08/10/2023 La Russie, « Etat-civilisation »

Vladimir Poutine prend plus souvent la parole que ne le rapportent les médias occidentaux. Le thème principal qui l’inspire consiste à opposer la Russie, « Etat-civilisation » à un Occident , représenté par les Etats-Unis , seulement intéressé par des guerres incessantes visant à s’approprier les ressources des autres Etats et en faire politiquement de véritables colonies.

Avec la guerre en Ukraine, la confrontation idéologique entre la Russie Etat-civilisation et un Occident accusé de vouloir lui imposer des valeurs qui lui sont étrangères, atteint son paroxysme. Ceci conduit Vladimir Poutine à magnifier la Russie et refuser son assimilation par un Occident qui ne représente aucun des idéaux qui sont les siens.

Il en résulte que la population russe profonde qui comprend semble-il dans sa majorité ce message, continue à accepter les morts et les privations résultant de cette guerre.

Dans sa brève intervention prononcée le 22 août 2022 à l’occasion de la « journée du drapeau« , Vladimir Poutine a souligne que cet emblème « symbolise notre foi dans les valeurs traditionnelles auxquelles nous ne renoncerons jamais ». « Le désir de vivre selon notre volonté, de choisir notre propre voie et de la suivre, est désormais constitutif du code génétique de notre peuple« . Cette notion de code est présente depuis longtemps dans son discours. En janvier 2012, alors que beaucoup d’opposants contestent son retour au Kremlin, Poutine a évoqué, dans une tribune consacrée à la « question nationale« , l’identité russe, caractérisée par un « autre code culturel« , que « l’on a tenté et que l’on tente de casser » et qu’il faut donc « préserver, renforcer et nourrir« . 

L’idée d’une Russie « État-civilisation » est abondamment propagée ces dernières années par le discours officiel. Dans un entretien, diffusé en mai 2020, Vladimir Poutine parle de la Russie, « non seulement comme un pays, mais comme une civilisation distincte grâce à ses riches traditions, à son caractère multiethnique, à ses nombreuses cultures et confessions« . C’est également en mai 2020 que Nikolaï Patrouchev, secrétaire du conseil de Sécurité de Russie, a dans une longue interview, souligné l’importance de la réforme constitutionnelle, qui renforce les pouvoirs du Kremlin et qui « ouvre une nouvelle page dans l’histoire de l’État russe« . 

Dans un article intitulé « la solitude du sang-mêlé« , publié il y a quatre ans, Vladislav Sourkov, ancien conseiller  du Kremlin, explique que l’année 2014 marque « la fin du cheminement épique de la Russie vers l’Occident, la fin des tentatives répétées et invariablement vouées à l’échec de devenir partie de la civilisation occidentale« . Le conflit avec l’Ukraine a provoqué un tournant dans la perception de la Russie comme puissance européenne, il a mis fin à ses deux grands projets géopolitiques (« grande Europe » et « grande Eurasie« ), et la conduit au repli, explique l’historien Igor Torbakov. D’où le regain d’intérêt pour Vadim Tsymboursky, auteur en 1993 d’un ouvrage de référence, « l’île Russie« , dans lequel il se fait l’avocat d’une Russie insulaire.

Il faut reconnaître qu’aux Etats-Unis, les élites dirigeantes du parti républicain comme du parti démocrate, ne font rien pour mettre en valeur l’Etat-civilisation américain, pour reprendre termes de Vladimir Poutine. Dans les Etats européens, pour ce qui les concerne, le spectacle donné par Washington ne représente en rien un exemple de civilisation.

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