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Pourquoi moderniser la dissuasion nucléaire française ?

La France devrait consacrer 25 milliards d'euros, sur la période 2019-2023, à la modernisation de sa dissuasion nucléaire. Ce ne sont pas des sommes considérables, au vu des dépenses budgétaires annuelles qui avoisinent 330 milliards.

Cependant, comme le déficit budgétaire est d'environ 90 milliards, beaucoup se demandent si la dissuasion nucléaire, comportant notamment les têtes nucléaires et les lanceurs, ainsi qu'aujourd'hui le développement de bombes thermonucléaires miniaturisées. devrait être considérée comme une priorité. A plus forte raison en serait-il de sa modernisation.

Cette force, affirment régulièrement les chefs d'Etat français, ne protège pas seulement la France mais l'ensemble de l'Union européenne. C'est ce qu'a redis le 7 février 2020 Emmanuel Macron, devant les officiers stagiaires de l'Ecole de guerre. Après avoir rappelé que "notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux", et qu'il n'est question ni de désarmer la France, ni de diluer nos forces de dissuasion dans l'OTAN, il a dit souhaiter un débat des Européens sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective de l'Europe. 

Selon Emmanuel Macron "nos forces nucléaires renforcent la sécurité de l'Europe par leur existence même et, à cet égard, ont une dimension authentiquement européenne". Aussi, appelle-t-il à un « dialogue stratégique » avec les gouvernements européens sur le rôle de la dissuasion nucléaire française pour la sécurité de l'Europe.

Ces propos n'ont eu aucun écho auprès des Européens. Manifestement ceux-ci comptent toujours sur la force nucléaire américaine pour les protéger, que ce soit dans le cadre de l'Otan ou sous une responsabilité américaine exclusive. On explique ceci par le fait qu'ils n'ont pas la possibilité aujourd'hui de se doter d'une force nucléaire propre. Ils ne veulent pas davantage, pour diverses raisons, dépendre de la France en ce qui concerne l'emploi éventuel d'armements nucléaires.

Ils semblent cependant n'avoir pas remarqué que Donald Trump, très récemment, avait affirmé que les Etats-Unis conditionnerait leur rôle dans l'Otan à une augmentation substantielle des budgets européens consacrés aux dépenses de cet organisme. Manifestement, et ceci se comprend parfaitement, le Pentagone veut rester seul maître des conditions dans lesquelles des moyens nucléaires seraient utilisés dans le cadre d'un conflit avec la Russie.

Mais plus généralement se pose aujourd'hui la question de savoir contre qui pourrait être employée la force nucléaire française. Emmanuel Macron semble avoir oublié que le général de Gaulle, aux origines de la première bombe atomique française, avait indiqué que celle-ci pourrait être employée « tous azimuts ». Manifestement il n'excluait pas qu'elle puisse être utilisée contre les Etats-Unis, ceci non évidemment en première frappe, mais en seconde frappe, à titre de dissuasion. C'est d'ailleurs pour rendre cette menace crédible que la France avait développé ultérieurement une flotte de sous-marins nucléaires susceptibles de lancer une frappe de représailles au cas même ou le pays aurait été détruit par la première frappe d'un adversaire.

Contre quel adversaire ?

Aujourd'hui, on peut se demander contre quel adversaire la France aurait besoin d'une dissuasion nucléaire. Il paraît très improbable qu'elle soit attaquée, soit par les Etats-Unis, soit par la Russie ou la Chine. Concernant la Russie, celle-ci a plusieurs fois montré qu'attaquer l'Europe ne lui apporterait aucun avantage, soit par des forces conventionnelles ou à plus forte raison avec des moyens nucléaires, même en employant des bombes miniaturisées. Celles-ci, malgré leur nom, ont des effets aussi destructeurs que ceux de la bombe d'Hiroshima. Que ferait la Russie d'une Europe dont les centres vitaux auraient été détruits ou rendus durablement radioactifs.

Par contre le nombre croissant d'Etats se dotant aujourd'hui d'armes nucléaires justifie que la France conserve vis-à-vis d'eux la possibilité d'une dissuasion nucléaire. Si elle ne le faisait pas, elle serait à la merci du moindre chantage exercé sur elle par un de ces Etats. Vu l'étendu de son domaine maritime ce chantage pourrait viser non la seule métropole, mais n'importe lequel de ses départements et territoires d'Outre-Mer.

Le spatial

Ceci dit, la raison véritable justifiant le maintien et l'amélioration de la dissuasion nucléaire française tient au fait que les recherches scientifiques et les investissements industriels consacrés à cette fin auront nécessairement des retombées civiles de première grandeur. Il s'agira en particulier des techniques nécessitées par l'exploration spatiale. Il est clair, vu le mépris des décideurs concernant des dépenses en ce domaine qui deviendront vite essentielles, qu'aucun d'eux n'accepterait aujourd'hui d'y consacrer 25 milliards.

Tous les milliards consacrés à la défense ne profiteront pas, même indirectement, à l'espace, mais les laboratoires et les industriels français en bénéficiant seront mieux armés qu'aujourd'hui pour faire face à la concurrence américaine ou chinoise en matière spatiale.

27/02/2020

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