Six jeunes militants écologistes européens du réseau RePlanet, https://www.replanet.ngo/ et menés par une activiste suédoise de 18 ans, Ia Aanstoot, ont lancé, le 30 août 2023, une vaste campagne de communication, baptisée « Cher Greenpeace ».
Pétition à l’appui, ils demandent à l’ONG de « renoncer à son opposition démodée et non scientifique à l’énergie nucléaire » et de les rejoindre « dans la lutte contre les combustibles fossiles ». Un positionnement encore inimaginable il y a quelques années, tant Greenpeace a pu faire figure d’association tutélaire et intouchable.
« Nous faisons confiance à la science », affirme-le collectif. « Contrairement à certaines personnes qui dirigent Greenpeace, c’est notre génération qui devra vivre avec les conséquences du changement climatique. (…) Notre génération fait confiance à des organismes respectés comme le GIEC qui affirment que nous ne pouvons pas atteindre les objectifs climatiques de Paris sans énergie nucléaire »,
Le dernier rapport du GIEC est en effet clair sur le nucléaire : pouvant fournir « une énergie à faible émission carbone à grande échelle », l’atome est, malgré des réserves sur son coût et son acceptabilité, un indiscutable atout énergétique dans la lutte contre le changement climatique.
Pour RePlanet, l’opposition de Greenpeace au nucléaire sert, in fine, les intérêts des combustibles fossiles. Le cas de l’Allemagne est parlant : entre 2005 et 2020, Berlin a porté de 5 à 32% la part des renouvelables intermittents (éolien et photovoltaïque) dans son mix électrique. Tout en promouvant et poursuivant, au nom de l’Energiewende, une active stratégie de sortie du nucléaire, fermant ses derniers réacteurs en avril 2023. Entre 2005 et 2020, le charbon a certes reculé, passant de 45 à 24% du mix électrique allemand, mais la part du gaz fossile a augmenté (de 12 à 16%), et, surtout, le pays a préféré l’abandon du nucléaire à la fermeture de plus de centrales fossiles.
Si elle avait conservé toutes ses centrales nucléaires, l’Allemagne serait déjà pratiquement sortie du charbon, et aurait réduit bien plus significativement ses émissions de CO2.
Il est temps de voir la réalité en face sur la révolution énergétique allemande, l’Energiewende, et sa priorité donnée envers et contre tout à la production d’électricité renouvelable assortie de l’abandon dans le même temps du nucléaire. Une stratégie prônée par les écologistes de tous partis et les fonctionnaires européens
Elle est pourtant totalement irrationnelle et inefficace, ce qui ne l’a pas empêché d’être imposée pour des raisons uniquement politiques par les institutions européennes. Et pourtant, c’est un échec total. En dépit d’investissements considérables, elle n’a fait très peu diminuer les émissions de gaz à effet de serre et renchérit considérablement le prix de l’électricité. Car quand il n’y a pas de vent et pas de soleil, la seule solution consiste à faire tourner à plein régimes les centrales au charbon et au gaz… russe.
Et pour passer un hiver qui s’annonce difficile, le gouvernement allemand vient même d’annoncer maintenir en veille jusqu’au printemps prochain deux réacteurs nucléaires qui auraient dû être fermés définitivement à la fin de l’année.
La France quant à elle ne peut que se féliciter de sa politique énergétique : maintenir en activité pendant sans doute trente ans encore son parc de 18 centrales nucléaires, en les rajeunissant progressivement et parallèlement prendre la tête à Cadarache du consortium international ITER visant à produire aussi vite que possible l’électricité de fusion nucléaire dont elle aura besoin pour prendre le relais de la fission.
