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14 juillet 2008, réalité virtuelle sur les Champs Elysés

Nicolas Sarkozy, dont on sait qu'il n'aime pas les militaires, semblait tout guilleret en saluant le passage des unités, ce 14 juillet 2008. Mais derrière les uniformes astiqués, les véhicules repeints, les visages solennels de ceux qui défilaient, on aurait du voir les accumulations de faux-pas, d'échecs et d'abandons grâce auxquels les gouvernements successifs, dont le sien, avaient réussi à faire du défilé de l'armée française un véritable théâtre en réalité virtuelle.

Beaucoup de militaires et de simples citoyens reprochent au gouvernement actuel d'avoir décidé de trop importantes réductions d'effectifs. D'autres n'apprécient pas le retour plein et entier dans l'Otan. Ils ont sans doute raison. Mais ce qu'eux-mêmes et l'opinion ne voient pas, ce sont  les désastres industriels successifs qui ont privé nos forces  et notre économie des matériels seuls susceptibles d'assurer l'indépendance stratégique vis-à-vis des Etats-Unis. Bien pire, l'industrie de défense française moribonde, c'est toute la défense européenne qui s'est mise  sous le contrôle politique et technique de l'Amérique. Autrement dit, c'est l'Europe toute entière qui s'est vassalisée.

Rappelons quelques uns des aspects de cette véritable descente aux enfers.

Renseignement, guidage, surveillances satellitaires


Au début des années 80, le président Reagan avait lancé le projet G.P.S de géolocalisation. Il a fallu une quinzaine d'années pour que les Européens découvrent l'intérêt d'avoir un programme équivalent, Galiléo, dont nous vous avons souvent entretenus. Sous les pressions américaines, relayées par la Grande Bretagne, les retards de Galiléo se sont accumulés, les applications militaires (qui pour les Américains justifient principalement l'intérêt du GPS) ont été exclues. Les querelles entre Etats européens  pour favoriser leurs industriels (ALCATEL-LUCENT-THALES-EADS, FINMECANICA, AENA, HISPASAT, TELE OP , INMARSAL) comme pour la possession des centres de contrôle ne sont sans doute pas encore terminées. L'Europe n'a lancé qu'en 2005 le premier des 30 satellites nécessaires, et encore ce sont les Russes et leur fusée qui ont mené l'opération. Le projet ne verra peut-être sa première utilisation qu'en 2012 ou 2015, soit 30 ans après la décision américaine.

En ce qui concerne les satellites purement militaires, la France va lancer un 2e satellite Hélios II, mais il en faudrait au moins deux autres pour servir à la fois les besoins militaires et civils. Les Etats-Unis en possèdent des dizaines, de toutes catégories.

Aviation militaire

Avec deux entreprises exceptionnelles, la Société nationale Aérospatiale  et les avions Dassault, la France disposait d'une industrie de niveau international – ce que ne supportait pas le lobby militaro-industriel américain. L'  Aérospatiale  était l'héritière des bureaux d'étude qui avaient conçu et construit les « Nord-Atlas », les « Caravelle », « Concorde », « Airbus », des hélicoptères mondialement utilisés, des missiles stratégiques et tactiques, des satellites... Quant à Dassault, avec ses « Mirage », « Alpha-jet » et « Atlantique », il équipait une cinquantaine de pays, et non des moindres.
Ce considérable  marché est définitivement perdu au profit des constructeurs anglo-saxons, du fait de décisions aberrantes des gouvernements français, privant de travail des dizaines de milliers de spécialistes français contraints à des reconversions peu glorieuses.

La « privatisation » de l'Aérospatiale par le gouvernement Jospin, ayant abouti à la création d'EADS, a remis dans les mains d'un conglomérat européen plus porté aux prises de bénéfices immédiates qu'aux investissements à long terme les activités militaires et civiles de l'ex-Aérospatiale, y compris « Airbus ». Aujourd'hui, EADS cherche à commercialiser l'  Eurofighter, véritable canard boiteux concurrent du « Rafale » français. Quant à ce dernier, qui devrait devenir un avion européen, selon Charles Hernu, les maladresses diplomatiques successives et surtout les capitulations devant les pressions américaines sur les Etats acheteurs en ont fait un avion réputé « invendable » alors qu'il est excellent. Même le ministre de la Défense Hervé Morin l'a répété récemment. Ainsi, la France détruisait elle-même ce qu'elle avait conçu et construit.

Autre échec, le retard d'EADS dans la fabrication de l'avion de transport militaire A 400M. Déclaré nécessaire au début des années 90, en 2008, près de 30 ans plus tard, EADS a été incapable de lui faire exécuter  son premier vol comme prototype. Mais quelque six Etats européens devaient collaborer, d'où négociations, discussions, renoncements, cafouillage européens devenus classiques, blocage des Allemands, rejet italien, ainsi que du Portugal.

