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Les grèves vont-elles cesser après le 11 décembre ?

Le 11 décembre, le gouvernement a fait connaître la dernière version de son projet de « réforme du système des retraites ». Nous en reparlerons. Le Premier ministre a indiqué qu'il a tenu compte de certaines des objections formulées lors des mouvements de grève s'étant généralisés depuis le 5 décembre à l'annonce de cette « réforme », notamment dans le secteur public.

Mais Edouard Philippe avait prévenu précédemment que cette nouvelle version, présentée comme définitive, ne pourra peut-être pas calmer les revendications syndicales.

Les grèves multiples qui ont éclaté en France depuis le 5 décembre risquent donc de se poursuivre, malgré les pertes qu'elles infligent à l'économie et un mécontentement croissant d'une partie de l'électorat, notamment les usagers des réseaux de transport. Pourquoi cette persistance dans la revendication? 

Ces grèves, dans le secteur des transports, mais aussi de la fonction publique, des services, et dans les entreprises, manifestent la colère qu'Emmanuel Macron et son gouvernement ont suscité contre eux. Elles relaient en cela le mouvement des Gilets Jaunes qui exprimait précédemment cette colère.

La raison initiale des mouvements a été le refus de la réforme des retraites. Celle-ci est présentée par le gouvernement comme recherchant plus d'égalité en supprimant ce que l'on appelle les «régimes spéciaux», ce qui devrait supprimer le déficit actuel du régime des retraites, présenté comme insupportable. Mais nul n'ignore que ce déficit a en réalité été creusé par ce même gouvernement, qui a réduit les cotisations pour offrir, a-t-il-dit, du pouvoir d'achat aux Français.

L'opinion semble cependant se rendre compte que ces régimes spéciaux ont été mis en place précédemment pour des raisons justifiées. Tous ne travaillent pas dans les mêmes conditions. Certains travaux sont particulièrement pénibles, que ce soit physiquement ou nerveusement. Par ailleurs, certains régimes de retraite qui semblent en apparence avantageux sont parfois la contrepartie de rémunérations salariales plus faibles. Il y a dans la vie réelle une multiplicité des situations.

Que ce soit au travers de l «âge pivot» (Voir note ci-dessous) ou de toute autre concept, les Français ont bien compris que le but de la réforme était de les faire travailler plus longtemps et, dans de nombreux cas, pour des pensions moindres. Or, si l'espérance globale de vie s'est beaucoup accrue ces dernières années, il n'en va pas de même pour l'espérance de vie dite «en bonne santé». C'est pourtant bien cette dernière qui doit ici être prise en considération. Beaucoup de travailleurs arrivent aujourd'hui épuisés à l'âge de la retraite.De plus la réforme sera particulièrement injuste, en particulier pour les femmes, qui risquent d'en être les grandes perdantes.

Mais il y a plus dans ces grèves. Elles sont aussi la manifestation d'une colère sociale généralisée devant la politique gouvernementale. Celle-ci reste inspirée par les entreprises internationales ayant comme nul ne l'ignore, financé une grande partie de la candidature d'Emmanuel Macron à l'Élisée. Aucun des autres candidat(e)s d'alors n'avait bénéficié de ce soutien. Ce sont les travailleurs se sachant les mieux « protégés » qui peuvent le mieux exprimer cette colère. Mais elle paraît bien plus profonde.

Nous verrons dans les prochains jours ce qu'il en sera. On peut penser que les grèves pourraient se transformer en un mouvement social s'installant dans la durée. Quelle forme prendrait-il ? Et comment le pouvoir y réagira-t-il alors ? Il est difficile aujourd'hui de le préciser. Mais l'évolution de la situation méritera d'être suivie avec attentions. C'est d'ailleurs ce qui est fait dans les autres capitales européennes - de même évidemment qu'à Washington.

Note.

On lit ces précisions dans Cnews:
https://www.cnews.fr/france/2019-12-11/age-pivot-points-clause-du-grand-pere-petit-lexique-pour-sy-retrouver-dans-la

RÉGIME PAR POINTS

Ce nouveau système universel fonctionnerait par points. En clair, le montant de la pension de retraite serait calculé en fonction du nombre de points accumulés au cours de la carrière, et non plus en fonction du nombre de trimestres de cotisation, comme c'est le cas dans le système actuel. Mais deux inconnues demeurent : le montant qu'il faudra avoir cotisé pour acquérir un point, et surtout la valeur de ce point, c'est-à-dire combien d'euros de pension de retraite chaque point rapportera au salarié. 

ELÉMENTS PARAMÉTRIQUES

C'est une ligne rouge tracée par le leader de la CFDT Laurent Berger, favorable à un régime de retraite par points. Le numéro un du premier syndicat de France ne veut pas d'éléments paramétriques dans la réforme. C'est-à-dire qu'il rejette toute modification de l'un ou de plusieurs paramètres du système actuel : âge légal de départ, durée ou taux de cotisation, etc. Il plaide au contraire pour une réforme «systémique», qui modifie en profondeur l'architecture du système. Ce qui est également la volonté déclarée du gouvernement, mais le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) a semé le trouble, en proposant justement des mesures paramétriques pour résorber le déficit du système. 

AGE PIVOT

Le gouvernement a affirmé qu'il ne toucherait pas à l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans depuis la réforme de 2010. Mais la piste de l'instauration d'un âge pivot à 64 ans, qui figure dans le rapport rendu en juillet par Jean-Paul Delevoye, est toujours sur la table. Concrètement, si cet âge pivot, aussi appelé âge d'équilibre, était mis en place, cela signifierait que les salariés devraient partir à la retraite à 64 ans pour toucher leur pension à taux plein. Ils pourraient toujours partir avant, mais en gagnant moins (ce qu'on appelle une décote), ou après 64 ans, ce qui leur permettrait dans ce cas de toucher plus (ils auraient alors droit à une surcote).

CLAUSE DU GRAND-PÈRE

La «clause du grand-père» est une disposition qui permettrait de n'appliquer la réforme qu'aux salariés qui entreront sur le marché du travail après le vote de la loi. Elle a notamment été utilisée dans la réforme ferroviaire adoptée en 2018, qui stipule que les personnes embauchées à la SNCF à partir de 2020 ne bénéficieront plus du statut de cheminot. Dans le cadre de la réforme des retraites, cette clause pourrait être une carte dans le jeu du gouvernement pour apaiser la colère. Mais officiellement, l'exécutif n'y est pas favorable. 


 

 

11/12/2019

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