Il serait urgent pour les pays européens de se doter de systèmes de défense dits intercepteurs endo-atmosphériques. Ils devront être capables de traiter un large éventail de menaces : missiles balistiques manœuvrant de portée intermédiaire, missiles de croisières hypersoniques ou haut-supersoniques, planeurs hypersoniques, missiles antinavires, de même que les cibles plus classiques comme les avions de combat de nouvelle génération. Ces intercepteurs devront s’intégrer aux systèmes terrestres et navals existants et futurs.
La guerre actuelle menée par la Russie en Ukraine montre que ce pays dispose depuis deux ans déjà de tels intercepteurs.
La défense antimissile connaît actuellement des évolutions fondamentales. Longtemps orientée vers l’interception de menaces en provenance des États proliférants, elle s’est avant tout focalisée sur le développement d’intercepteurs exo-atmosphériques devant permettre l’engagement de systèmes longue portée (MRBM, IRBM). Le choix d’une logique d’interception exo-atmosphérique visait également à limiter les conséquences de la destruction d’engins potentiellement associés à des armes de destruction massive, en traitant les cibles à des altitudes et à des portées élevées.
La complexité et le coût de développement des technologies d’interception exo-atmosphérique ont confiné leur développement aux États-Unis, les États européens préférant se concentrer sur le développement et l’acquisition de systèmes d’interception terminaux bas endo-atmosphériques de défense de point ou de zone. Bien qu’un savoir technique et industriel certain existe en Europe, et notamment en France ou en Allemagne, les pays européens tardent cependant à développer une capacité d’interception couvrant l’ensemble du spectre endo-atmosphérique .
Or, cet investissement est essentiel, aujourd’hui davantage qu’hier. En effet, depuis une vingtaine d’années, la maturation des technologies de guidage et de pilotage, l’évolution des technologies de propulsion et la transformation des architectures ISR autour de plates-formes et de capteurs plus légers et performants ont conduit à une mutation de la menace, plus particulièrement sur les portées courtes et moyennes (300 à 2 500 km), qui deviennent progressivement les portées opérationnelles de la plupart des théâtres d’opération.
Sur ces distances, les systèmes balistiques de frappe dans la profondeur tendent désormais systématiquement à exploiter la manœuvrabilité, situant dorénavant la menace plus spécifiquement dans le champ endo-atmosphérique, mais dans une dimension différente de celle expérimentée jusqu’à nos jours. En effet, l’accroissement très notable de la vélocité et de la manœuvrabilité des systèmes actuellement en développement ne permet plus de traiter la menace par la seule modernisation des capteurs et des architectures ainsi que par la valorisation d’effecteurs existants, mais impose de concevoir de nouvelles familles d’effecteurs, exploitant des technologies innovantes, au niveau des propulsions mais aussi des capteurs terminaux, des matériaux, des algorithmes ou encore de l’intelligence artificielle.
Pour répondre à ces ambitions l’Europe dispose de plusieurs entreprises.
La plus importante est MBDA. Il s’agit d’une société industrielle du secteur aéronautique et spatial et de l’industrie de l’armement, leader européen dans la conception de missiles et de systèmes de missiles. C’est une filiale commune d’Airbus (37,5 %), de BAE Systems (37,5 %) et de Leonardo (25 %), issue de la fusion de Matra BAe Dynamics, d’Aérospatiale Matra Missiles et d’Alenia Marconi Systems.
MBDA emploie environ 12 000 personnes réparties entre la France (5 440 personnes), le Royaume-Uni (4 030 personnes), l’Italie (1 400 personnes), l’Allemagne (1 260 personnes), l’Espagne (20 personnes) et les États-Unis (50 personnes).
En 2018, la société a annoncé un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros avec un portefeuille de 17,4 milliards d’euros et une prise de commande de 4 milliards d’euros ; c’est le deuxième du marché mondial des missiles derrière la division missile de Raytheon (4,2 milliards)4 et devant celles de Lockheed Martin (2,3 milliards) et Rafael Advanced Defense Systems (500 millions).
En 2021, son chiffre d’affaires est de 4,2 milliards d’euros et son résultat net de 344 millions d’euros. MBDA FRANCE est active depuis 1990. Établie au PLESSIS-ROBINSON (92350), elle est spécialisée dans le secteur d’activité Fabrication d’armes et de munitions.
Dans le même domaine, on citera en premier lieu le Groupe belge Sonaca.
Sonaca is one of the world leaders in development, manufacturing, assembly and detailed parts supply within the aeronautical sector. Its core competencies are spread within civil, military and space markets. Lastly its 3,500 employees work from 6 different countries to serve major OEMs and super tier-ones.
Divergences européennes
On apprend qu’en avril 2023 la Commission européenne a décidé de financer une seconde étude sur un projet d’intercepteur endo-atmosphérique qui concurrencera le projet HYDEF espagnol auquel participe la Sonaca.
La Commission européenne a décidé, en toute discrétion, de lancer une seconde étude de concept sur un projet d’intercepteur endo-atmosphérique (la couche haute de l’atmosphère). Elle sera confiée à un consortium franco-germano-italien, un projet qui doublonneavec le projet HYDEF espagnol, qui associe aussi la société belge Sonaca, selon plusieurs sources européennes.
Cette décision est incluse, fort discrètement, dans le programme thématique du Fonds européen pour la défense (FEDef) pour 2023, qui vient d’être adopté. Mais l’exécutif européen s’est bien gardé de la mettre en avant. Un peu gêné sans doute de devoir revenir sur l’attribution de l’appel d’offres 2021, selon le site spécialisé Bruxelles2 (B2), qui confirme ainsi des informations du Spiegel et de la revue italienne RID.
Qui décide en Europe? Il est surprenant de voir les incohérences dans l’industrie de la défense européenne en ce qui concerne le défi de contrer les menaces hypersoniques. La décision de la Cour de justice de l’Union européenne de soutenir la proposition de MBDA, HYDIS, et de critiquer le processus d’évaluation de la Commission européenne est significative. Ce jugement remet non seulement MBDA sur les rails, mais souligne également l’importance d’une évaluation équitable et approfondie dans des questions aussi cruciales.
Le projet HYDIS, avec son financement de 80 millions d’euros et la participation de quatre pays européens ainsi que de nombreux partenaires et sous-traitants, témoigne d’un effort collaboratif pour faire face à la menace hypersonique. En exploitant l’expérience acquise avec l’intercepteur Aquila, le consortium vise à développer un système de défense robuste contre les missiles hypersoniques.
Il est intéressant de noter qu’un autre projet, EU HYDEF, avait déjà été lancé avec une coordination (surprenante) de la part de la société espagnole SENER Aeroespacial. Avec deux projets distincts en cours, il reste à voir s’ils convergeront à l’avenir ou si l’un sera préféré.
La course pour contrer les menaces hypersoniques est une étape essentielle pour renforcer les capacités de défense européennes. Au fur et à mesure de l’avancement de ces projets, il est crucial que les pays et les organisations participantes favorisent une communication ouverte et un partage des connaissances afin d’assurer le résultat le plus efficace et le plus efficient possible. La collaboration et la coordination seront essentielles pour protéger avec succès les États européens et les citoyens de l’évolution des menaces hypersoniques.
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