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Gilets Jaunes. Le procès fait à Internet est-il légitime ?

Autant que nous puissions juger par ce que nous lisons, un certain nombre de voix s'expriment sur Internet pour imputer la cause de mouvements des Gilets Jaunes à ce même Internet, et plus précisément aux « réseaux sociaux ».

Ils s'appuient pour ce faire sur les images, mises en ligne à partir de comptes ouverts sur les dits réseaux sociaux, par des individus portant des gilets jaunes et se disant militants pour la cause des Gilets Jaunes. La critique consiste à dire que sans la possibilité de faire circuler leurs images et leurs propos sur Internet, ils ne se seraient pas donné la peine de manifester et seraient tranquillement restés chez eux.

On ne fait pas le même reproche aux reportages sur le mouvement diffusés par la télévision, du fait que ceux-ci donnent rarement l'image et à la parole à des militants individuels. Quand ils le font, c'est si rapidement qu'il est difficile de comprendre les raisons les poussant à manifester.

Il était inévitable que les divers pouvoirs qui en France s'inquiètent de ces manifestations, de leur forme, de leur ampleur et du fait qu'elles semblent actuellement devoir persister, en rejettent la responsabilité sur Internet. Cela leur permet de ne pas répondre aux accusations nombreuses et légitimes que leur portent les divers Gilets Jaunes.

Bien évidemment, sans Internet, les manifestations auraient moins d'échos. De même, les appels locaux à manifester toucheraient peu de monde. Quant aux militants eux-mêmes, ils seraient sans Internet un peu moins capables de mobiliser autour d'eux.

Mais faudrait-il, comme semble-t-il commencent à le demander certains représentants des pouvoirs qui s'inquiètent du mouvement, exercer des censures sur Internet et plus particulièrement sur les réseaux sociaux. En pratique, ces demandes sont pratiquement irréalisables, vu le caractère foisonnant des données circulant sur le réseau. Mais elles manifestent une volonté de retour à la censure particulièrement inquiétante. Il s'agit en fait du refus de tout dialogue et de toutes mesures susceptibles de mettre en cause, même marginalement, le pouvoirs des dominants.

Toute liberté d'expression est dangereuse

Le processus n'est pas nouveau. Il a fallu plus d'un siècle pour faire reconnaître le principe de la liberté de la presse. Même si cette dernière a toujours été étroitement contrôlée, elle peut publier certains articles jugés séditieux. D'où le fait que sous les dictatures, la liberté de la presse est encore refusée.

Il ne faut pas remonter loin dans l'histoire pour trouver des demandes visant à limiter l'éducation publique aux activités de base. Donner au peuple la possibilité de parler et d'écrire lisiblement à longtemps paru dangereux.

On devrait, plutôt qu'appeler à la censure sur Internet, appeler à l'extension des possibilités offertes par ce média aux milliards d'humains dans le monde qui n'ont aucune possibilité de se faire entendre, et qui vivent encore pratiquement comme leurs ancêtres de l'âge de pierre.

De même, en France même, il faudrait encourager les utilisateurs de l'Internet à s'y exprimer plus explicitement qu'en publiant des images d'eux sur les réseaux sociaux. Mais on peut craindre que les pouvoirs dominants ne le fassent pas en ce qui les concerne. C'est à nous donc, quand nous le pouvons, qu'il incombe de faire passer le message.

 

12/12/2018


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