Les scientifiques ont déjà du mal à répondre à cette question quand il s’agit de la vie sur Terre. Ainsi on se demande encore si les virus sont vivants. Mais lorsqu’il s’agira, dans les prochaines décennies, de rechercher des formes de vie sur d’autres mondes, la question se posera immédiatement, dès lors que l’on n’y observera pas soit des organismes incontestablement vivants au sens donné à ce terme, soit des modifications du milieu ne pouvant résulter que de l’intervention d’êtres vivants sur le modèle de ceux que l’on trouve sur Terre.
Or la vie, sur d’autres mondes, pourrait ne pas faire appel aux mêmes constructions chimiques que sur la Terre ; ou bien elle pourrait le faire d’une façon telle que celles-ci seraient méconnaissables. Rien ne garantit qu’une exobiologie utilise les mêmes composés chimiques que la Terre ou construise des ensembles complexes tels que les protéines et l’ADN.
Dès maintenant la question se pose. La mission Juice de l’ESA appareillera bientot de Kuru pour chercher des traces de vie sur les Lunes de Jupiter,dont Europa. Celle-ci est dotée d’un vaste océan sous une épaisse banquise glacée. Peu après, le vaisseau Clipper de la Nasa la rejoindra. En 2027, la Nasa enverra sur une lune de Saturne , Titan un drone nommé Dragonfly. Titan comporte des lacs d’hydrocarbures qui pourraient se montrer favorables à certaines formes de vie…
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Or, la physicienne et astrobiologiste Sara Imari Walker, de l’université d’Etat de l’Arizona, et son collègue Leroy Cronin de l’Université de Glasgow sont désormais connus parce qu’ils proposent une approche originale à cette vieille question, reconnaître la vie et la distinguer du non-vivant La question intéresse de plus en plus, en dehors des biologistes et microbiologistes, les projets d’exploration des planètes du système solaire et des planètes extrasolaires proches. Lesquelles d’entre elles abritent-elles de la vie, et sous quelle forme ? Cette vie pourrait elle être rapportée sur la Terre, sans danger pour elle comme pour les Terriens ?
Par ailleurs, de plus en plus de programmes viseront dans le cours du présent siècle à réaliser des êtres vivants de synthèse, soit à partir de composants biologiques, soit totalement artificiels. A quels moments pourra-on estimer que ces programmes ont satisfait leurs objectifs et qu’ils créé du vivant, vivant qu’il faudra protéger mais aussi dont il faudra se protéger ?
Lee Cronin et Sara Walker ont proposé en 2021 une méthode simple pour reconnaître les molécules produites par des organismes vivants extraterrestres de celles préexistantes sur la Terre. Les premières présenteront une complexité chimique analogue à celle qui caractérisent les molécules produites sur Terre par des organismes vivants.
Ils ont nommé cette méthode assembly theory. Elle vise à comprendre pourquoi des entités aussi peu probables que par exemple ces deux personnes différentes que sont Lee Cronin et Sara Walker peuvent exister. La méthode ne repose pas sur des lois physiques intemporelles, mais dans un processus qui attribue aux objets décrits une histoire et la mémoire de ce qui les avait précédé. Comme prévisible l’assembly theory a suscité du scepticisme. Beaucoup de scientifiques se demandent encore comment elle pourrait distinguer le vivant du non vivant
Référence
Newscientist 24 June 2023 p.33 « we are reframing life by thinking it as a lineage «
