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Défaite militaire américaine en Turquie

On peut avec de bonnes raisons considérer que l'histoire du monde, au moins dans l'hémisphère nord, a été déterminée depuis l'annonce par les Soviétiques après la seconde guerre mondiale, selon laquelle l'URSS disposait d'un arsenal nucléaire concurremment à celui des Etats-Unis.

Ayant compris que son avenir se jouerait là, la Russie avait mis au point de nombreux types d'armes et de vecteurs dépassant ceux de l'armée américaine en nombre d'ogives et de mégatonnes dès les années 1970.

Pour les Etats-Unis il s'est immédiatement agi d'une menace dans leur objectif de s'imposer comme maîtres incontestés du monde. Il leur fallait tout faire pour détruire l'URSS puis la Russie en tant qu'état souverain disposant de l'arme nucléaire. La principale méthode utilisée dans ce but a été de faire de l'Europe et des Etats voisins des plate-formes politiques et militaires permettant d'éliminer la Russie en tant que puissance militaire.

L'on ne peut comprendre l'histoire de l'Union européenne puis de l'Otan depuis plus de 60 ans qu'en y voyant la façon dont les Etats-Unis avaient voulu en faire des relais de l'US Army trop éloignée de l'Europe pour y disposer de forces susceptibles de s'opposer avec succès aux forces russes en cas d'une guerre qui resterait limitée aux armements conventionnels afin de ne pas entraîner une guerre atomique mondiale.

La Turquie

A cet égard la Turquie a toujours été considérée par le Pentagone comme un atout majeur. Sa position géographique aux frontières de la Russie en Mer Noire et dans le Caucase la rendait irremplaçable. Mais pour cela il fallait faire de la Turquie une puissance occidentale dans le sens où le sont les Etats européens, c'est-à-dire refusant radicalement tout dialogue avec la Russie, à commencer sur le plan géopolitique.

Mais dans la mesure où la Turquie est fondamentalement de religion musulmane, il fallait que l'Amérique connue dans le monde entier comme au service de la religion protestante, sous ses formes les plus intégristes, ne paraisse pas combattre en Turquie la religion musulmane. Pour cela l'Amérique devait se présenter en Turquie comme neutre au plan religieux et seulement préoccupée d'apporter à la Turquie les bienfaits de la civilisation occidentale et de la protection militaire de l'Otan. . Ce discours avait eu un large écho dans les villes turques très occidentalisées, comme Istanbul, mais n'avait pas pénétré la Turquie profonde .

Recep Tayyip Erdogan, président de la République Turque depuis 2014, à la tête de son parti, le Parti de la Justice et du Développement, qui se dit "musulman modéré" a fait le choix inverse, ce qui lui a réussi puisqu'il est devenu l'homme fort de l'état turc. Il a du pour ce faire affronter les Etats-Unis qui s'appuient traditionnellement sur la caste des militaires turcs, très occidentalisés. Washington, en faisant appel à la secte musulmane turque du dissident Fethullah Gülen qui vit aux Etats-Unis. avait en conséquence il y a trois ans tenté un coup d'état contre Erdogan.

Ce coup avait failli réussir. Il a cependant échoué parce qu'Erdogan, averti in extremis du danger, sans doute par le renseignement russe, avait réussi à échapper à la tentative. La leçon n'a pas été perdu. Erdogan a procédé depuis à de nombreuses purges dans les milieux militaires, dont les victimes ont été en premier lieu les officiers turcs corrompus par des dollars américains. 

Mais l'armée turque a toujours été équipée, comme ses nombreuses homologues de l'Otan, de matériels américains achetés, d'ailleurs à grand frais, et nécessitant une aide technique permanente de militaires américains. La première chose qu'Erdogan devait faire pour se libérer de l'emprise américaine, était de se doter d' équipements militaires russes. C'est ce qu'il commencé de faire en septembre 2017. Par un contrat de 2,5 milliards de dollars il a décidé de s'équiper de missiles russes antiaériens S-400, incompatibles sur le plan des normes avec le système de défense de l'Otan, accompagnés de l'aide de militaires russes.   

Erdogan a dès le début entretenu de bonnes relations avec Moscou. Ceci lui avait permis, entre autres, de participer avec succès à la lutte qui oppose au Moyen-Orient la coalition occidentale menée notamment par l'Arabie saoudite sunnite, à un front dit chiite comprenant l'Iran et la nouvelle Syrie, soutenu par la Russie. Nous avons plusieurs fois relaté ici les péripéties de ce conflit. Inutile d'y revenir. 

Disons seulement que, dans le cadre de cette « amitié » avec la Russie, la livraison qui vient de commencer de premiers missiles anti missiles S-400, est très mal prise à Washington, qui y a vu une volonté de sortir progressivement de l'Otan. Un article du journal Le Monde, en date du 12 juillet, donne des détails semble-t-il objectifs, sur les péripéties de cette affaire et sur les suites à en attendre. Disons seulement que pour le moment, Washington, entre autres sanctions, aurait décidé de ne plus livrer à la Turquie les avions de combat F 35 que cette dernière aurait précédemment acheté.

On doute que cette sanction fasse très peur à Erdogan. Celui-ci ne peut pas ignorer que le F 35 est un fiasco économique et militaire. La Russie se fera un plaisir de fournir à la Turquie des chasseurs de la gamme Sukhoi qui sont parfaitement opérationnels. Cet équipement laissera présager un remplacement progressif de tout le matériel américain dont sont dotés, hormis en partie la France, les membres de l'Otan. Concernant la Turquie, beaucoup d'observateurs politiques pronostiquent en conséquence sa sortie progressive de l'Otan. Comme nous l'indiquons dans le titre, il s'agira d'une défaite militaire majeure des Etats-Unis.

 

15/07/2019

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