25/07/2023 Dans le Pacifique, il faudra choisir, du manganèse ou des poissons

Des sociétés minières américaines ont l’intention de chercher avant de les remonter des nodules de manganèse, nickel et cuivre qui se trouvent à des profondeurs de plus de 4.000 mètres dans la Clarion Clipperton Zone (CCZ) une zone de Fracture de l’Océan Pacifique deux fois plus étendue que l’Inde

La zone peut être divisée en quatre parties distinctes :

  • La première, 127°-113° O, est une large ceinture basse de quelque 1448 km, avec un creux central de 16 à 48 km de large.
  • La seconde, 113°-107° O, est une crête enrichie de volcans, large de 97 km et longue de 531 km.
  • La troisième, 107°-101° O, est une cuvette basse avec un creux central de 366-731 mètre de profondeur qui traverse le plateau Albatros.
  • La quatrième, 101°-96° O, contient la dorsale de Tehuantepec qui s’étend sur 400 miles vers le nord-est jusqu’à la marge continentale.

La fosse de Nova-Canton est souvent considérée comme une extension de la fracture.

La zone qui est administrée par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), contient des nodules constitués de divers éléments de terres rares dont on dit qu’ils jouent un rôle essentiel dans la transition énergétique vers une économie à faible émission de carbone. La zone a été divisée en 16 concessions minières couvrant environ 1 000 000 de kilomètres carrés. Neuf autres zones, couvrant chacune 160 000 kilomètres carrés, ont été mises en réserve pour la conservation.

L’Autorité internationale des fonds marins estime que la quantité totale de nodules dans la zone de Clarion Clipperton dépasse 21 milliards de tonnes (Bt), contenant environ 5,95 Bt de manganèse, 0,27 Bt de nickel, 0,23 Bt de cuivre et 0,05 Bt de cobalt. L’ISA a délivré 19 licences pour l’exploration minière en eaux profondes dans cette zone.

Les opérations d’exploration et d’extraction à grande échelle devaient commencer à la fin de 2021, mais cette date a pris un peu de retard. L’ISA devait publier le code d’exploitation minière en eaux profondes en juillet 2023, mais elle ne respectera pas ce délai. Les licences commerciales seront acceptées pour examen par la suite.

Les micronodules seront ensemencés par des processus biologiques. Ils seront ensuite agrégés et regroupés pour former des touffes destinées à être récoltées par dragage .

Or les fonds marins de la zone de fracture qui ont fait l’objet d’un permis d’exploitation minière abritent une diversité de xénophyophores  d’eaux profondes, une étude de 2017 ayant trouvé 34 espèces nouvelles pour la science dans cette zone. Les xénophyophores sont difficiles à étudier en raison de leur très grande fragilité. Les spécimens récoltés sont toujours endommagés et ne peuvent être valablement observés en culture. C’est la raison pour laquelle on ne sait que peu de choses sur leur mode de vie. Leur abondance dans tous les océans pourraient en faire des organismes indispensables au maintien de la biodiversité des écosystèmes benthiques.

Les xénophyophores sont des organismes essentiellement détritivores qui s’incrustent dans le sédiment boueux du plancher océanique. Ils sécrètent une substance visqueuse lorsqu’ils s’alimentent, formant un mucus qui peut recouvrir des surfaces importantes dans les zones où ils sont abondants. Ils semblent se nourrir de la même façon que les amibes, en émettant des pseudopodes autour des particules à absorber. Leur régime alimentaire pourrait également être riche en bactéries, comme le laisse penser la teneur élevée en lipides de leur cytoplasme

Les xénophyophores  étant très sensibles aux perturbations humaines, l’exploitation minière en eaux profondes peut avoir des effets néfastes sur ce groupe. De plus, comme ils jouent un rôle clé dans les écosystèmes benthiques, leur disparition pourrait avoir des conséquences écologiques graves. Des recherches sont menées par différents organismes de recherche, dont le Massachusetts Institute of Technology et l’Université technique de Delft, qui ont le statut d’observateur auprès de l’Autorité internationale des fonds marins, afin d’étudier en détail l’impact potentiel 

Il est prévisible que, quel que soit cet impact, la récolte des nodules se poursuivra. Il en résultera à terme des pertes considérables dans les espèces de poissons faisant l’objet de pêches industrielles. Or celles-ci se raréfient de plus en plus du faite de la surpèche.

Pour plus de détails, voir

Current Biology
DOI:https://doi.org/10.1016/j.cub.2023.04.052

Highlights
• We provide the first checklist for the Clarion Clipperton Zone (CCZ) metazoan fauna
• 5,142 unnamed species (informal names) are recorded from the CCZ
• Total estimates of species richness range from >6,000–>8,000
• An estimated 88%–92% of species in the CCZ region in total are undescribed

Summary

The global surge in demand for metals such as cobalt and nickel has created unprecedented interest in deep-sea habitats with mineral resources. The largest area of activity is a 6 million km2 region known as the Clarion-Clipperton Zone (CCZ) in the central and eastern Pacific, regulated by the International Seabed Authority (ISA). Baseline biodiversity knowledge of the region is crucial to effective management of environmental impact from potential deep-sea mining activities, but until recently this has been almost completely lacking. The rapid growth in taxonomic outputs and data availability for the region over the last decade has allowed us to conduct the first comprehensive synthesis of CCZ benthic metazoan biodiversity for all faunal size classes. Here we present the CCZ Checklist, a biodiversity inventory of benthic metazoa vital to future assessments of environmental impacts. An estimated 92% of species identified from the CCZ are new to science (436 named species from a total of 5,578 recorded). This is likely to be an overestimate owing to synonyms in the data but is supported by analysis of recent taxonomic studies suggesting that 88% of species sampled in the region are undescribed. Species richness estimators place total CCZ metazoan benthic diversity at 6,233 (+/−82 SE) species for Chao1, and 7,620 (+/−132 SE) species for Chao2, most likely representing lower bounds of diversity in the region. Although uncertainty in estimates is high, regional syntheses become increasingly possible as comparable datasets accumulate. These will be vital to understanding ecological processes and risks of biodiversity loss.

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