Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué la « décision historique » du président américain de fournir des F-16 Fighting Falcon à l’Ukraine. Il a précisé que cela « renforcerait considérablement notre armée dans le ciel ». Qu’en sera-t-il exactement ?
Depuis que la Russie a envahi son pays en février 2022, Zelensky a plaidé pour l’obtention d’avions de combat occidentaux, mais les États-Unis se sont toujours montrés réticents. Ils ont longtemps affirmé qu’ils n’enverraient pas les chasseurs parce que cela risquait de trop irriter la Russie et que des avions à réaction n’étaient pas nécessaires à l’effort de guerre de l’Ukraine.
Pourtant, les États-Unis avaient les mêmes préoccupations concernant les craintes d’escalade russe lors de la livraison d’autres catégories d’armes, comme l’obusier M777, les lance-roquettes HIMAR, les systèmes de défense aérienne Patriot et les chars M1A1. La Russie a protesté après l’introduction de chacun d’entre eux, mais n’a pas pris d’autres mesures.
Comme on pouvait s’y attendre, la Russie a mis en garde samedi contre les « risques colossaux » encourus par les États-Unis en cas d’envoi de F-16, sans toutefois préciser de quels risques il s’agissait. Selon toute probabilité, les Russes n’intensifieront pas la guerre simplement en raison de la présence de F-16 aux mains des Ukrainiens.
Sur le fond, la volte-face de l’administration Biden sur ce point soulève de nombreuses questions, dont la principale est de savoir dans quelle mesure ces avions peuvent aider l’Ukraine à gagner sa guerre. Tout d’abord, il faudra beaucoup de temps pour former correctement les pilotes et les équipes de maintenance ukrainiens afin qu’ils soient en mesure de faire voler les chasseurs au combat et de les maintenir en état de navigabilité. En février, le sous-secrétaire à la Défense Colin Kahl a déclaré qu’il faudrait entre 18 et 24 mois pour former les pilotes et les équipes de maintenance, acheminer les cellules et les livrer sur place.
Une évaluation de l’US Air Force qui avait fait l’objet d’une fuite laisse entendre que le temps de formation pourrait être de quatre mois seulement. Si cela était vrai cela permettrait aux pilotes d’acquérir une capacité minimale pour piloter les jets, mais ils seraient loin d’être compétents en matière de combat aérien. Le processus visant à rendre aptes au vol les avions reçus, puis à les livrer avec l’ensemble des fournitures d’entretien, des pièces de rechange et des munitions, s’étendra probablement jusqu’en 2024.
Par ailleurs, si le F-16 est comme la Rafale français le meilleur avion de combat de quatrième génération au monde, son efficacité première repose sur le fait qu’il n’est qu’un des élément d’un système intégré de commandement et de contrôle de la gestion de la bataille, composé de capteurs. Si l’avion est capable de fonctionner seul, il est beaucoup moins performant sans moyens d’acquisition supplémentaires, tels que l’AWACS E-3 Sentry, avion-radar volant à distance du front et assistant les pilotes de chasse pour analyser la situation tactique et les menaces. À ce jour, il n’a pas été question de fournir de telles capacités à l’Ukraine.
De plus, le F-16 n’est pas un avion furtif. Il a été livré pour la première fois à l’Air Force en 1979 et il est vulnérable aux défenses aériennes russes, telles que les systèmes de défense aérienne S-300 et S-400. L’une des raisons pour lesquelles l’armée de l’Air ukrainienne a joué un rôle si minime dans cette guerre est son incapacité à neutraliser les réseaux de défense aérienne russes. Bien que le F-16 soit plus performant que les MiG-29 utilisés par les Ukrainiens, il reste vulnérable aux attaques de ceux-ci.
Enfin, la question se pose de savoir qui fournira les avions. Si Washington veut autoriser l’utilisation de F-16 produits aux États-Unis malgré les inconvénients, c’est un choix qu’il peut faire. Mais ce sont d’autres nations riches, comme celles d’Europe, qui devraient fournir les cellules, et non les États-Unis.
D’un point de vue tactique, il ne fait aucun doute que le F-16 est une excellente plate-forme aérienne et qu’il constituera une amélioration par rapport aux chasseurs ukrainiens existants. Mais il n’y a aucune raison de s’attendre grâce à eux à un changement radical de la situation de Kiev dans la guerre actuelle. Les 40 à 50 avions à réaction supplémentaires que l’Ukraine demande ne changeraient pas fondamentalement le cours de celle-ci.
NB. Merci à Les crises dont les contributions ont été précieuses
