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Possibles solutions pour une sortie de crise en Europe

Nous avons plusieurs fois sur ce site présenté et commenté les suggestions faites par Joseph Leddet, économiste et consultant financier, pour transformer les emprunts d'Etat européens en obligations publiques à durée indéterminée. Elles avaient été accueillies favorablement par des économistes se situant hors de la pensée unique dominant cette discipline, sans trouver d'écho auprès des décideurs de la précédente majorité. Nous pensons, comme Joseph Leddet lui-même, que les conditions nouvelles découlant de l'élection de François Hollande devraient permettre de les étudier d'une façon plus positive. C'est la raison pour laquelle nous les relayons ici. Nous ne nous dissimulons pas le fait que, pour que de telles mesures réussissent, elles devront être accompagnées d'un certain nombre de dispositions renforçant le concept de gouvernement de la zone euro. Mais il semble que le nouveau gouvernement français et ceux de ses partenaires déjà convaincus feront le nécessaire pour que de telles perspectives se concrétisent. Jean-Paul Baquiast 21/05/2012



1. Crise grecque : vers la transformation des emprunts d'Etat européens en obligations publiques à durée indéterminée (ODI), pour sauver les finances des pays de la zone « euro »

Au plus fort de la crise grecque, espagnole, portugaise ou italienne, qui tendent à s'orienter vers une guerre civile larvée -du fait de la brutalité des mesures d'austérité imposées par l'ex-couple franco-allemand « Merkozy », et aussi par un FMI incapable de comprendre l'évolution du monde- il convient de réfléchir à une solution qui permette de se sortir d'affaire en douceur pour tous. A cet égard, l'élection de François Hollande à la tête de la France apporte une bouffée d'oxygène : il est clair qu'il ne sera pas, à la différence de son prédécesseur, le faire valoir de la Chancelière !

Ce que nous suggérons ici, c'est une solution en douceur, d'abord pour les pouvoirs publics, qui ne seront plus – grâce à cette recette - obligés d'imposer des restrictions fiscales et sociales drastiques à leurs concitoyens, mais seulement des mesures budgétaires « raisonnables »; en douceur ensuite pour ces derniers, dont les conditions de vie seront à peu près maintenues comme auparavant ; en douceur enfin pour les investisseurs, titulaires de ces emprunts d'Etat via des fonds communs de placement ou des fonds d'assurance-vie ( et parmi eux beaucoup de modestes retraités), qui ne verront pas alors leur placement fondre comme neige au soleil, ainsi que les a traités la première et récente « restructuration » de la dette grecque (de l'ordre de 50 à 70% de perte en capital !).

Une telle solution est à la fois simple dans sa conception et souple dans sa mise en oeuvre : il suffit en effet de transformer les énormes dettes publiques des Etats européens, qui tournent autour de 100% de leur PIB, en rentes perpétuelles pour leurs titulaires ou, autrement dit, en obligations à durée indéterminée (ODI), éventuellement en partie remboursables à certaines dates préfixées ; en pratique, toutes les obligations d'Etat grecques, portugaises, italiennes, espagnoles, françaises ou allemandes à 2, 5, 10 ou 20 ans verraient leur échéance annulée, c'est-à-dire repoussée à une date ultérieure non définie ; par contre, l'Etat concerné continuerait pendant tout ce temps de payer entre 3% et 5% de taux d'intérêt fixe aux investisseurs (taux d'intérêt fixé par la « restructuration »), ce qui serait pour lui une charge budgétairement acceptable . Si les épargnants veulent récupérer leur capital, il suffit d'organiser un marché secondaire de ces « papiers d'Etat », avec l'appui de la BCE, du système bancaire européen et des compagnies d'assurance-vie du Continent, sachant que c'est pour un investisseur bien moins compliqué de toucher du 3 à 5% annuels d'intérêt d'Etat (avec un éventuel avantage fiscal à la clé) que d'investir dans un studio locatif à Paris ou à Lyon, avec tous les problèmes potentiels que cela implique (risque de non paiement des loyers, travaux d'entretien imprévus, complexité des déclarations fiscales...).

Ce qui fragilise les « emprunteurs », c'est-à-dire les finances des Etats d'Europe, c'est que, lorsqu'ils doivent réémettre des obligations pour prolonger leur dette (en réempruntant tout le capital arrivé à échéance), ils se font « attaquer » par les marchés (agences de notation, analystes financiers, journalistes économiques...), et bien souvent ils n'arrivent plus alors à placer leur papier, sinon à des conditions excessivement chères en termes de taux d'intérêt.

