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Le pouvoir socialiste français et la domination des banques sur l'économie européenne

Le film Goldman Sachs présenté sur Arte le 4 août 2012 illustre ce que personne désormais ne peut contester, le fait que Mario Monti à Rome et Mario Draghi à la Banque centrale européenne sont issus de GS, ont importé les méthodes ayant fait la fortune des dirigeants de la Banque dès les prémisses de la grande crise financière (notamment en faussant délibérément les statistiques grecques) et n'ont aucunement décidé de changer les méthodes leur permettant de mettre les économies et les gouvernements européens au service des banques d'affaires anglo-saxonnes.


Les électorats de gauche ayant appelé François Hollande au pouvoir, suscitant beaucoup d'espoir dans les gauches européennes, espéraient que la France proposerait un autre visage notamment en ce qui concerne le financement de l'économie. Le projet de Banque publique d'investissement, portés par François Hollande pendant la campagne présidentielle, visait, en s'adossant à des structures déjà existantes, comme le Fonds stratégique d'investissement (FSI), Oséo, CDC entreprises et peut-être la Coface, à doter la France d'une grande banque publique destinée à financer les projets industriels, notamment des PME, soit par des concours financiers, soit par des apports en fonds propres.

C'était un projet très volontariste, inspiré de l'esprit du Conseil national de la Résistance à la Libération. Il visait à contrebalancer l'action des banques privées, qui avaient ces dernières années largement délaissé le financement de l'économie, trop peu rémunérateur, pour s'adonner à des activités spéculatives incontrôlables par la puissance publique – y compris en y consacrant les épargnes des petits épargnants dont elles disposaient. Le projet devait être piloté par l'Agence des Participations de l'Etat, qui est censée superviser toutes les participations publiques, s'assurer de leurs bonnes affectations et aussi de leur « moralité », en évitant notamment les conflits d'intérêt entre le politique et l'économique. Dans la campagne socialiste, la BPI était présentée, notamment par Arnaud Montebourg, comme devant être un levier majeur pour enrayer le déclin industriel, le développement du chômage, la mise en danger des épargnes populaires.

Las, on sait ce qu'il en advient ces jours-ci. Ne revenons pas ici sur l'épisode désastreux des conflits de compétence entre les deux ministres chargés conjointement de mener l'opération, Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici. L'affaire est très bien relatée par un article de Laurent Mauduit dans Médiapart http://www.mediapart.fr/journal/economie/030912/les-enjeux-caches-du-duel-moscovici-montebourg. Il ne s'agit pas seulement du heurt de deux ambitions ministérielles mais de savoir qui va dans l'avenir diriger l'économie française (et ses choix européens): la banque d'affaire et les médias qu'elle finance (dont Matthieu Pigasse, dirigeant de la banque Lazard est aujourd'hui le représentant le plus visible) ou un minimum de structures publiques s'efforçant de faire prévaloir un zeste d'intérêt général – ce que Montebourg a fort bien résumé par la phrase «  La Banque publique d'investissement, je trouve qu'elle ne peut pas être réalisée par des banquiers, parce que faire une banque qui ressemblerait à d'autres banques, ce n'est vraiment pas ce que l'on cherche à faire. »

L'avenir proche dira comment l'affaire sera arbitrée, et quel rôle jouera la Banque publique d'investissement, ainsi que sous la tutelle de qui. L'enjeu n'est pas mince, comme l'indique Laurent Mauduit. Si la BPI devenait une autorité véritablement indépendante des intérêts financiers, elle pourrait s'appuyer sur les réserves considérables de l'assurance-vie française. Non pas pour spéculer à risque mais pour financer (sans risques) les investissements économiques et sociaux dont la France a besoin pour relancer l'économie et le projet social-démocrate. Les gauches européennes pourraient en tirer des leçons.

Si ce n'était pas le cas, le président de la République finira vite dans le rôle d'Obama après son élection, c'est-à-dire la « puppett » des banques. On peut espérer que Arnaud Montebourg n'attendra pas cette échéance pour remettre avec fracas sa démission – quoiqu'il puisse en coûter à Audrey Pulvar.

04/09/2012
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Pour Marc Roche, le Prix du Courage
04/09/2012 22:27:10 | Par : JPB
J'ajoute, après avoir vu ce soir le film de Marc Roche sur Goldman Sachs, que son auteur, Marc Roche, mériterait vraiment le prix du courage. Malgré les menaces destinées à le faire taire, il n'a pas renoncé. Grâce à lui, maintenant, les Européens ne peuvent plus dire: "je ne savais pas". Remercions-le et saluons-le très bas.

Deux visions
18/09/2012 11:39:36 | Par : Alain Cardon

Il y a celle que l'on peut qualifier d'utilitaire, fondée sur l'usage de tout ce que la nature peut donner, sur les fonctionnements des innombrables institutions en utilisant ou modifiant toutes les constructions sociales et politiques ou en en créant de nouvelles. Là, on considère un monde d'actions efficaces, soumis pratiquement partout à la volonté de puissance, avec d'innombrables structures permettant de décider de solutions aux innombrables problèmes plus ou moins locaux.

Il y a aussi la posture philosophique de l'homme qui s'interroge, qui se sait vivre comme membre de l'espèce la plus prédatrice possible dans un écosystème en perdition : par exemple 240 000 habitants de plus par jour sur Terre en moyenne en comptant les naissances et les décès, la superficie enlevée par an à la forêt et à l'agriculture sur Terre pour y mettre des routes, des villes, des usines, des dépotoirs est maintenant équivalente à la superficie de l'Italie. On ne peut
constater, en disposant d'une science strictement fonctionnelle soumise à la technologie, une science ayant totalement rompu avec la philosophie et volontairement incapable de modéliser les systèmes complexes comme l'écosystème planétaire, le vivant ou la société humaine, que rien en sera réglé globalement, que d'innombrables problèmes locaux ne cesseront de s'accumuler et d'exploser, en en engendrant sans cesse d'autres.

Il y a un problème bien connu, qui est un attracteur socio-économique majeur du domaine fonctionnel et qui a une très forte influence sur les systèmes sociaux au niveau planétaire : c'est le système financier résultant du jeu incessant avec les produits dérivés, utilisant par nécessité la communication informatique sécurisée et des nuées d'automates logiciels qui manipulent des sommes considérables en quelques microsecondes. Peut-on arrêter ce système prédateur en demandant aux financiers d'être gentils et de cesser de nuire en adoptant une posture fraternelle, ou bien en contrôlant très finement et éventuellement en limitant pendant un ou deux mois le système informatique des communications qui en fait le substrat indispensable ?
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