Jésus avait une femme, qu’il préférait à ses disciples, tous des hommes. C’est ce qu’affirme le gnosticisme.
Le courant de pensée gnostique a été profondément influencé par la pensée philosophique et religieuse du monde grec. Ses premières manifestations sont antérieures à la naissance du christianisme. Son fondateur, Simon le Mage, n’était pas chrétien. Ce n’est qu’ultérieurement, au deuxième siècle de notre ère, que le gnosticisme est devenu l’un des courants hérétiques du christianisme. Il a donné naissance à de nombreux textes dont l’Évangile de Philippe qui date au plus tôt des années 150 après J.-C., et l’Évangile de Thomas qui suscite aujourd’hui beaucoup de curiosité .
On ne sait pas trop quand est apparu le gnosticisme. C’est un courant de pensée profondément influencé par la pensée philosophique et religieuse du monde grec. Ses premières manifestations sont antérieures à la naissance du christianisme. Son fondateur, Simon le Mage, n’était pas chrétien. Ce n’est qu’ultérieurement, au deuxième siècle de notre ère, que le gnosticisme est devenu l’un des courants hérétiques du christianisme. Il a donné naissance à de nombreux textes dont l’Évangile de Philippe qui date au plus tôt des années 150 après J.-C., et l’Évangile de Thomas qui suscite aujourd’hui beaucoup de curiosité et de fascination.
De fait, l’Évangile de Philippe fait référence à Myriam de Magdala (Marie-Madeleine) et la présente comme la compagne de Jésus. Il dit d’abord (sentence 32)
: « Trois marchaient toujours avec le Seigneur : Marie, sa mère, et la sœur de celle-ci, et Myriam de Magdala que l’on nomme sa compagne, car Myriam est sa mère, sa sœur et sa compagne ».
Et quelques pages plus loin (sentence 55), il précise : « Le Seigneur aimait Myriam (c’est-à-dire Marie-Madeleine) plus que tous les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples le virent aimant Myriam et lui dirent “Pourquoi l’aimes-tu plus que nous ?”. Le Sauveur répondit “Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu’elle ?” ».
Nous allons tenter de comprendre comment l’Évangile de Philippe a pu rapporter ces propos et de quelle manière on peut les éclairer. Cela permettra, sinon de conclure que Jésus avait une compagne, du moins de découvrir certains aspects de la pensée gnostique.
Qui était Marie-Madeleine ?
Peut-on déjà dire, d’après les Évangiles canoniques, que Marie-Madeleine a une place particulière auprès de Jésus ? Marie (dite Madeleine) faisait partie des femmes de Galilée qui suivaient Jésus et l’assistaient de leurs biens, par gratitude pour une guérison obtenue. Le surnom de Madeleine, accordé à Marie signifie probablement qu’elle était originaire de Magdala . Jésus l’avait libérée de sept démons, ce qui ne signifie pas forcément qu’elle était une pécheresse.
Marie-Madeleine était-elle également Marie de Béthanie (la sœur de Lazare et de Marthe qui écoute religieusement Jésus pendant que Marthe s’affaire à lui préparer un repas) ou encore la pécheresse anonyme qui essuie les pieds de Jésus avec ses cheveux) ?
On peut en douter. L’Évangile de Jean distingue soigneusement Marie-Madeleine de Marie de Béthanie. Et on ne peut pas davantage identifier Marie-Madeleine à la pécheresse de Luc car lorsque Luc la présente , il ne fait aucun lien avec sa pécheresse. Les trois femmes étaient donc vraisemblablement distinctes. Pourtant, par la suite, elles ont souvent été confondues. C’est pourquoi on a fait de Marie-Madeleine l’archétype de la pécheresse (peut-être même de la prostituée) repentante et pardonnée.
Ce qui est clair en tout cas, c’est que les Évangiles donnent une grande place à Marie-Madeleine. Elle fait partie des femmes qui assistent à la crucifixion de Jésus et découvrent le tombeau vide. De plus, et surtout, selon Matthieu, Marc et Jean, Marie-Madeleine figure parmi les femmes qui, les premières, reçoivent l’annonce de la résurrection, avant les disciples. Selon l’Évangile de Jean, elle a même eu le privilège d’assister à la première apparition de Jésus en personne C’est elle qui va ensuite annoncer la résurrection du Christ aux disciples, en particulier à Pierre.
Ce n’est pas un hasard. Le récit de l’Évangile de Jean est très attentif aux préséances au moment de la résurrection car elles sont significatives du rang qui, dans l’Église primitive, devait être accordé à Pierre et à Jean (le disciple que Jésus aimait), ainsi qu’à Marie-Madeleine, à qui il a voulu donner une place prépondérante.
Marie-Madeleine a une place fondamentale et même première, y compris par rapport à Pierre, ce qui est révélateur des conflits entre le courant du christianisme « orthodoxe » (représenté par Pierre) et le courant gnostique (représenté par Marie-Madeleine).
Donnons quelques exemples. Dans l’Évangile de Thomas, « Simon Pierre dit aux disciples : que Marie (Madeleine) sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie ». Dans la Pistis Sophia, Pierre se fâche parce que Jésus dialogue principalement avec Marie-Madeleine. Dans les Dialogues du Sauveur, Marie-Madeleine fait partie, avec Jude et Matthieu, du petit groupe qui reçoit une instruction particulière du Seigneur et elle est louée comme une femme qui « connaît le Tout ». Enfin, dans l’Évangile de Marie (Marie étant Marie-Madeleine et non Marie, mère de Jésus), Marie-Madeleine est très clairement privilégiée par rapport à Pierre à qui elle doit tout expliquer. « Pierre dit : “Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi avec une femme ? […] L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?”. Alors Marie pleura […]. Lévi prit la parole et dit “Pierre, tu as toujours été un emporté ; je te vois maintenant t’acharner contre la femme, comme font nos adversaires. Pourtant si le Maître l’a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément le Maître la connaît très bien, il l’a aimée plus que nous.” »
Donc, de deux choses l’une. Ou bien Marie-Madeleine a effectivement eu une place importante dans le christianisme primitif des années 40 à 50 après J.-C. mais ce rôle a été ensuite minimisé par l’Église officielle (sauf par le courant johannique). Ou bien le gnosticisme, pour des raisons qu’il faudra essayer de comprendre, a voulu lui « créer » un rôle primordial en dépit du fait qu’elle était femme ou peut-être, justement parce qu’elle était une femme.
Rappelons que l’Évangile de Philippe a été écrit plus de cent vingt ans après la mort de Jésus.
Extrait, avec nos remerciements, de
https://www.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2006-2-page-167.htm
