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Le concept de grande coalition et la gouvernance européenne

Les militants de la construction européenne, dont nous sommes, ont constaté avec satisfaction que lors de leur première rencontre le 15 mai, la chancelière Merkel et le président Hollande, loin de s'enfermer dans des frontières infranchissables, ont ouvert la voie à de plus grandes coopérations entre l'Allemagne et la France. Certains ont parlé de l'amorce d'une grande coalition susceptible d'unir les deux pays.


Ce dernier concept a généralement mauvaise presse, y compris en Allemagne où il a été largement expérimenté (Große Koalition). On l'assimile parfois à un gouvernement par des partis du centre (le rêve impossible d'un François Bayrou) ou à défaut d'un gouvernement au centre dans lequel les deux ailes marchantes, à droite et à gauche, risquent de perdre leurs spécificités au profit d'une recherche permanente de consensus (prenant parfois la forme de « paix armée ») pouvant conduire à la paralysie. On ne sait comment s'orientera le futur gouvernement fédéral allemand tel qu'il résultera des prochaines élections. Peut-être verra-t-on revenir une grande coalition. Ce sera peut-être aussi le cas dans d'autres Etats européens, si la droite comme la gauche y montraient une incapacité à gouverner seules. Il est certain en tous cas qu'en France, à titre intérieur, cette perspective n'est demandée par personne. La gauche, dans l'immédiat, accède au pouvoir. Qu'elle y fasse ses preuves.


Au plan international au contraire, entre deux Etats dotés de régimes politiques ou de choix différents mais désireux de s'allier dans la poursuite de buts communs, le concept de grande coalition retrouve sa place. Il dépasse celui beaucoup plus courant d'alliance, ou même d'"alliance cordiale", car il marque une grande volonté de convergence malgré les différences politiques. Au plan multilatéral européen, le concept de grande coalition devrait aller de soi. Il serait justifié par la constatation qu'il n'est pas réaliste, pour le moment, d'espérer voir des majorités uniformément de droite ou de gauche s'imposer au Parlement ou au Conseil européens. Des représentants de plusieurs tendances seront appelées à y coexister, couvrant une grande part de l'éventail politique. Or faudrait-il se résigner à admettre qu'entre elles aucune coopération concrète pour gouverner le présent et le futur de l'Europe ne serait possible, que ce soit à l'échelle de l'Union toute entière ou de l'Europe monétaire? Certainement pas. De facto se produiront des regroupements entre partis de gouvernement. N'en seraient exclus que les « extrêmes », d'une part ceux qui refusent le concept d'Europe mais aussi ceux qui, notamment à l'extrême-gauche, souhaiteraient une véritable sortie du capitalisme financier international, encore refusé par les majorités.

Une sorte de grande coalition serait donc tout-à-fait envisageable, rapprochant dans la gouvernance européenne, ceux qui voudraient que l'Europe ne s'enferme pas dans l'immobilisme mais qu'elle progresse dans une direction qui sera nécessairement de plus en plus fédérale,. A tout le moins devrait-elle être expérimentée dans les prochains mois. Pour cela, des plates-formes de gouvernement, complétées de réformes structurelles, devraient pouvoir être négociées entre les Etats. La gauche française, incluant les Verts, aurait un rôle essentiel à jouer dans cette voie.

Les bases en existent déjà entre les deux grands moteurs de l'Europe que sont l'Allemagne et la France. Le début de dialogue réussi qui vient de s'établir entre ces deux pays est de bonne augure. D'autres Etats souhaiteront sans doute s'y joindre. Mais il faudra préciser les grands objectifs reconnus par les partenaires, objectifs qui n'ont rien d'incompatible: réduire les dépenses improductives et relancer l'investissement et l'emploi. Y ajouter une copieuse dose d'ambition politique, tant en interne que pour le grand international, sera d'ailleurs nécessaire. Jusqu'où les gauches, les centres et les droites voudront-elles aller dans cette voie sans se neutraliser? L'avenir le dira. Dans un premier temps la question se pose entre les gouvernements, définissant ainsi la capacité d'action du Conseil européen. Mais en bonne démocratie elle intéresse aussi et devra de plus en plus mobiliser le Parlement européen. 


Nous sommes de ceux ici qui pensent qu'entre la France et l'Allemagne, sans oublier la petite et turbulente Belgique, il faudrait aller plus loin qu'établir une grande coalition. Il faudra mettre en place une réforme constitutionnelle rapprochant de plus en plus les Etats concernés. Le ministre vert allemand Joschka Fischer l'avait proposée en son temps, mais la France avait repoussé cette initiative. Peut-être pourrait-elle être reprise aujourd'hui. Certes les intérêts économiques et les engagements extérieurs des deux pays sont généralement considérés comme trop différents pour le permettre. Mais on pourrait aussi montrer qu'ils pourraient se compléter dans une synergie commune, notamment si le concept d'euroRIC se substituait à celui d'euroatlantisme encore trop dominant pour l'encourager, que ce soit en Allemagne ou en France.

16/05/2012
Vos réactions
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Nombre de réaction(s) : 1
Pour un gouvernement franco-allemand délibératif
16/05/2012 21:51:34 | Par : Boka
Mais oui! C'est le "noyau dur" propose par "Schauble-Lamers" en 96 et bêtement ignoré par la France...Grande coalition? Mais c'est le Conseil Européen ! Ce que nous devons faire, pour le cinquantenaire du Traité franco-allemand, c'est nous doter d'un gouvernement franco-allemand délibératif et mener campagne pour un président de l'union, Président du conseil européen et de la Commission, dans le cadre d'un vrai gouvernement européen. Et pas le faux semblant du Traite sur la stabilité ...Continuons le combat!
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