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Qu'attendre de la COP 24 ?

Le dimanche 02/12/2018 s'est ouverte la 24e conférence de l'ONU sur le climat (COP24) à Katowice, Pologne (en pleine région houillère). 200 pays y participent. Elle durera 2 semaines. Le but annoncé annoncé est de rendre effectif l'accord de Paris, signé il y a 3 ans lors de la COP 21 à Paris.

L'objectif de celle-ci était de limiter la hausse des températures mondiales à 2° et de préférence à 1°5, par rapport par rapport à la température moyenne de l'ère pré-industrielle. Or toutes les prévisions scientifiques récentes montrent que cet objectif ne sera pas atteint. La hausse devra être de 3%. Ceci paraît insignifiant, mais de nombreuses situations catastrophiques en découleront. La liste en a été souvent faite. Nous ne la reprendrons pas ici. Disons que dans la pire des hypothèses, laquelle n'a rien d'improbable, devrait en résulter dans la prochaine centaine d'années, un effondrement des civilisations actuelles, sans doute accompagné de 3 à 4 milliards de morts dans les continents les plus exposés.

Johan Rockströem, du Potsdam Institute for Climate Impact Research https://www.pik-potsdam.de/ a prévenu lors de la conférence introductive de la COP 24 que l'humanité ne disposait guère que d'une décennie pour limiter la production des gaz à effet de serre, principaux responsable de la hausse des températures. C'est pourquoi, a-t-il dit, il faut commencer d'urgence à le faire.

En effet, malgré les engagements pris lors de la COP 21, une récente étude du GIEC montre que les politiques économiques adoptées par les différents Etats, sans guère de différences entre les « bons élèves » et les « mauvais », ne pourront éviter une hausse des températures d'au moins 4%, qui pourrait atteindre 5 à 5%. La France à cet égard ne donne pas un meilleur exemple que les autres, malgré des engagements pris par le gouvernement précédent.

Ce sont les groupes industriels et pétroliers mondiaux qui décident

Ceci montre clairement, à ceux qui en doutaient encore, que le monde est dirigé par de grands groupes industriels et du secteur de l'énergie fossile, appuyés par des gouvernements largement financés par eux, Ceux ci ne visent que des profits à court terme, quels qu'en soient les conséquences en termes climatiques. Certes ces groupes recrutent sans difficultés des prévisionnistes efficaces. Mais ceux-ci n'ont pas pour mission de prévoir l'avenir de la planète. Au contraire.

Face à ces groupes dépensant des milliards de dollars pour se faire entendre, les rares scientifiques indépendants ne disposent que de peu de crédits. Par ailleurs les médias ne donnent pratiquement aucun écho à leurs travaux, car ces médias sont majoritairement rémunérés par les grandes entreprises au service desquelles ils travaillent.

Les hommes ont rarement la capacité de prévoir l'avenir du monde, faute de moyens d'étude suffisants. De plus, ils ne s'intéressent qu'à leur avenir immédiat. Leur attitude peut être résumée en deux phrases : « dans cinquante ans, je serai mort » et « après moi, le déluge... ». C'est pour cette raison qu'au cours de l'histoire, les civilisations les plus brillantes et apparemment les mieux établies n'ont pas su voir les causes qui allaient entraîner à court terme leur disparition.

Tout laisse à penser que la situation n'a pas changé. Ainsi aux Etats-Unis, pays disposant d'une population de scientifiques les plus nombreux et semble-t-il les mieux informés du monde, un Donald Trump peut encore affirmer qu'il ne croit pas aux prévisions de GIEC concernant le réchauffement. Cela sert ses intérêts politiques puisqu'il s'appuie essentiellement sur les industriels du charbon et du pétrole. Malheureusement, Il ne rencontre guère d'opposition en interne, ce qui lui a permis d'annoncer qu'il ne participerait plus aux travaux des COP.

Le mauvais exemple français

On notera que fort peu de chefs de gouvernement ont fait acte de présence à Katowice. La France a pratiquement brillé par son absence. On dira que son gouvernement est actuellement paralysé par la révolte des Gilets Jaunes. Une des principales revendications de ceux-ci a été de renoncer à la taxe sur les carburants pénalisant en premier lieu les automobilistes de province à faible revenu. Au 24/12, le Premier ministre a annoncé pour tenter de désamorcer l'hostilité un moratoire de 6 mois sur l'application de cette taxe. Il ne s'agit pas d'une suspension de la taxe, mais seulement d'une mesure provisoire. Au bout de 6 mois, la taxe devrait être remise en vigueur.

A ce propos, il faut préciser un point important qu'ont bien compris les Gilets Jaunes. Si le gouvernement voulait réellement lutter contre le réchauffement climatique, il n'en ferait pas peser le poids sur l'ensemble de la population, mais sur les grandes entreprises, notamment celles du secteur automobile et pétrolier. L'automobiliste de la base est incapable de se doter d'un véhicule moins consommateur en carburant polluant, pas plus qu'il ne peut inventer un combustible moins agressif que l'actuel pour l'environnement. Il faudrait mettre en place un programme industriel de grande ampleur, reposant en premier lieu sur des financements venant de l'industrie automobile et du secteur énergétique. Ces secteurs et leurs actionnaires qui enregistrent actuellement des bénéfices considérables, pourraient parfaitement en assurer la charge .

Or ils feront tout pour se dérober à cette obligation et pour transférer la charge sur des couches sociales n'ayant d'autre choix que poursuivre leurs habitudes de consommation, quelle que soit leur ouverture aux questions de l'urgence climatique. L'actuel président français le sait. Pour se donner bonne figure aux yeux des environnementalistes, il veut mettre à contribution l'ensemble de la population. Mais à la moindre résistance, il revient au statu quo, comme le demandent les intérêts pétroliers. L'urgence climatique attendra.

Sur le GIEC, on lira https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_d%27experts_intergouvernemental_sur_l%27%C3%A9volution_du_climat

04/12/2018


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