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L'espace interplanétaire, enjeu militaire

Un "commandement militaire de l'espace" français ne devra pas négliger les aspects militaires de l'espace extra-terrestre proche.

Nous lisons dans ciel et espace.fr (voir référence ci-dessous) que 

Depuis le 13 juillet, les contours de ce que pourrait être le commandement militaire de l'espace annoncé par Emmanuel Macron étaient restés vagues. La ministre de la Défense, Florence Parly, les a précisés le 25 juillet dans un discours d'un peu moins de 30 minutes. La ministre a commencé par poser son constat : « Aujourd'hui, nos alliés et nos adversaires militarisent l'espace. » Et d'enchaîner avec la conséquence : « Nous devons agir, nous devons être prêts ».

Puis, en guise de contexte, elle a évoqué le satellite russe qui, voici environ un an, avait approché l'un des satellites militaires français : « Il a, depuis, laissé sa carte de visite à huit nouveaux satellites appartenant à différents pays ; des satellites espionnés, brouillés ou encore éblouis. Les moyens de gêner, neutraliser ou détruire les capacités spatiales adverses existent et ils se développent. Nous le savons, l'ombre de la menace est bien réelle. ».

Face à un risque de voir l'espace « devenir un nouveau far-west », Florence Parly a insisté : « Disposer d'une défense spatiale renforcée est absolument essentiel. Car c'est de notre indépendance qu'il s'agit. » Elle a rappelé que bien des activités, des smartphones de chacun aux communications des forces armées, dépendent de nombreux satellites.

Le besoin était évident. L'on peut même s'étonner de constater qu'Emmanuel Macron ait mis tant de temps pour s'en apercevoir et pour prendre le minimum de mesures nécessaires pour y répondre. Restera à trouver, dans un budget de défense déjà très tendu, le minimum de crédits nécessaires pour passer des intentions aux actes.

La Lune et Mars

Mais le propos de ce commentaire est tout différent. Nous souhaitons rappeler que depuis déjà une dizaine d'années la Russie, suivie de la Chine, ont décidé de ne pas laisser aux Etats-Unis le monopole, aujourd'hui, d'envisager des stations permanentes habitées sur la Lune comme, dans une vingtaine ou trentaine d'années, sur Mars. On dira que ces projets sont présentés comme n'ayant que des fins scientifiques. Mais ce serait d'une grande naïveté. Les Etats-Unis n'ont jamais dissimulé que de telles installations viseront pour eux de faire de la Lune un prolongement de leur espace militaire terrestre. La Russie, mais surtout la Chine, le savent et ne veulent pas leur laisser le monopole d'une militarisation de la Lune. D'où l'importance que Pékin attache

Depuis l'annonce de son programme lunaire en 2003, concrétisé en 2007 avec le lancement de la sonde Chang'e 1, l'intérêt de la Lune pour la Chine n'est pas prêt de s'arrêter. Ses ambitions futures vont bien au-delà de la face cachée sur laquelle vient de se poser le rover Yutu 2. En effet, et comme l'ont confirmé des responsables politiques et spatiaux chinois, l'objectif final de la Chine est de s'y installer de façon pérenne dans des bases construites en dur.

Si la Chine veut s'installer durablement sur la Lune, ce n'est évidemment pas pour y faire du tourisme et de la science désintéressée. Elle a parmi ses objectifs affichés l'exploitation des ressources minérales et de glace d'eau, notamment pour produire les consommables dont auront besoin les futures expéditions humaines à destination de Mars ou de ses satellites, D'ici l'organisation des premières expéditions chinoises sur la surface de la Lune, prévues à l'horizon 2030, à une époque où les Américains débarqueront sur Mars, la Chine devra acquérir et maîtriser de nouvelles technologies qui émergent aujourd'hui.

