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Macron devra normaliser les relations entre la France et l'Iran

Le 17 novembre 2017, Emmanuel Macron, tout en réaffirmant sa volonté de "dialoguer" avec l'Iran, avait exprimé le "souhait que l'Iran ait une stratégie régionale moins agressive et que nous puissions clarifier sa politique balistique qui apparaît comme non maîtrisée".

Inévitablement, le 18 novembre, Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême Ali Khamenei pour les affaires internationales, lui a répondu devant la télévision d'Etat que sur les questions de défense et du programme balistique, l'Iran ne demande d'autorisation à personne. « En quoi cela regarde -t-il Macron ? Qui est-il pour s'ingérer dans ces affaires ?"

Cependant l'Elysée avait annoncé précédemment que Emmanuel Macron envisageait  de se rendre prochainement en Iran, à l'invitation du président Rohani. Par téléphone il avait rappelé à celui-ci l'attachement de la France à l'accord sur le nucléaire iranien. Cela n'était en rien une critique de l'Iran puisque tous les partenaires à cet accord, dit 5+1, avaient constaté que l'Iran s'en tenait strictement à son engagement de ne pas développer d'arme nucléaire. Cependant, il y avait quelques jours, Donald Trump avait annoncé la volonté des Etats-Unis de s'en retirer, sans apporter d'arguments plausibles ayant pu justifier ce retrait.

Dans le même temps, il est vrai, l'Iran mettait au point des missiles balistiques. Mais nombre de pays font de même sans susciter de réactions hostiles. Ce genre de vecteur est désormais indispensable à tout pays voulant de doter d'une politique spatiale civile ou militaire.

Non seulement dialoguer mais coopérer

Paris, suite à cet échange aigre-doux entra Macron et Ali Khamenei , aurait le plus grand intérêt à reprendre le dialogue avec Téhéran. Non seulement il faudrait dialoguer mais engager des relations diplomatiques « normales », sur le modèle de celles que la France entretient avec un grand nombre de pays considérés comme alliés. Il s'agirait d'abord d'un intérêt économique et commercial, ce que souhaitent de nombreuses entreprises françaises qui malgré des débuts prometteurs, piétinent aujourd'hui devant une politique de « sanctions » imposée par les seuls Américains. Il s'agirait aussi d'un intérêt si l'on peut dire civilisationnel, car l'islam professé par l'Iran et l'évolution des mœurs qui s'y met en place, rapprochent de plus en plus notre pays des convictions et comportements que nous jugeons indispensables pour favoriser les échanges culturels avec le monde musulman.

Mais surtout des relations « normales » avec l'Iran permettraient à la France de ne plus s'enfermer de fait dans l'axe des pays sunnites, mené par l'Arabie saoudite, axe encouragé par les dollars et les armements américains et principal soutien au terrorisme islamique, dont l'objectif aujourd'hui est d'empêcher que l'influence russe au Moyen-Orient ne se substitue, plus encore qu'elle ne l'a déjà fait, à l'influence américaine.

Dans ce but, l'Iran, grande puissance régionale, a pris de fait la tête d'un axe parfois qualifié de chiite qui associe des pays avec lesquels la France est censée avoir de bonnes relations. Il s'agit de la Syrie et de l'Irak, enfin débarrassées du poids de l'Etat islamique, de la Turquie et du Hezbollah, qui se révèle de plus en plus fréquentable, et de quelques autres de moindre poids.

La volonté que vient de réaffirmer la France d'encourager le maintien du Liban en tant qu'arbitre et conciliateur entre les différents intérêts qui se disputent le Moyen-Orient ne pourrait qu'être encouragée par le rapprochement avec l'Iran. Téhéran ne s'est jamais montré désireux de mettre Beyrouth au service de ses seuls objectifs. Pour sa part, l'actuel président, Michel Aoun, est soutenu par une grande majorité des chrétiens libanais. Mais il considère à juste titre que le Hezbollah représente l'essentiel des intérêts géopolitiques du Liban. En ce sens, la proximité du Hezbollah avec l'Iran ne peut que favoriser de bonnes relations avec ce pays. On peut penser qu'Emmanuel Macron en tiendra compte.

Israël

La seule question qui sera difficile à régler – mais la diplomatie est là pour y aider - sera la question des relations futures de la France avec Israël. Il est évident que pour de multiples raisons impossibles à détailler ici, la France veut rester une bonne alliée de l'Etat Juif. Mais cela ne signifiera pas suivre Tel Aviv, et en particulier dans l'immédiat Benjamin Netanyahu, dans tous les excès de sa politique hostile à l'Iran. Ceci d'autant plus que Netanyahu s'appuie systématiquement pour le moment sur Donald Trump, et réciproquement, quels que soient les risques qu'à eux deux ils font courir tant aux Etats du Moyen-Orient qu'aux Européens. Macron aura besoin de tous ses talents pour faire comprendre à Israel qu'un peu plus de souplesse s'imposera. Il pourra à son tour garantir qu'en échange la France ne fera rien pour mettre en danger Israël.

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En conclusion, sur tous ces points, il faut espérer qu'Emmanuel Macron, au lieu de s'enfermer dans des querelles superficielles avec Ali Khamenei, mettra vraiment en place la coopération entre la France et l'Iran qui s'impose dans les intérêts des deux parties.

19/11/2017

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