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Présidence française et choc pétrolier

Dans les circonstances exceptionnelles, les hommes politiques se voulant de vrais chefs d'Etat se doivent d'être visionnaires. Ceci sans considération d'efficacité politique immédiate. On peut être certain que les visions d'ampleur, si elles répondent à des exigences collectives fussent-elles mal exprimées, finissent toujours par s'imposer et entraîner des changements profonds. Des projets visant à éliminer en profondeur notre dépendance au pétrole auraient pu donner à la présidence française de l'UE une toute autre portée que celle s'esquissant actuellement.
Les diplomates, non sans raisons, disent qu'il n'est pas possible de mener une négociation internationale à partir d'idées générales. C'est pourquoi la Présidence française de l'UE s'en tiendra aux quatre « chantiers » de Nicolas Sarkozy, Agriculture, Défense , Environnement et Immigration. A l'intérieur de ces thèmes, le principe de réalité imposera de n'évoquer que des solutions modestes, susceptibles de recueillir l'accord de tous. Nicolas Sarkozy avait affirmé qu'il n'hésiterait pas à bousculer les consensus, mais lorsqu'il le fait – par exemple sur la fiscalité de la restauration – ce n'est généralement pas dans l'intérêt général européen, mais pour améliorer son image personnelle en France.

Nous pensons cependant que, dans les circonstances exceptionnelles, les hommes politiques se voulant de vrais chefs d'Etat se doivent d'être visionnaires. Ceci sans considération d'efficacité immédiate. On peut être certain  que les visions d'ampleur, si elles répondent à des exigences collectives fussent-elles mal exprimées, finissent toujours par s'imposer et entraîner des changements profonds.

Mais il y a-t-il lieu aujourd'hui à de telles visions ? Nous avons précédemment évoqué un certain nombre de grands sujets autour desquels l'Europe pourrait avoir des discours et des apports spécifiques (cf. Baquiast, L'Europe ou le vide de puissance). Dans l'immédiat, le plus urgent et le plus important semble être d'accélérer la rupture avec la dépendance au pétrole qui caractérise le monde entier.

Les Américains, même ceux qui soutiennent Barak Obama, n'ont pas encore pris la mesure de la gravité du phénomène. L'Europe, bien que mieux sensibilisée, en est encore loin également. Le problème n'est pas de vitupérer contre des spéculateurs qui stockeraient indûment le pétrole en spéculant sur sa hausse. Il est encore moins de condamner les producteurs qui refusent d'augmenter leurs extractions ou les compagnies pétrolières qui n'affectent pas leurs profits à la baisse du litre à la pompe. Le problème n'est pas non plus, comme Nicolas Sarkozy cherche à le faire,  d'imposer des détaxes qui non seulement seraient ruineuses pour les budgets publics mais ne soulageraient que marginalement les consommateurs finaux.

Les bonnes solutions ne viendront que lorsque chacun aura compris que le « peak oil » est désormais atteint, c'est-à-dire le point à partir duquel l'extraction ne pourra plus augmenter à des coûts acceptables et que les quantités produites diminueront nécessairement, tandis que les prix continueront à monter. Il faut donc dès maintenant, par des politiques précises et sans s'en tenir aux discours écologiques verbeux,  engager la reconversion profonde de toutes nos habitudes.

Il s'agira en fait d'une véritable révolution. Le monde vit une période extraordinaire, celle où les modes de production et de consommation mis en place à partir d'une énergie bon marché depuis plus d'un siècle vont devoir être radicalement modifiées. Cela n'intéresse pas seulement les transports automobiles mais tous les transports. On sait que le pétrole conditionne par ailleurs de nombreuses activités vitales : l'agriculture, notamment en ce qui concerne l'apport d'engrais, les industries chimiques et leurs innombrables produits, l'habitat, les activités touristiques. Toutes ces activités vont inexorablement décroître, à partir des pics de production actuellement atteint. De plus leurs prix augmenteront, rendant non solvables des centaines de millions de personnes déjà à la limite de la survie.

Nous envisageons ici une crise d'adaptation qui serait progressive. Mais, sous l'influence de phénomènes non économiques, tels que des guerres locales ou des sabotages terroristes, l'effondrement pourrait se produire en quelques semaines.  Il est plus que probable en effet que, se rendant compte de la fragilité des sociétés aujourd'hui dominantes, des opposants résolus au pire s'engagent dans de telles actions. Les mesures de protection civiles et militaires seront impuissantes à les prévenir.

Les gouvernements responsables, si ce concept a quelque sens, devraient donc dès maintenant tenir un discours de mise en garde, même s'il heurte directement les industriels auxquels ces gouvernements sont politiquement liés, comme l'est G.W.Bush aux intérêts pétroliers. Dans la suite de ce  discours, ils devraient lancer les mesures de reconversion longues et difficiles permettant de soigner l' « addiction au pétrole » qui caractérise les sociétés les plus développées.

Des investissements importants, là encore financés par des économies sur les dépenses non prioritaires, seront nécessaires. Mais de nouvelles formes de croissance en découleraient certainement. De plus, l'autre exigence mondiale, qui consiste à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, pourrait  en tirer des bénéfices. Cependant  les transitions seront nécessairement dures. Une génération au moins sera obligée non seulement de consentir des sacrifices considérables mais de renouveler tous les cadres mentaux par lesquels elle a contemplé le monde jusqu'à présent.

Inutile de prolonger plus loin ce discours. Mais on voit quel prestige la France aurait pu s'acquérir si elle avait profité de sa présidence de l'UE pour lancer de telles mises en garde et inaugurer de tels changements conceptuels. Rien ne dit que les autres Chefs d'Etat, y compris les plus court-termistes, comme l'est par exemple Sylvio Berlusconi, n'auraient pas réagi favorablement. L'histoire montrera malheureusement, on peut le craindre, que faute d'avoir saisi cela, Nicolas Sarkozy aura manqué l'occasion de sa vie. Il restera celui qui aura continué à enfermer notre pays dans la facilité et l'égoïsme.    
02/07/2008
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