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La Turquie fait-elle peur à l'Otan, voire à Israël ?

La Turquie est et devrait selon elle rester dans l'Otan, dont elle possède la 2e armée la plus puissante. Mais dans le même temps, elle semble se rapprocher de plus en plus de la Russie, avec l'acquisition de missiles antimissiles russes S 400.

Invité d'honneur de la cérémonie de remise des diplômes au Collège de défense de l'Otan à Rome le 20 juillet, l'ambassadeur turc à Rome Murat Salim Esenli, a évalué l'Otan et le rôle de la Turquie au sein de l'Otan. Selon son propos, l'Otan représente la paix et la sécurité sur la base de la souveraineté de la démocratie et du droit. Il a rappelé que la Turquie possède la seconde plus grande armée de l'alliance avec son importante capacité à se préparer à une lutte ou une guerre. Dernièrement Esenli avait mis l'accent sur la nécessité de saluer « les efforts considérables déployés par les membres et partenaires de l'alliance pour le bien d'autrui dans les domaines humanitaires et économiques ».

En bonne logique, on peut considérer qu'il exprime le point de vue du président turc Recip Tayyep Erdogan. Mais celui-ci a pris récemment une série de mesure qui inévitablement le rapprochent de la Russie et par nécessité l'éloigne de la politique de l'Otan et plus particulièrement des Etats-Unis qui ont toujours utilisé l'Otan comme un moyen de contrer la Russie, voire de préparer les membres européens de l'Alliance à soutenir d'éventuelles actions militaires contre la Russie. Peut-on penser que Murat Salim Essenli reste proche, bien qu'ambassadeur d'Erdogan, d'une majorité de l'armée qui avait récemment, à l'instigation des Etats-Unis préparé un coup d'état contre Erdogan ? Ce coup a échoué au dernier moment sur la base d'informations fournies à ce dernier par l'intelligence russe, l'armée a depuis subi une répression féroce de la part du président turc .

La Turquie, du fait de sa situation géographique, joue un rôle stratégique essentiel entre l'Occident américain et l'Est russo-chinois. Il est donc normal que des deux côtés l'on s'assure de rechercher son alliance. Les précédents gouvernements turcs avaient joué de cette situation, pour obtenir notamment leur entrée dans l'Union européenne, avec l'appui de Washington. Mais le fait que la Turquie soit un pays musulman et que son entrée au sein de l'Union aurait augmenté considérablement l'effectif des musulmans dans des pays encore très chrétiens avait fait peur. La Russie, où vivent d'importantes communautés musulmanes très influentes, n'a pas cette crainte. Mais dans l'immédiat, son objectif serait de contribuer à l'éloigner de l'Otan et donc de l'influence américaine.

Erdogan a compris que c'est en recherchant un rapprochement stratégique avec Moscou qu'il assurerait le mieux son avenir. Le premier geste spectaculaire qu'il a fait en ce sens a été d'équiper son pays de missiles antimissiles russes S-400, dont la livraison est en train de se faire. Non seulement il acceptait ce matériel russe mais aussi l'aide technique de militaires russes. L'on sait que Washington a très mal pris ce choix et menacé en retour Ankara de ne plus recevoir d'avions de combat F-35 et dans l'immédiat de ne plus se voir sous-traiter la fabrication de différents éléments nécessaires à l'amélioration de cet appareil. Comme le F-35 est un désastre, la menace n'a pas beaucoup effrayé Erdogan. Par contre, comme la Turquie utilise d'autres armements, tous américains et comme elle dispose de ce fait des codes techniques permettant à ces armement de communiquer avec ceux de l'Otan, les militaires turcs ont pu craindre de se voir priver de toute coopération avec l'Otan.

Aujourd'hui, Moscou a laissé entendre à la Turquie qu'elle pourrait en ce cas se voir livrer du matériel russe, à des prix très accessibles. Il a même été envisagé qu'elle pourrait se voir confier la fabrication de certains de ces matériels, en partenariat avec des industriels russes de l'armement 1) Inutile de dire que si cela était décidé, on verrait mal comment la Russie pourrait rester au sein de l'Otan, ou tout au moins y jouer un rôle important.

Afin de « rassurer » l'Otan, la Turquie a assuré que les S-400 n'auraient qu'un rôle défensif, pour protéger les frontières aériennes du pays 2). Mais les protéger contre qui ? C'est là qu'Israël entre en scène. L'aviation israélienne a pris l'habitude de venir bombarder la Syrie en faisant désormais des passages au dessus des positions turques au nord-ouest de celle-ci, voire des incursions en Turquie. Désormais, du fait des S 400 turcs positionnées dans la région, elle pourrait voir l'un de ses appareils abattus.

Tel Aviv devrait-il considérer cela comme un casus belli ? Et en ce cas, comment réagir ? On voit mal Israël attaquer la Turquie, même si elle avait en cela l'approbation de principe de Washington.

Pour le moment, les milieux politiques israéliens se demandent s'il existerait éventuellement un accord tacite entre la Russie et la Turquie pour la présence des S-400 turcs en relation avec la crise syrienne et au regard des incursions israéliennes  dans la région. Israël ne craindrait rien de la Turquie, mais affronter une crise avec la Russie serait très différent.

1) Voir à ce sujet https://theduran.com/erdogan-hails-russian-s-400-delivery-wants-to-go-much-further-and-make-weapons-with-russia/

2) Voir https://fr.sputniknews.com/international/201907151041677740-en-achetant-des-s-400-la-turquie-sest-assure-un-serieux-avantage-en-matiere-de-dca/
 

20/07/2019

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