à l’étranger annoncent aujourd’hui avoir réussi le processus, mais il s’agit quasiment encore de réalisations de laboratoire.

Or aujourd’hui le journal Scientific American confirme ce que l’on commençait à savoir en France. Le programme ITER éprouve de grands difficultés
https://www.scientificamerican.com/article/worlds-largest-fusion-project-is-in-big-trouble-new-documents-reveal/

Qui plus est , ces difficultés ne sont pas liées à des questions de fond comme il s’en découvre inévitablement . Il s’agit essentiellement de problèmes de chaudronnerie.

Selon le 4e directeur général d’ITER l’italien Pietro Barabaschi, deux problèmes techniques se sont annoncés. Des « non-conformités dimensionnelles » sur trois secteurs du tokamak (qui en comporte neuf au total), livrés par la Corée du Sud : jusqu’à deux centimètres d’écart entre deux parties devant être soudées Deux centimètres !!!. Il fallait vraiment avoir les yeux dans les poches pour ne pas s’en apercevoir avant recette.

Un des secteurs ayant déjà été installé dans la fosse, il devra être retiré. Cette soudure est nécessaire pour la « chambre à vide », (19 mètres de diamètre pour 11 mètres de hauteur) où se produirait la réaction de fusion.

Second problème, des traces de corrosion sur « l’écran thermique », censé protéger de la chaleur générée par la fusion. C’est un défaut de fabrication de la pièce, pouvant engendrer des fuites d’hélium, qu’il faut donc réparer ou changer.

Au-delà du respect du calendrier, l’impact financier est très important . Le coût a déjà quadruplé par rapport aux premières estimations, avoisinant les 20 milliards d’euros. Ce chiffre va de façon certaine être amené à augmenter en fonction des problèmes techniques découverts. De plus les réparations pourraient prendre des années.

De nationalité italienne, Pietro Barabaschi est le quatrième directeur général d’ITER Organization, après les Japonais Kaname Ikeda (2006-2010) et Osamu Motojima (2010-2015), et le Français Bernard Bigot (2015-2022).

A l’origine, ITER visait à réaliser son premier plasma en 2025 et d’autres tests en 2035. Aujourd’hui, aucune prévision n’est désormais crédible

Inévitablement se pose la question de la responsabilité des directeurs généraux successifs et de leurs collaborateurs. Leur rôle n’était-il pas de vérifier depuis longtemps si la Corée du Sud et autres sous-traitants imposés sans doute pour des raisons diplomatiques s’acquittaient convenablement de leurs tâches.

Pour en savoir plus

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/fusion-nucleaire-le-programme-iter-mine-par-des-problemes-de-soudure-des-annees-de-retard-en-vue-1ce9e294db42a879ee199b90aa9a187e

https://fr.euronews.com/next/2023/12/19/reacteur-iter-reproduire-le-pouvoir-du-soleil-pour-alimenter-la-terre-en-energie

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