Pour y parvenir de nombreux sauts technologiques sont à franchir. Les prochaines missions robotiques ont  pour but de préparer cette installation. Ainsi, Chang'e 5 doit rapporter sur Terre des matériaux lunaires qui serviront à expérimenter différentes techniques pour construire des habitats et exploiter les ressources lunaires. Deux de ces technologies, l'impression 3D, pour la constructiond'infrastructures en dur et la mise au point d'unités ISRU ( in-situ resource utilization) destinées à exploiter et utiliser des ressources lunaires, sont un des objectifs de Chang'e 5. Si le précédent, Chang'e 4  a, parmi ses objectifs, le recensement des ressources minérales et en hélium 3, Chang'e 5 a pour but de rapporter sur Terre des échantillons lunaires.

La  mission chinoise, dont le lancement est prévu fin 2019-début 2020, doit se poser sur la face visible de la Lune, dans l'océan des Tempêtes. Elle collectera quelque deux kilogrammes de roches et matériaux lunaires. Ces échantillons serviront notamment à tester des techniques de construction en 3D à partir du régolithe lunaire. Tout l'enjeu étant de construire à partir des matériaux présents sur la surface de la Lune des habitations solides pour résister à des conditions extrêmes telles que des impacts de météorites, de pression et de températures. Ces échantillons serviront également à mener des recherches sur la manière de générer de l'oxygène à partir de ce régolithe lunaire.

Quant aux Etats-Unis, c'est dans un premier temps la NASA qui a exposé des programmes de retour sur la Lune. Le 11 mars 2019,  Jim Bridenstine, administrateur de l'Agence Spatiale à dévoilé le programme Explore Moon To Mars, qui reprend certains axes de développement des précédents programmes d'exploration lunaire. Avec le concours d'entreprises privées et d'autres agences spatiales, il s'agira de construire, entre 2020 et 2030, une station orbitale habitée autour de la Lune. Cet avant poste lunaire inaugurerait le retour d'astronautes sur la Lune pour des missions allant de plusieurs jours à une semaine. Il permettrait de préparer l'envoi d'astronautes sur Mars, objectif que l'agence américaine se fixe à l'horizon 2030.

Concernant les Européens, leurs projets sont plus modestes. L'Agence Spatiale Européenne (ESA) vint d'annoncer vouloir construire une base lunaire en utilisant la technique de l'impression 3D. Mais elle ne le fera que dans le cadre d'une étroite dépendance à l'égard de la NASA et plus largement de Washington. Ainsi, dans le programme "Explore Moon To Mars" annoncé en 2019, l'ESA devrait participer à l'élaboration de la station lunaire de NASA Lunar Orbital Platform-Gateway  en fournissant notamment le module de communication et ravitaillement ESPRIT. Au regard du programme Ariane, qui est un vrai succès,  les Européens pourraient faire mieux

On pourrait espérer que les Etats-Unis et la Chine, en ce qui les concerne, se préparent sinon à coopérer pour s'installer sur la Lune, du moins à s'entendre pour ne pas en faire un enjeu militaire exclusif. Mais il suffit de parcourir les déclarations de représentants du Pentagone et du Département de la Défense pour comprendre que ce n'est pas le cas.

Références

https://www.cieletespace.fr/actualites/la-ministre-de-la-defense-precise-ce-que-sera-le-commandement-de-l-espace

* Pour en savoir plus concernant la Lune, voir http://www.moondaily.com/reports/How_to_build_a_moon_base_999.html

Note au 27/07

L'Inde a depuis longtemps la Lune comme objectif.  On peut lire dans la presse spécialisée cette information:  

Un lanceur GSLV Mk-III a décollé avec succès depuis le centre spatial de Sriharikota ce lundi 22 juillet à 11 h 13, heure de Paris. À bord, la sonde lunaire Chandrayaan-2 (3.850 kilogrammes) qui doit poser sur la lune un rover. Il s'agit de la deuxième mission lunaire pour l'Inde. En octobre 2008, elle avait lancé la sonde Chandrayaan-1 qui s'était placée quelques jours plus tard en orbite autour de la Lune et avait entamé ses observations scientifiques jusqu'en août 2009, date à laquelle elle est tombée en panne.

26/07/2019


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