14/08/2023 Futures difficultés économiques et politiques de la Chine

Sources
Diverses dont World Socialist Web Site

Selon les dernières données officielles publiées cette semaine, les exportations chinoises ont chuté de 14,5 pour cent en juillet par rapport à l’année précédente. Cette chute, la plus importante depuis le début de la pandémie de COVID-19 au début de l’année 2020, n’est qu’un des indices économiques qui confirment les difficultés de la deuxième économie mondiale et du premier exportateur.

Les exportations chinoises ont diminué de 12,4 pour cent au cours de chacun des trois derniers mois, chutant de 12,4 pour cent. Les importations ont également chuté de 12,4 pour cent en juillet et de 6,8 pour cent en juin, reflétant à la fois une baisse des dépenses de consommation et une contraction de la demande d’importation de matière première et autres entrants de la part des fabricants.

Certes, les chiffres officiels de l’inflation publiés hier montrent que, contrairement à une grande partie du reste du monde, les prix sont globalement en baisse en Chine. L’indice des prix à la consommation a baissé de 0,3 pour cent en glissement annuel en juillet, alors qu’il était resté stable en juin. L’indice des prix à la production, qui mesure le prix des marchandises à la sortie de l’usine, a encore baissé de 4,4 pour cent en juillet.

Mais ceci n’est pas bon signe. La chute des prix est une preuve supplémentaire du fait que le rebond attendu des dépenses de consommation à la suite de la levée par le gouvernement de la quasi-totalité des restrictions COVID-19 au début de l’année ne s’est pas produit. Tout au long de l’année, la Chine s’est trouvée au bord de la déflation, un indicateur de stagnation économique.

Le régime du Parti communiste chinois (PCC) s’est fixé un objectif modeste de croissance économique de 5 pour cent. il s’agirait de la croissance la plus faible depuis 1990. Même l’objectif de 5 pour cent est aujourd’hui remis en question. La croissance du deuxième trimestre de cette année a été de 6,3 pour cent par rapport à la même période de l’année dernière, alors que les principaux centres de production, tels que Shanghai, étaient sous le coup des mesures entreprises pour combattre le COVID-19.

Le président chinois Xi Jinping et les dirigeants du PCC sont manifestement préoccupés par l’état de l’économie, notamment en raison des risques de troubles sociaux. Lors de sa réunion du mois dernier, le Politburo du PCC a admis que l’économie avait fait des « progrès tortueux » depuis la levée des restrictions due au COVID-19. Il a promis « d’optimiser concrètement l’environnement de développement des entreprises privées », en réduisant les restrictions imposées aux promoteurs immobiliers et autres sociétés privées.

Le déclin des exportations chinoises et le ralentissement économique ne sont pas seulement le résultat d’une faible croissance mondiale et d’un commerce mondial chancelant, mais aussi de la guerre économique menée par les États-Unis pour détruire l’économie chinoise et, en particulier, paralyser ses industries de haute technologie. Le président américain Joe Biden a non seulement maintenu les droits de douane punitifs imposés à la Chine par son prédécesseur Trump, mais il a aussi considérablement élargi la portée des interdictions imposées aux entreprises chinoises de haute technologie et à la vente de puces informatiques de pointe et d’équipements de fabrication de puces à la Chine, au nom de la « sécurité nationale ».

Biden a intensifié l’attaque contre les industries chinoises de haute technologie en signant des mesures visant à interdire aux entreprises américaines et aux sociétés de capital-risque d’investir dans des sociétés chinoises impliquées dans des technologies de pointe, notamment dans le développement de semi-conducteurs, d’ordinateurs quantiques et de certaines applications de l’intelligence artificielle.

Loin d’être étroitement ciblées, comme le prétend Washington, les interdictions ont une portée considérable et sont conçues pour paralyser la capacité de la Chine à concurrencer les applications commerciales et militaires de haute technologie. De plus, comme pour les interdictions précédentes, les États-Unis font pression sur leurs alliés d’Europe et d’Asie pour qu’ils leur emboîtent le pas.

Washington considère la Chine comme la principale menace à son hégémonie mondiale et ne reculera devant rien, y compris la guerre, pour faire céder Pékin. Le fait même que la guerre économique menée par lui le soit au nom de la « sécurité nationale » laisse penser que les États-Unis se préparent rapidement à un conflit militaire avec la Chine, alors même qu’ils intensifient la guerre contre la Russie.

Face à l’incertitude croissante créée par la guerre économique américaine, les entreprises mondiales diversifient de plus en plus leurs bases de production dans ce que l’on appelle la « Chine plus un » The “China Plus One” strategy refers to a business strategy adopted by companies, especially multinational corporations, to diversify their production and supply chain activities by adding an alternative manufacturing or sourcing location to China.— en d’autres termes, elles conservent certaines usines en Chine, en particulier pour l’énorme marché chinois, tout en délocalisant une grande partie de la production ailleurs. Bien que de nombreux facteurs soient sans doute en jeu, les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 23 pour cent d’une année sur l’autre en juillet, alors que les exportations vers les États-Unis en provenance du Mexique, du Canada, du Viêt Nam et d’autres pays ont fortement augmenté.

