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Place de la France dans les technologies de souveraineté à usages militaires

On prétend quelquefois que la France en termes d'instruments de souveraineté au plan mondial ne s'intéresse qu'au tourisme et à la restauration.

C'est évidemment médire d'un pays qui a su très tôt se doter de l'arme atomique ou d'une aviation de combat compétitive. Récemment elle a acquis la quasi maîtrise mondiale de l'énergie nucléaire d'avenir, dite de fusion.

Néanmoins les technologies avancées évoluent très vite, notamment aux Etats-Unis et aujourd'hui plus particulièrement en Chine et en Russie. Si la France veut rester dans le peloton de tète des nations dominantes au plan scientifique et technologique, elle devra faire dans les prochaines années un effort humain et budgétaire considérables.

Chaque fois que possible, elle devra le faire au niveau de l'Union européenne. Mais l'expérience a montré que les gouvernements européens, en premier lieu l'Allemagne, préfèrent la solution de court terme consistant à importer les technologies, notamment à partir des Etats-Unis, plutôt que faire eux-mêmes l'effort pour se donner les compétences nécessaires. De ce fait ils acceptent d'être de simples auxiliaires de l'Amérique, voire des marchés pour les produits américains.

Nous nous limiterons dans le cadre de cet article aux technologies militaires. Le sujet doit être abordé sans nécessairement désigner un ennemi éventuel. Le concept de défense est tout azimuth. Il n'y a pas d'alliés ni d'ennemis définitifs. Par ailleurs, il est évident que maîtriser les technologies militaires suppose, en amont ou ou en parallèle, un effort de même nature dans le domaine civil. La guerre est partout et continuelle dans le monde des technologies. On emploie souvent le terme de technologies duales.

Les principaux domaines à prendre en considération sont :

  • Le nucléaire.
    On parle évidemment ici du nucléaire de dissuasion, dit aussi de seconde frappe. Jamais la France n'acceptera d'engager elle-même de premières frappes. Par ailleurs aujourd'hui le concept de bombe atomique semblable à celle d'Hiroshima se double de plus en plus de celui d'armes plus légères, aéroportées par des avions de combat, des missiles et des drones. La France a décidé de moderniser sa dissuasion nucléaire dans le cadre des lois de programmation militaire (LPM) et d'y consacrer un effort budgétaire d'environ 25 milliards d'euros sur la période 2019-2023. Mais beaucoup d'experts considèrent que ceci sera insuffisant. De plus il faudra considérablement renforcer les défenses des arsenaux nucléaires, face notamment à des missiles dits hypervéloces ou subsoniques.

  • Les missiles hypersoniques.
    Ceux-ci devront évoluer à des vitesses égales ou supérieurs à Mach 5 soit 5 fois la vitesse du son. La Russie dispose d'un premier régiment de missiles hypersoniques Avangard, capables de porter aussi bien des charges conventionnelles que nucléaires à une vitesse de Mach 20. Outre la Russie, quatre pays ont des programmes de recherche et de développement d'armements hypersoniques : les États-Unis (Conventional Prompt Global Strike), la Chine, l'Inde et la France avec le missile air-sol nucléaire ASN4G. En Europe, la France, en grande partie grâce à l'Office national d'études et de recherches aérospatiales (Onera), garde une avance technologique dans le domaine de l'hypervélocité. Sous la maîtrise d'œuvre d'Ariane Group, un démonstrateur de planeur hypersonique devrait voler d'ici à fin 2021.

  •  L'Intelligence artificielle (IA) avancée
    Elle est destinée notamment au pilotage d'engins militaires terrestres ou aériens ne faisant pas appel à des humains. L'IA s'appuie sur les mathématiques appliquées et l'informatique, deux domaines de recherche où la France dispose de bonnes écoles de mathématiques, ainsi que des organismes de recherche et universités. En mars 2018, à la suite du rapport du mathématicien Cédric Villani, le président Emmanuel Macron a présenté un programme destiné à faire de la France un des leaders mondiaux de l'intelligence artificielle. Encore faudra-t-il que celui-ci soit convenablement financé. Sinon il s'agir seulement d'un artefact politique

  •  L'ordinateur quantique.
    Il fournira des capacités de calcul pratiquement illimitées, tant dans les sciences fondamentales que dans des simulations, par exemple à des fins d'anticipation et de compréhension de phénomènes naturels et biologiques. Les applications militaires seront nombreuses. Les domaines de la physique nucléaire, de la météorologie et de la biomédecine seront en particulier concernés. Tout comme les services de renseignement pour gérer les  flux de données interceptées. Les chercheurs français voudraient s'inscrire dans la course à l'ordinateur quantique. Le 23 octobre 2019, le projet QuCube a obtenu un financement de 14 millions d'euros sur six ans grâce à un appel à proposition du Conseil européen de la recherche (ERC). Avec ces fonds, trois instituts de recherche grenoblois espèrent réaliser un processeur quantique : l'Institut Néel du CNRS, l'Inac (Institut Nanosciences et Cryogénie) et le Leti (Laboratoire d'électronique et de technologie de l'information) du CEA Tech (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives). Là encore, sur 6 ans, cette somme paraît tout à fait insuffisante. 100 millions au moins seraient un minimum.