La solution que nous proposons ici est totalement concrète et facilement applicable sans délai ; comme il n'y aura plus (ou pratiquement plus) de dette à réémettre périodiquement, cela revient à annuler l'influence des marchés financiers sur les Etats, en les remettant de facto à leur place, à savoir celle de simples courtiers monétaires, et non plus de « juges de paix » des Etats, comme ils se l'autoproclament actuellement. Il semble qu'une telle idée puisse être avec profit proposée par le président Hollande à ses collègues européens, aujourd'hui confrontés (notamment pour les pays du Sud) à une grave crise politico-financière et sociale, dont l'issue apparaît fort incertaine, voire potentiellement dramatique.



2. Pour relancer la croissance en Europe, rien de mieux que la « planche à billets » de la BCE : vive John Maynard Keynes « revisité »!


L'élection de François Hollande à la tête de l'Etat français rebat de fait les cartes en matière de politique économique européenne, traduisant la fin de l'ancien dangereux couple franco-allemand « Merkozy », dont le projet de restrictions budgétaires tous azimuts était à la fois aberrant sur le plan économique, suicidaire sur le plan social, et contre-productif quant au positionnement de l'Europe dans le monde.

Il semblerait que M. Hollande et ses conseillers soient plus réalistes que ceux ayant dirigé la France ces cinq dernières années ; et je ne parle pas là en termes de droite ni de gauche, je parle en tant qu'économiste, consommateur, petit entrepreneur, français moyen, bref en tant que personne essayant de réfléchir positivement à l'avenir d'un pays auquel elle est viscéralement attachée.

Comme le nouveau gouvernement français met en avant une composante « croissance » ou « relance » pour le continent européen, nous nous permettons de remettre sur table une idée par nous déjà exprimée antérieurement dans plusieurs articles de « La Tribune ». Afin que la croissance reparte, il est nécessaire de « déboucher la pomme de l'arrosoir », c'est-à-dire de donner en direct de l'argent aux agents économiques (ménages et entreprises) pour qu'ils consomment et qu'ils investissent, car le système bancaire a cessé aujourd'hui, pour diverses raisons, de jouer son rôle de financement de l'économie.

Concrètement -ainsi que nous l'avons démontré dans des travaux de recherche antérieurs- il existe une proximité de valeur absolue entre le PIB annuel et la masse monétaire M3 d'un pays ; il suffirait ainsi pour la France d'injecter dans l'économie 5% de masse monétaire en plus, soit environ 100 milliards d'euros, pour voir le PIB augmenter de 5% en l'espace d'une année. Cette injection de liquidités, sous forme de subventions non remboursables, se ferait pour moitié vers les ménages et pour moitié vers les entreprises (soit de l'ordre de 3 000 euros par foyer fiscal et de 20 000 euros pour chaque PME) .

Une telle distribution d'argent serait procuré gratuitement par la Banque Centrale Européenne, à qui il ne coûte rien d'émettre 100 milliards pour l'économie française, sachant qu'en début d'année 2012 elle vient d'allouer sans condition 1 000 milliards d'euros au secteur bancaire européen, lequel s'est d'ailleurs empressé de replacer la quasi-totalité de cet argent auprès de ... la même BCE, le stérilisant ainsi pour l'économie réelle.

En pratique, la Banque de France serait le relais de la BCE pour attribuer cet argent aux ménages et aux PME, via le secteur bancaire national (chaque destinataire devant fournir en temps et en heure, via sa banque, ses références bancaires à la Banque de France, pour pouvoir toucher ensuite immédiatement sa subvention). Ainsi, à l'image d'une pompe de jardin que l'on amorce en y versant un seau d'eau par le haut, de manière à procurer dans la foulée un flux continu de liquide, cette injection d'argent permettrait de faire repartir facilement et sans délai une économie européenne aujourd'hui obérée par la morosité sociale et par la crise financière des pays de l'Europe du Sud.

Quant au risque d'inflation qu'une telle démarche risquerait de provoquer, il est nul ! Avec des méga-devises comme l'euro ou le dollar, avec le changement de comportement des consommateurs tout comme celui des producteurs, l'inflation a aujourd'hui définitivement disparu de notre Continent, et ce ne sont sûrement pas quelques dizaines ou centaines de milliards d'euros fournies gratuitement par la BCE à l'économie européenne qui vont être capables de la réactiver !

Joseph Leddet, économiste et consultant financier.

21/05/2012
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