Le ralentissement économique de la Chine génère indubitablement de vives tensions sociales et politiques. Le tournant du PCC vers la restauration capitaliste à partir de 1978 reposait idéologiquement sur l’affirmation que le marché élèverait le niveau de vie de l’ensemble de la population. À l’apogée de l’expansion économique chinoise, l’appareil du PCC considérait qu’une croissance économique de 8 pour cent était la référence pour un taux d’emploi élevé et la stabilité sociale.

Aujourd’hui, l’objectif de croissance économique est de 5 pour cent et le chômage augmente. Le taux officiel de chômage urbain pour le mois de juillet était de 5,4 pour cent, mais ce chiffre n’inclut pas les très nombreux migrants internes des zones rurales — environ 280 millions de travailleurs — qui affluent vers les villes pour y trouver une main-d’œuvre bon marché dans les secteurs de la fabrication et de la construction. Les travailleurs migrants sont traités comme des citoyens de seconde zone, qui n’ont pas droit aux services essentiels dans les villes où ils travaillent et sont les premiers à être licenciés.

Le chômage des jeunes en milieu urbain est bien plus élevé, atteignant un taux record de 21,3 pour cent pour les 16-24 ans en juin, selon les statistiques officielles. Cependant, de nombreux jeunes, en particulier les millions de nouveaux diplômés de l’université, abandonnent tout simplement le marché du travail, ou « s’allongent pour ne rien faire » selon l’expression chinoise, malgré les exhortations du gouvernement à accepter n’importe quel emploi subalterne et mal rémunéré. Zhang Dandan, économiste à l’université de Pékin, a estimé que le taux de chômage réel des jeunes en mars pourrait avoir atteint 46,5 pour cent. Et c’est sans compter la situation dans les zones rurales.

L’aliénation des jeunes est alimentée par l’énorme fossé social entre les riches et les pauvres généré par les processus de restauration capitaliste. Alors que le nombre de milliardaires en dollars en Chine n’a parfois été dépassé que par celui des États-Unis, de larges pans de la population luttent pour survivre avec des revenus très faibles. En 2020, le premier ministre chinois Li Keqiang a déclaré que 600 millions de personnes vivaient avec moins de 1 000 yuans (143 dollars américains) par mois, soit moins de 5 dollars par jour.

Le président Xi, qui est conscient des tensions sociales explosives qui se développent, a fait de la « prospérité commune » un slogan clé de son troisième mandat, faisant pression sur l’oligarchie des entreprises pour qu’elle contribue à l’enrichissement de la société, tout en se vantant d’avoir mis fin à la pauvreté absolue en Chine. Si l’extraordinaire expansion économique de la Chine a permis d’améliorer le niveau de vie d’une grande partie de la population, des inégalités sociales flagrantes subsistent et le sort des pauvres s’aggrave à mesure que l’économie s’effondre. La réaction de l’appareil bureaucratique du PCC a été d’exiger que les médias donnent une tournure positive aux mauvaises nouvelles économiques et de censurer les vidéos et les images de pauvreté terrible apparaissant sur les médias sociaux.

Le marasme économique et les tensions sociales qui se développent en Chine ne sont qu’une expression de l’aggravation de la crise du capitalisme à l’échelle internationale, y compris aux États-Unis. En outre, dans une économie mondiale qui a été profondément intégrée par les processus de production mondialisée au cours des quatre dernières décennies, les mesures de guerre commerciale prises par les États-Unis pour exacerber l’effondrement de l’économie chinoise seront mal ressenties d’une manière ou d’une autre.

Les mesures de relance chinoises prises à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009 ont joué un rôle crucial dans la reprise de l’économie mondiale, tout comme les exportations chinoises pendant la période initiale de la pandémie de COVID-19. Aujourd’hui, alors que l’économie mondiale ralentit dans un contexte d’instabilité financière croissante, la Chine, couverte de dettes et qui est confrontée à une guerre commerciale punitive de la part des États-Unis, n’est plus en mesure de jouer le même rôle.

Nous ajouterons pour notre part que le réchauffement climatique prévu pour les prochaines années ne fera accroître les difficultés chinoises. Une grande partie du territoire agricole actuel se désertifiera, tandis que le débit des fleuves nourriciers (énumérés ci-dessous) se rétrécira

FleuveLongueurSurface bassin versantDébit
Bassin versant de l’Amour
Songhua1 434 km557 180 km22 463 m3/s
Argoun1 620 km164 500 km²340 m3/s
Bassin versant du Liao
Liao1345 km232 000 km2500 m3/s
Bassin versant du Hai He
Hai He1 329 km318 200 km2717 m3/s
Bassin versant du Fleuve Jaune
Fleuve Jaune5464 km752 443 km22 571 m3/s
Wei He818 km135 000 km2
Bassin versant du Huai He
Huai He1 078 km174 000 km21 110 m3/s
Bassin versant du Yangzi Jiang
Yangzi Jiang6 380 km1 800 000 km230 000 m3/s
Gan885 km81 600 km21 667 m3/s
Han885 km174 300 km22 156 m3/s
Xiang856 km94 815 km22 070 m3/s
Yuan864 km89 163 km22 158 km²/s
Wu1150 km80 300 km21 108 m3/s
Min735 km134 000 km22 850 m3/s
Jialing1 119 km160 000 km22 130 m3/s
Yalong1 323 km128 444 km21 914 m3/s
Bassin versant du Rivière des Perles
Rivière des Perles2 200 km409 458 km29 500 m3/s
Xi2 197 km409 480 km26 965 m3/s

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