Ces atermoiements français ont ouvert le marché des aviations militaires européennes aux Etats-Unis. L'avion F.16 équipe le Danemark, la Finlande, la Grèce, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne, la Turquie, bientôt la Pologne. Pour l'avenir, la Grande-Bretagne a investi 2 milliards de dollars dans le F. 35 Joint Strike Fighter américain, l'Italie 1 milliard, les Pays-Bas 800 millions, le Danemark 125, ainsi que  la Norvège. Pourtant le programme F35 multiplie  les reculs de dates de livraison et les hausses de prix. Mais peu importe, nos voisins se rabattront sur d'autres avions américains. Leur marché est pour le demi-siècle acquis aux Etats-Unis, avec une modeste part à l' « Eurofighter »  anglo-allemand, la France ayant tout perdu.

Matériels militaires terrestres

 Même faillite en ce qui concerne le matériel terrestre de combat. Faute de commandes de l'Etat et de l'étranger, le GIAT qui fabrique le char « Leclerc » entre autres équipements de nos forces terrestres, a fermé nombre d'établissements et ramené son personnel de 13.000 à 3.000 personnes. On parle maintenant d'envoyer le Leclerc à la ferraille. Le GIAT a pris un autre nom (NEXTER) afin d'effacer un passé difficile et renoncé aux chars lourds pour la suite de l'AMX 10 à roues et au canon de 155 m/m. Mais la place est prise : la Grande-Bretagne avec « BAE System » a acquis « ARMOR HOLDING » aux Etats-Unis, tandis que la firme américaine « GENERAL DYNAMIC » qui construit les chars « ABRAM » a acheté, à Vienne, les usines « STEIR » et une entreprise similaire en Espagne, s'ouvrant ainsi le marché européen.
 
Matériels navals

         
La France a fermé les uns après les autres ses chantiers navals. Les Chantiers de l'Atlantique  qui ont produit tant de bateaux recherchés dans le monde, sont passés sous contrôle norvégien puis sud-coréen, l'Asie étant venue chercher à bénéficier de notre ex-savoir faire. Paris s'en est ému et à remis un petit pied dans l'entreprise. Mais les commandes ne suivent pas.
         
Il s'agit notamment de la  lamentable affaire du second porte-avions. Un jour celui-ci est déclaré « indispensable » par le futur président en campagne électorale mais, peu après, la mise en chantier est repoussée à la prochaine échéance électorale présidentielle. Pourtant, le candidat à l'Elysée avait déclaré : « Nous refuser d'avoir les moyens d'intervenir au loin ce serait, implicitement, laisser à d'autres la gestion des affaires mondiales ». C'est bien ce qu'il va falloir faire.

Moyens de projection   des forces
 
             
 Depuis 1994, il n'est question, dans les projets officiels, que d'intervenir à distance, en envoyant des dizaines de milliers d'hommes à des milliers de kilomètres. Or, nous n'en avons pas les moyens
- Pas d'avions cargos lourds. Paris s'en sort en louant aux Russes leurs gros avions de transport de troupes et de fret.
- Pas de chasseurs à long rayon d'action pour protéger les points d'intervention lointains (il  existe un seul prototype, le Mirage 4000 bi-réacteur, mais il a été abandonné dès 1978).
- Pas d'engins à courte portée pour défendre localement le petit corps expéditionnaire français (le « Hadès », à charge classique, aurait pu servir. Il est allé à la casse).
- Peu ou pas de bâtiments de débarquement et un seul porte-avions en maintenance la moitié de son temps

Quant aux pays européens, ils ont choisi l'OTAN et l'éventuelle intervention américaine à leur profit. Aussi font-ils l'économie d'un effort militaire national.

Le quadrille des baïonnettes


Dans ces conditions,  se féliciter  comme le fait Nicolas Sarkozy du fait que les Etats-Unis admettraient maintenant un système militaire européen indépendant n'est qu'une expression dépourvue de sens. Que signifie-t-elle alors que tout le matériel de cette Europe sera fourni, entretenu, renouvelé par les Etats-Unis ? Ceci en fonction de leurs intérêts stratégiques et industriels et non en fonction des intérêts européens.

Aussi bien ceux qui savent tout cela, même s'ils ont admiré la dextérité de la Garde dans le « Quadrille des baïonnettes », ne peuvent pas ne pas ressentir une profonde amertume.

Seul en est exempt notre Chef des armées national. Il a bien de la chance
14/07/2008
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Nombre de réaction(s) : 1
Hélas...
10/08/2008 19:03:57 | Par : Thibault
Hélas, vous avez entièrement raison, et pis il y en aurait à rajouter, comme la maintenance difficile et onéreuse des chars leclercs dont jamais nous n'en n'aurons 100% d'opérationnels à cause du manque de pièces détachées.
L'héritage indépendantiste de la France laissé par De Gaulle est passé définitivement à la trappe, sans vouloir faire de nostalgie à quatre sous.
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