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Moyen-Orient: pourquoi l'Europe tombe-t-elle aussi dans le piège?

On se demande à quoi servent les supposés nombreux experts en géostratégie internationale dont en principe devraient être entourés les gouvernements européens. Comment se fait-il qu'aucun d'eux ne présente à son gouvernement des analyses à la portée du premier journaliste politique venu s'intéressant à l'évolution de la crise au Moyen-Orient et dans le Golfe Persique.

Ces gens sont-ils tellement obnubilés par la volonté de suivre en tous points, voire de précéder l'Amérique dans la marche à la crise, qu'ils n'imaginent pas un instant que l'Europe dispose de suffisamment d'atouts dans cette crise pour ne pas pousser comme un bœuf dans la seule direction imposée par les Etats-Unis.

L'attention se focalise aujourd'hui sur la nécessité de faire tomber Bachar el Assad au prétexte de ses exactions contre les populations, sans vouloir tenir compte du fait, avéré par de nombreux observateurs occidentaux, qu'une bonne partie de ces exactions est commise par les factions djihadistes se regroupant sous le vocable d'Armée syrienne libre. C'est pour celles-ci, connaissant la fibre « droit de l'homme » des populations occidentales, le meilleur argument possible pour obtenir leur appui dans la conquête du pouvoir, en Syrie puis par contamination, dans les régions voisines, Liban et Jordanie en premier lieu. Aujourd'hui, des centaines de djihadistes, dont certains formés au Kosovo, viennent de Libye, d'Egypte, de Jordanie et du Liban. Ils renforcent une rébellion financée et armée par l'Arabie Saoudite et le Qatar.

L'engagement de ces deux derniers pays n'est pas spontané. Il est le produit d'une stratégie américaine et britannique arrêtée depuis longtemps, visant à constituer un front sunnite docile contre les chiites plus difficiles à manipuler. Le bloc des pays arabes sunnites (notamment l'Egypte, l'Arabie Saoudite, les Etats du Golfe et la Jordanie) avec la participation d'Israël, devrait selon Washington pouvoir combattre le front chiite iranien, comprenant la Syrie, le Hezbollah, le Hamas et diverses forces radicales. Derrière la Syrie, il s'agit d'abattre l'Iran. Cette politique américaine ou plus largement anglo-saxonne n'a pas grand chose à voir avec la lutte contre un terrorisme chiite ni même pour la protection d'Israël, engagé dans une stratégie américaine globale dont il mesure chaque jour les dangers à venir. Il s'agit de se réserver l'accès au pétrole et au gaz de la région, ainsi qu'aux voies de communication permettant de les exporter. Ajoutons pour l'anecdote que la Syrie, en ce domaine de l'énergie, ne serait pas sans intérêt. On parle de plus en plus du fait qu'elle recélerait des réserves de gaz considérables.

Or les Européens devraient se méfier. Il n'est pas du tout certain que la stratégie américaine puisse aboutir. Elle semble au contraire en voie de monter un piège dans lequel tout l'Occident, Etats-Unis en tête, pourrait tomber. Ces derniers sont dans un terrain mouvant dont ils auraient du apprendre à ce méfier. Ils ont déjà 4 porte-avions engagés dans la zone, sans pour autant s'assurer de véritable supériorité aéronavale. Ils seraient incapables de mener la moindre action terrestre durable, ni contre Bachar el Assad ni a fortiori contre l'Iran, malgré le fait que tous les amis et ennemis de l'Amérique voudraient bien les voir s'engager dans cette voie catastrophique. Car les grands gagnants de telles campagnes seraient évidemment les djihadistes. Ceux-ci ont profité de l'engagement de l'Otan en Libye pour mettre la main sur le nord Mali et le Sahel. Ils n'attendent que la faute occidentale pour renouveler cette opération dans le grand Moyen orient. Ils n'ont pas besoin de moyens militaires considérables pour cela. Ceux payés actuellement par l'Arabie et le Qatar leur suffiraient.

Les Etats-Unis, par ailleurs, ne sont pas les seuls à mener le jeu dans la région. Il y a la Russie, appuyée par la Chine. Ces deux pays, pour des buts voisins mais inverses de ceux de l'Amérique, s'efforcent de constituer un front chiite auquel pourrait se joindre l'Iran. Pour eux, outre la question du pétrole, s'impose la nécessité de ne pas laisser les Etats-Unis contrôler librement une zone très proche de leurs divers intérêts stratégiques, en Méditerranée et en Afrique. Il faudrait être naïf pour ne pas imaginer que la Russie, en ce qui la concerne, se laisserait chasser de la base de Tartous, la seule dont elle dispose dans la région. Certes, a priori, la Russie ne semble pas prête à affronter directement les Etats-Unis, pour diverses raisons. Mais comme les activistes anti-Poutine financés par les services américains ne cessent de se manifester, y compris dans les parties musulmanes de Russie, celle-ci aurait beaucoup de raisons pour réagir préventivement à une chute de Bacher el Assad entrainant le succès des djihadistes dans toute la zone.

Si la crise se développait, du fait répétons-le d'une politique insensée (au sens propre) menée par Washington, pour des raisons aujourd'hui principalement électorale (assurer la réélection de Obama), l'Europe ne pourrait évidemment pas s'en tenir éloignée. Les tensions (le moins que l'on puisse dire) sur ses approvisionnements en pétrole et en gaz, la remontée vers ses frontières de combattants islamistes, seraient les dangers les plus immédiats. Mais à plus long terme, le risque de se faire un ennemi de la Russie et plus généralement du BRIC au lieu de s'en faire un partenaire stratégique serait le plus grave. Ne parlons pas des répercussions chez les Européens eux-mêmes. On nous fait ainsi part (petit événement mais significatif) de tensions grandissantes dans les hôpitaux français entre soignants et malades selon qu'ils se disent chiites, sunnites, alaouites ou même chrétiens d'Orient.

Mais comment les Européens pourraient-ils réagir, dira-t-on? La mesure la plus simple serait, à l'ONU et ailleurs, de ne pas tenir, comme le fait en ce qui la concerne la France, des propos encore plus excessifs que ceux de Washington, pour des raisons qui n'apparaissent pas clairement. Au delà de cela, il faudrait marquer sans ambiguïtés qu'il y a des limites que l'Europe ne se laissera jamais imposer de franchir. Sacrifier l'avenir de ses relations avec la Russie et avec les pays du Maghreb en serait une.



23/07/2012
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