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Nourrir 10 milliards d'humains?

Un article bien documenté du NewScientist, comme ils le sont presque tous, pose la question suivante: étant admis que, d'ici la fin du siècle, la population mondiale atteindra inexorablement quelques 10 milliards d'humains, sera-t-il possible de les nourrir sans que des famines à grande échelle se généralisent?



Précisons d'abord que si nous admettons que la population croitra « inexorablement » jusqu'à 10 milliards, ceci veut dire que cette croissance découlera de tendances démographiques qui ne pourront pas être modifiées rapidement par des politiques volontaires. Ainsi la natalité par femme en Afrique se maintiendra à quelques 6 enfants, et le nombre de femmes augmentera nécessairement. Il serait inenvisageable d'espérer que dans les 10 à 15 ans à venir, le contrôle des naissances ramène cette natalité au taux de 2 ou 3 enfants comme est l'est dans les pays ayant atteint le phase dite de « transition démographique ».

Ceci pour la raison que le sous-développement, les religions et les mœurs, sans mentionner les conflits entre Etats et groupes tribaux, rendraient impossible, du jour au lendemain comme il le faudrait, la réduction des naissances nécessaires pour stabiliser la population africaine autour des effectifs actuels de quelques 2 milliards. Elle devrait donc atteindre 4 milliards vers 2100. A une moindre échelle, il en sera de même dans d'autres parties du monde.

Ceci dit, l'article cité vise à démonter que le progrès en cours des sciences, des techniques et des pratiques, notamment agraires, permettra d'obtenir la nourriture nécessaire. Certes il ne s'agira pas de garantir à tous une ration de viande équivalente à celle dont « bénéficient » les américains du nord et beaucoup d'européens. Mais ils devraient accéder à une ration en calories et compléments alimentaires suffisante pour éviter les famines et donner à tous un niveau de vie satisfaisant.

L'article semble par ailleurs considérer que les nouvelles pratiques de consommation devraient soulager une planète par ailleurs menacée, non seulement par les surconsommations, mais par le manque d'eau et le réchauffement. Le cas de l'Afrique est cité. Ce continent n'aurait que quelques 3% de ses surfaces consacrées aux cultures vivrières. Il serait possible de faire beaucoup plus. Le raisonnement oublie le fait que les surfaces non cultivées sont recouvertes par des végétations et une faune spontanées qui sont indispensable à la biodiversité et aux équilibres climatologiques. L'exemple de l'Indonésie, dont les zones cotières sont actuellement dévastées par une culture abusive de palmiers à huile, montre l'inanité de ce raisonnement s'il est appliqué à grande échelle

Nous ne reprendront pas ici les différentes perspectives décrites par l'article. Disons seulement qu'elles comporteront d'abord une augmentation de productivité des pratiques agricoles, non par des engrais mais par des techniques comme la gestion automatisée de la production et de la conservation. Au delà des aliments résultant de la production agricole et de l'élevage, comme de la consommation emblématique d'insectes, une infinité de techniques permettront de produire « artificiellement » les calories nécessaires. Ceci se fera sans doute, au moins initialement, au dépend des saveurs gustatives, mais même en ce domaine la biochimie et la biologie génétique pourront restituer des saveurs très convenables. De toutes façons, poussés par la nécessité, les populations s'y habitueront.

Deux difficultés voire impossibilités à prévoir.

L'optimisme de l'article nous paraît cependant évacuer deux difficultés majeures qui selon nous devraient rendre difficile, sinon parfois impossible, la production des aliments de demain. La première sera d'ordre économique. Il y aura de considérables distances à franchir, par exemple pour généraliser au profit de milliards de consommateurs la production de cellules artificielles aujourd'hui possible en éprouvette. Il faudra de toutes façons mettre en place pour ce faire des usines de production représentant un cout économique et humain considérable. Dans un monde dont les ressources en énergie et matières premières ne cesseront de décroitre, il est difficile de voir d'où viendront ces suppléments de ressources. La productivité améliorée venant de l'usage de nouvelles technologie ne pourra pas faire de miracle.

La deuxième difficulté sera d'ordre politique. Le monde actuel est caractérisé par des inégalités considérables entre les minorités dominantes et le reste des populations. Ceci non seulement d'un pays ou d'une zone géographique à l'autre, mais au sein même des pays dits riches. Aujourd'hui au sein même de ces derniers, il faudrait de véritables guerres civiles internes pour que les dominants acceptent de partager leurs avantages.

Ainsi, pour prendre l'exemple trivial de la consommation de viande d'élevage, rien ne pourra pousser les « riches » consommateurs de cette viande ni les éleveurs et distributeurs qui la commercialisent à changer de pratique. Quelques efforts seront au mieux faits en ce sens, mais ils n'atteindront jamais le niveau nécessaire. Pour que cet objectif soit atteint sans guerre civile, il faudrait qu'interviennent des catastrophes parfaitement improbables comme des maladies à grande échelle faisant disparaitre les troupeaux.

Plus précisément, il n'existe pas de pouvoir supranational suffisant puissant pour imposer aux Etats et aux populations des modifications significatives de leur mode de consommation. Le risque beaucoup plus immédiat de guerres larvées entre Etats et populations pour s'assurer des dominations au plan géostratégique montre actuellement l'impuissance des institutions internationales pour agir. Des puissances dominantes peuvent assurer des paix relatives, mais ce n'est qu'à leur profit.

En conséquence, l'on peut rester très sceptique quant aux possibilités d'assurer aux 10 milliards d'humains attendus un accès suffisant aux ressources alimentaires. Des épidémies et famines massives, des guerres meurtrières seront seules susceptibles de ramener le niveau de la consommation à celui des ressources.

Référence

https://www.newscientist.com/article/mg23331180-400-tomorrows-menu-termites-grass-and-synthetic-milk/


26/03/2017

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