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Carlos Ghosn. La France m'a abandonné

Nous reprenons ici avec quelques allègements un excellent article d'Albert Nollet relatif à la capitulation française devant les intérêts japonais dans l'affaire Carlos Ghosn. Nous avions précédemment indiqué que le refus français d'intervenir dans cette affaire, à commencer par celui d'Emmanuel Macron, était non seulement inquiétant, mais inadmissible.

Référence  https://ripostelaique.com/les-politiques-francais-et-carlos-ghosn-pas-de-couilles-pas-dembrouilles.html

Carlos Ghosn, est un très grand chef d'entreprise.

En 1999, un livre lui est consacré « Citoyen du monde », dont voici le résumé Amazon

 « En mars 1999, Nissan Motor est une branche malade de l'économie japonaise. Saturée de dettes, l'entreprise est vouée à une mort probable. Lorsque Carlos Ghosn, agissant au nom de Renault qui prend alors 36,8 % du capital, promet une renaissance en trois ans, on pouvait douter de ses déclarations. Le résultat ? Nissan est devenu en un temps record l'un des constructeurs automobiles les plus rentables au monde ! Comment un tel miracle fut-il possible ? Comment une économie réputée aussi impénétrable que celle du Japon a-t-elle su s'ouvrir à de nouvelles méthodes ? Que faire pour s'intégrer à un pays si différent ? Qu'est-ce qu'un management sans frontières ? Ce livre, écrit avec la collaboration du journaliste Philippe Riès, ne raconte pas seulement le sauvetage de Nissan : il explique de l'intérieur l'itinéraire d'un homme hors du commun, bientôt à la tête de l'alliance Renault-Nissan. Voici un autre visage de la mondialisation. Du Brésil où il est né dans une famille libanaise à Clermont-Ferrand, où ce polytechnicien sorti des écoles de la République, parlant l'arabe, le portugais et l'anglais, a su gagner la confiance des  » Bib's « , des États-Unis où il dirige les activités de Michelin à un Tokyo en crise, cet homme secret se raconte pour la première fois.  » Il n'y a pas de limite à ce que nous pouvons faire  » a-t-il coutume de dire... C'est l'une des leçons, entre mille, de cette passionnante  » success story  » »

https://www.amazon.fr/Citoyen-du-monde-Carlos-Ghosn/dp/2246630916

Qu'on l'aime ou pas, ce type a fait rayonner la France.

Les termes citoyen du monde et mondialisation, qui nous ont tant été vendus, sont aujourd'hui moins à la mode,  et il y a bien entendu les jaloux de son salaire, mais qui ne sont pas forcément jaloux de sa vie.

Même s'il vit dans le luxe (et c'est la moindre des choses à ce rythme), ce type passe 100 jours par an en avion, en décalage horaire, loin de sa famille (donc au moins 200 jours par an), parle six langues, ne pense qu'à son boulot, a les compétences et la vision, prend probablement très peu de repos, et il a su faire de Renault le premier groupe automobile mondial.

Souvenez-vous qu'à la fin des années 70, alors sous  la tutelle de l'État, Renault était au bord de la faillite, avant d'être privatisé et redressé par des présidents compétents, soit Georges Besse (qui fut assassiné par Action Directe), Raymond Lévy (qui a repris avec panache ce travail de restructuration vers le succès), JL Schweitzer  que je n'aime pas mais qui a continué le boulot, et enfin Carlos Ghosn qui a donné à Renault une envergure internationale avec le rachat de Nissan, Mitsubishi, Lada, et Dacia. Toutes ces opérations de rachats par croissance externe ont été des coups de maître que seul un grand dirigeant pouvait avoir, et qui ont même permis de dépasser Volkswagen. C'est dire. Il n'est donc pas si facile d'être un grand dirigeant.

On a dit que Carlos Ghosn aimerait « trop » l'argent. Je ne sais pas forcément ce que ça veut dire, mais, quand on dirige 450 000 salariés et qu'on réalise un chiffre d'affaires (c'est-à-dire les ventes) de 140 milliards de dollars, qu'on dégage un bénéfice de plusieurs milliards, qu'on paye des impôts et des charges sociales, qu'on fait travailler en partie des Français, un salaire de 21 millions ne me gêne pas.  Son salaire est de toute façon plus mérité que pour un Mbappé, un Anelka, ou un Ribery...

J'ajoute que  tous les commentaires sur cet article qui me diront « et le nombre de personnes qu'il a licenciées, et le nombre d'emplois qu'il a délocalisés etc », ne m'intéressent pas et ne sont pas l'objet du débat iici;  Les faits sont là : il a maintenu le groupe et l'a porté à un niveau jamais atteint. Si les Japonais veulent le récupérer, c'est bien parce que c'est une pépite. Sinon, personne n'en voudrait.

C'est ce qui est en train de se passer.

En tout état de cause, il y a une chose dont je suis à peu près certain, c'est que ce n'est pas lui  tout seul qui remplit sa déclaration d'impôt.

Un type dont la famille vit aux États-Unis, dont la holding de groupe est aux Pays-Bas, dont les marques principales sont en France et au Japon, avec également des marques en Roumanie et en Russie, a une déclaration très difficile à rédiger entre les différentes retenues à la source, sur les différent types de rémunérations (salaire, jetons de présence, indemnités etc.), les conventions fiscales à étudier, les différents formulaires à remplir dans plusieurs pays, les nombreux justificatifs à fournir etc...

Il est certain que sa déclaration fiscale est un casse-tête, qui nécessite une armada de conseillers fiscaux et de comptables, surement parmi les plus renommés.

De surcroît, il est tout aussi probable que tout ce dont il a pu bénéficier pour faire son métier a dû être approuvé par des conseils d'administration.

Alors, comment tous ces comptable et ces avocats, ces membres des conseils d'administration, auraient-ils pu laisser faire l'escroquerie, l'abus de biens sociaux et le « vol », dont les Japonais l'accusent aujourd'hui ?

Si rien n'est impossible, j'y crois difficilement.

Il est quand même très vraisemblable que c'est une affaire politique et un piège préparé de longue date par les Japonais. Le traitement qui est attribué à Carlos Ghosn, qui ne représente aucune menace pour l'ordre public du Japon, et notamment, son refus de remise en liberté avec interdiction de quitter le territoire est à ce titre édifiant. Il faut l'affaiblir autant que possible, et à la fin, le tuer.

À partir de là, et vu que c'est politique, il aurait été logique que les politiques français montent au créneau pour défendre ce champion français, et mettent la pression sur le Japon, ne serait-ce que pour obtenir sa libération éventuellement en résidence surveillée, et exiger des explications satisfaisantes, sous peine de sanctions...

Et là, rien.

Emmanuel Macron, tous les ministres actuel sont aux abonnés absents.

Mais quand il s'agit de mouiller le maillot pour un vrai enjeu (et l'alliance Renault/Nissan est un enjeu stratégique pour la France) face à de vrais adversaires (et le Japon n'est pas épargné par la corruption), et aider un de nos compatriotes et chef d'entreprise les plus brillants, qui n'a pas fait de trafic de drogue, et qui n'a pas rejoint l'État islamique, nos politiques nous couvrent de honte par leur silence et leur couardise.

Ils sont tétanisés... Par quoi, je ne sais pas.

Y a-t-il d'autres raisons ? Je ne le sais pas.

Mais une chose est sûre : pas de couilles, pas d'embrouilles...

Albert Nollet

 

 

23/01/2019


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