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Durcissement de la confrontation américano-russe en Syrie

Dans un récent article 1), nous signalions l'avance vers Raqqa des troupes de Bashar al Assad soutenues par l'aviation russe. Ceci pourrait être considéré comme une bonne nouvelle concernant la possibilité de chasser l'Etat Islamique EI de la Syrie. L'objectif pourrait en grande partie être obtenu par la prise de Raqqa, capitale de facto de l'EI.

Mais les choses ne sont pas si simples. Prendre Raqqa est aussi la cible de la coalition américaino-arabe  très largement soutenue par l'Arabie saoudite. Or il apparaît au vu des évènements récents que l'appui américain à la coalition se transforme de fait en une véritable intervention américaine au sol, comprenant des centaines et bientôt des milliers de combattants, dotés d'un armement lourd très efficace. Cette intervention, malgré les prétentions de Donald Trump, ne se soucie pas en priorité l'éliminer l'EI. De récentes déclarations du secrétaire d'Etat Rex Tillerson suggèrent que le but de Washington est de construire en Syrie une sorte d'Etat fédéral constitué de régions indépendantes. Ce but viendra directement en contradiction avec la volonté de Moscou. Celui-ci veut aider Bashar al Assad à rétablir un Etat syrien unique dont Damas serait la capitale.

La volonté russe est claire, comme nous l'avons plusieurs fois souligné: renforcer le régime syrien contre les diverses forces voulant sa destruction ou tout au moins son affaiblissement par la mise en place d'une structure fédérale. La Syrie est désormais un élément essentiel de la présence russe en méditerranée orientale, présence militaire mais aussi politique. Or il apparaît aujourd'hui que la volonté américaine est tout aussi claire: rétablir une présence puissante dans une région riche en pétrole et ressources diverses. Dans ce but, il faut éliminer ou tout au moins affaiblir considérablement la présence russe.

Ce dernier objectif convient parfaitement aux intérêts économiques, notamment pétroliers, qui soutiennent Donald Trump. Mais il est surtout conforme à la volonté des militaires dont Trump a garni son gouvernement et ses conseillers. Il faut citer à cet égard le secrétaire à la défense James “Mad Dog” Mattis et le National Security Adviser, le général  McMaster. Ils sont fanatiquement anti-russes et reçoivent la pleine approbation du sénateur Mc Cain, lui-même décidé à empêcher Donald Trump de réaliser les velléités de rapprochement avec Moscou envisagées lors de sa campagne.

La bataille d'Al Tabq

Le 22 mars, l'US Air Force a parachuté des centaines de combattants kurdes près de la ville de Al Tabq, laquelle commande le barrage de Tabqa essentiel pour l'approvisionnement en eau d'une partie de la Syrie. L'opération a été accompagnée d'une intervention aérienne lourde de l'aviation américaine. La reconquête de Tabqa sur l'EI serait importante, car elle empêcherait celui-ci de détruire le barrage, comme il l'avait promis. L'appui américain est donc à ce stade très important.

Les kurdes ne se cachent pas de rechercher la construction d'un grand Kurdistan regroupant les territoires occupés par l'EI en Irak et en Syrie. Mais parmi ces combattants se trouvent non seulement des contingents américains mais des hommes se revendiquant des Forces Syriennes Démocratiques, SDF, considérés par Damas et les Russes comme des rebelles.

Ce parachutage a pour le moment l'effet de bloquer l'avance de l'armée syrienne vers Raqqa. Il ouvre la perspective d'une prise de Raqqa par la coalition américaine, ce qui en éliminera nécessairement la présence syrienne et russe. De ce fait, il en résultera le début de construction d'un Etat multi-régional syrien.

L'opposition de Bashar el Assad est formelle. Il vient de déclarer que toute opération militaire en Syrie sans l'accord du gouvernement de Damas serait illégale, que ce soit pour libérer Raqqa ou tout autre objectif. La coalition américano-arabe, selon lui, n'a jamais voulu mener des actions sérieuses contre Isis ou les terroristes.

Moscou ne pourra évidemment pas laisser faire. Il est douteux par ailleurs que Donald Trump modère ses militaires. Tout ceci au danger de préparer un affrontement éventuellement nucléaire entre les deux puissances. Jusqu'à leur départ, Obama et Hillary Clinton n'avaient pas osé courir ce risque.

Inutile de préciser que l'éventuelle prise de Raqqa par la coalition américaine se fera grâce à des bombardements entrainant des dizaines de milliers de morts civils. C'est ce qui se passe actuellement à Mossoul. Mais les occidentaux imposent un discret silence sur ces morts. Ceci contrairement au bruit fait autour des morts civils à Alep à la suite de la reconquête de cette ville par l'armée syrienne. Tous les témoignages aujourd'hui disponibles montrent que celle-ci a procédé avec de grands précautions. Elle a accepté des combats de rue contre les djihadistes au lieu de recourir à des bombardements massifs. Elle y a perdu des centaines de combattants.

1) voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2504&r_id=&t=L%27EI%20pourrait%20lever%20le%20si%E8ge%20de%20Deir%20Essor

28/03/2017

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