  • La cybersécurité.
    Ce terme désigne l'ensemble des lois, politiques, outils, dispositifs, concepts et mécanismes de sécurité, méthodes de gestion des risques, actions, formations, bonnes pratiques et technologies qui peuvent être utilisés pour protéger les personnes et les actifs informatiques. Il désigne aussi les cyberattaques susceptibles d'être lancées, sous forme de dissuasion ou dans des conflits. en appui d'une opération conventionnelle ou pour neutraliser un adversaire. Après avoir pris du retard dans la maîtrise du cyberespace et de la cybersécurité, la France s'efforce de se mettre au niveau d'adversaires potentiels plus avancés. Elle semble y réussir comme le montre la victoire française lors de l'exercice international Locked Shields en 2019, un exercice de cyberdéfense organisé par l'Otan et réunissant plus de 30 nations. La France, qui a fait évoluer sa doctrine, est désormais également capable de lancer des cyber-attaques.

  • Les armes à énergie dirigée.
    Il s'agit d'armes pouvant envoyer sur une cible, avec une grande précision et à la vitesse proche de celle de la lumière, un faisceau d'ondes électromagnétiques (laser ou micro-ondes), Cette arme, une fois développée et mise en place,est peu coûteuse d'emploi, de l'ordre d'un euro pour un tir, alors que le tir d'un missile anti-aérien est de l'ordre du million d'euros. La Chine et les États-Unis sont les pays les plus avancés dans ce domaine. La France y a pris un retard certain qu'il serait urgent de rattraper, quel qu'en soit le coût. Elle pourra s'appuyer entre autres, sur l'entreprise CILAS, qui réalise les amplificateurs laser du Laser Mégajoule (LMJ), Cette PME, filiale d'ArianeGroup et d'Areva, travaille sur le développement d'un laser depuis le sol ou d'un laser embarqué y compris sur des satellites pour neutraliser si besoin était les capacités ennemies.

    * Les neurosciences à usage militaire.
    Le but est d''obtenir des combattants capables de dépasser leurs limites biologiques grâce à l'amélioration artificielle de leurs capacités. La France se classe au troisième rang européen, derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, et au septième rang mondial pour la recherche en neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie et organes des sens. Le ministère des Armées a lancé en mars 2018 le projet Man Machine Teaming (MMT), qui explore la possibilité de développer un système aérien cognitif. Ainsi Dassault Aviation et Thales s'intéressent notamment à la façon dont les pilotes pourront communiquer avec une intelligence artificielle dans le cockpit du futur. Ce programme est important pour le Scaf franco-allmand (système de combat aérien du futur).

    * Les nanotechnologies.
    Celles-ci sont indispensables pour tout équipement militaire, individuel ou collectif. En France, on peut citer deux acteurs compétitifs au plan mondial, Pour assurer une filière industrielle compétitive, la France a lancé le plan Nano 2022 pour conserver la maîtrise de certaines technologies clé, et pour maintenir en Europe et en France des acteurs stratégiques, comme STMicroelectronics et Soitec compétente dans certaines applications comme l'intelligence artificielle embarquée. Pour ce plan,, la France investira 800 millions d'euros alors que l'Union européenne se limitera à 100 millions. Pourtant tous les experts conviennent que dans ce domaine plus encore que d'autres une coopération européenne sera indispensable.

  • Le spatial militaire.
    L'espace est devenu un domaine essentiel en matière militaire. Aujourd'hui, les Etats-Unis, en recul sur de nombreux autres fronts, ont décidé de se donner une « spatial  dominance », notamment dans le domaine des satellites militaires indispensables pour la communication, l'observation comme pour l'attaque de satellites adverses. La France l'a France dispose dans ce domaine d'un outil indispensable, la base spatiale de Kourou ainsi que d'un certain nombre de satellites en principe civils mais pouvant avoir des usages militaires. On lira à ce sujet le rapport Stratégie spatiale de défense publié par le ministère des armées. Un budget de 4, 5 milliards lui sera consacré dans les prochaines. Mais là encore, ces financements seront bien inférieurs aux besoins tels qu'estimés.

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01/06/2020

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