Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

Trump joue perdant en « sanctionnant » la Chine

L 'élévation des droits de douanes sur les importations de biens chinois décidée récemment par Donald Trump peut momentanément gêner certaines entreprises chinoises comptant pour se développer sur le marché américain.

Mais comme il fallait s'y attendre, elle a dès maintenant un effet inverse, consolider les échanges économiques entre la Chine, les divers Etats traversés par l'initiative chinoise dite Belt and Road Initiative et finalement l'Eurasie, c'est-à-dire la Russie et ses voisins du sud-est, dits de la « ceinture des Stans ».

On peut légitimement s'interroger sur le réalisme des experts américains qui conseillent Donald Trump dans cette guerre économique contre la Chine. Dès le début, l'élévation des droits a considérablement gêné des entreprises américaines et européennes travaillant avec la Chine. Mais les conséquences des « sanctions » sera rapidement catastrophiques pour les Etats-Unis. Face à une zone économique mondiale qu'ils contrôlent encore, ils poussent à la mise en place, comme nous l'avions souligné dans des articles précédents, une vaste zone économique de pays comptant sur leurs échanges avec la Chine pour assurer leur développement futur. Or qui dit zone économique dit rapidement zone politique voire dans certains cas zone de coopération militaire.

Cette zone encerclera les Etats-Unis sur leurs deux frontières, atlantique et pacifique. Or l'Amérique consacre chaque année 800 milliards de dollars à des dépenses militaires qui les empêchent d'utiliser seulement le quart de ce budget à des investissements productifs. Elle n'a déjà pratiquement plus de ressources pour investir au profit de son développement économique et de celui de ses alliés proches. Dans un prochain avenir, elle ne pourra rien faire non plus pour lutter contre le réchauffement climatique, dont les incendies commencent à dévaster certains de ses Etats. A cet égard au contraire l'Eurasie aura beaucoup à offrir à la Chine en acceptant de partager avec elle les ressources sibériennes et arctiques.

Pays Non Alignés 2.0 

Politiquement, la Chine et la Russie ont le bon sens d'affirmer qu'elles ne proposent pas d'alliance orientée vers une opposition déterminée aux Etats-Unis. Elles se bornent à développer le concept de « pays non-alignés ». Ceux-ci ne seront pas unis par des objectifs agressifs à l'égard des Etats-Unis, mais ils refuseront de se soumettre à ce qu'il faut encore appeler l'impérialisme américain. Le terme utilisé est  Non-Aligned Movement (NAM) 2.0 . Le concept de 2.0 signifie que le mouvement déjà ancien des Pays Non-Alignés sera désormais proposé sous des formes rajeunies en termes géostratégiques. On peut comprendre aussi qu'il visera le domaine de l'électronique et des industries de l'information pour le moment encore dominé par les Etats-Unis et leurs alliés que sont les Géants américains de l'Internet. 

Le 14 mai 2019 le 3e Forum Russie Kazakhstan, organisé avec l'aide du Club Valdaï, a donné à la Russie comme à la Chine, étroitement associée, l'occasion de préciser les objectifs de la nouvelle alliance qu'elles proposaient conjointement aux pays du Stan, et notamment au Kazakhstan, encore un peu réticent à ce jour. Ceci a été suivi attentivement par les pays du Mercosur et de l'ASEAN, incluant Singapour.

Le prochain Sommet de l'Organisation de Coopération de Shangai , SCO, qui se tiendra en juillet au Kyrgzystan, devrait discuter en priorité le a question de l'évolution de la synergie entre la Russie, la Chine et les pays d'Asie Centrale. A cet égard, l'éventualité d'une divergence, voir d'une opposition, entre la Russie et la Chine, sera certainement évoquée.

Beaucoup la craignent, certains l'espèrent, et pas seulement à Washington. Vladimir Poutine n'a pas caché que c'était aussi le cas en Russie. Ils y voient l'occasion d'un rapprochement de la Russie avec l'Ouest, et notamment avec les Etats-Unis. Poutine admet qu'un important travail restait à faire en Russie même pour les convaincre du contraire.

A cet égard, il n'y aura pas de meilleur argument que les résultats positifs pour la Russie des projets de coopération envisagés aujourd'hui dans le cadre de la SCO.

Une nouvelle fois nous devons regretter que ces évolutions majeures se mentent en place à l'écart de l'Europe, et notamment de la France.
 

05/06/2019


A LIRE AUSSI
Les articles sur les mêmes thèmes
Europe Solidaire