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Bataille d'Idlib

Dans l'indifférence quasi-générale, depuis la fin du mois d'avril 2019, une nouvelle campagne militaire de grande ampleur, très meurtrière parmi la population, est en cours en Syrie.

Les aviations de Bachar Al-Assad et de la Russie bombardent les villes et villages de la province d'Idlib, dans le nord-ouest du pays.

Cette dernière fait partie des zones qui échappent toujours au contrôle du gouvernement de Damas, malgré ses victoires militaires des dernières années. Au sol, les troupes de l'armée et des milices proches de Damas – notamment les « Forces de défense nationale » – tentent de progresser en direction des principales villes de la région. Les populations civiles, au moins 330 000 personnes, selon l'ONU, ont été contraintes de fuir leurs habitats sans pouvoir quitter la province. Les victimes, morts et blessés, sont nombreuses.

Destinée à refaire passer la région sous l'autorité de Damas, cette nouvelle offensive cible en premier lieu le groupe jihadiste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), constitué autour d'un noyau issu du Front Al-Nosra, l'ex-allié d'Al-Qaïda en Syrie. À la faveur d'une campagne éclair, HTS s'était rendu maître, au début de l'année 2019, de la plus grande partie de la province d'Idlib aux dépens d'autres groupes rebelles, jusqu'ici soutenus par la Turquie. Mais Erdogan ne réagit pas. Sa priorité  semble être pour le moment de lutter contre les forces kurdes dans l'est de la Syrie .

Cependant en juillet 2019, l'offensive n'avait pas produit les résultats escomptés. En deux mois, seule une portion réduite de la zone (de l'ordre de 2% du territoire) a été reprise par Damas, dont les troupes ont essuyé une forte résistance, et même des contre-offensives les poussant parfois à reculer. Plusieurs centaines de soldats du gouvernement auraient été tués. Une situation qui tranche avec les campagnes militaires rapides de la Ghouta et de Deraa en 2018, et qui vient rappeler les faiblesses persistantes de l'armée de Damas. Celle-ci, même avec l'appui russe, ne reçoit plus semble-t-il le soutien des milices islamistes affiliées à l'Iran.

Privilégier l'alilance turque

Or, au nord d'Idlib et d'Alep, la Turquie occupe toujours une large zone située le long de sa frontière, dont la région d'Afrine, d'où les combattants et une partie des populations kurdes ont été expulsées. Quelque soit l'issu de la bataille d'Idlib, on peut penser qu'Ankara désirera pérenniser son occupation, notamment pour éviter la réimplantation de forces kurdes jugées encore menaçantes par Erdogan.

Moscou n'y voit que des avantages, car la Turquie est et restera pour la Russie une alliée stratégique face à la coalition des Etats arabes sunnites soutenus et armés par Washington. Si elle devait choisir entre l'allié turc et l'allié syrien, elle préférera toujours l'allié turc, malgré l'accord donné depuis longtemps par Bashar à la présence d'une base militaire russe sur la côte. Ceci d'autant plus qu'Ankara a récemment accepté d'héberger, au moins temporairement, une base russe identique.

On peut penser que la forte activité diplomatique russe actuellement déployée entre Ankara et Damas vise à faire accepter un compromis entre ses deux alliés stratégiques. Pour le moment, du fait d'une insuffisante présence militaire au sol, le Pentagone a assisté aux évènements en observateur passif.  

Image. 

Carte du contrôle territorial en Syrie, le 11 juillet. En vert foncé, au nord-ouest, la province d'Idlib. En rouge, les zones contrôlées par Damas. Le nord se partage entre contrôle turc (vert transparent) et « Forces démocratiques syriennes » (dominées par les Kurdes, en jaune). Au sud, la poche verte est contrôlée par deux milices d'opposition avec le soutien des États-Unis. L'État islamique est encore présent et actif dans le désert de Syrie (zones grisée). (source : Liveuamap).

 

 

11/08/2019


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