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Démission face à l'Otan l'américaine

Nous pensons que le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN pose plusieurs problèmes de grande portée pour l'avenir de la diplomatie française et européenne. Tous les arguments selon lesquels la France est déjà dans l'Otan, ou selon lesquels on peut y être sans être inféodé aux USA (comme le serait par exemple la Turquie) ne tiennent pas à cet égard.

Les problèmes posés concernent les points suivants:

1.    La façon dont la décision sera ressentie en termes géostratégiques par le reste du monde. La sortie historique décidée par le Général de Gaulle avait marqué la volonté de la France d'échapper à la domination politique et militaire des USA. Le retour marquera la volonté de se soumettre à nouveau à cette domination. Ceci à un moment ou G.W. Bush et l'administration actuelle, en fin de mandat, sont rejetés unanimement et où une nouvelle administration va prendre le pouvoir, qui ne sera peut-être pas très différente de l'actuelle au plan de ses choix diplomatiques. Tous les pays ou forces politiques pour qui la France incarnait un certain idéal d'indépendance devront en prendre acte et nous en voudront certainement : en premier lieu les grands Etats émergents ou ré-émergents, Russie, Chine, Inde. Mais aussi le monde arabe et beaucoup d'Européens. En France le symbole est très mal ressenti, aussi bien de ce qui reste de gaullistes que de la gauche toute entière.

2.    Même si l'Otan n'est pas strictement liée par les choix politiques de Washington, elle les exprime ou les accepte dans de nombreux cas. C'est le cas du projet d'implantation de bases du système Balistic missile defense in Europe (BMDE) en Pologne et Tchéquie, imposé unilatéralement à l'Europe par Washington et accepté voire repris à son compte par l'Otan. Or ce bouclier, qui sert exclusivement les intérêts américains, s'inscrit dorénavant dans une politique dangereuse de préparation de frappe nucléaire « préemptives » visant en priorité la Russie et la Chine. Ces pays nous assimileront désormais aux USA, sans faire de distinguo subtils.

En clair, comme nous l'avions rapporté précédemment,  Moscou continue à ne pas croire en l'affirmation selon lequel le système antimissile américain est destiné à protéger les Etats-Unis contre des attaques venant d'Etats- voyous. Moscou ne croit pas davantage  que son extension en Europe de l'Est, avec l'initiative BMDE participe de ce même objectif, en protégeant du même coup l'Europe. Les Russes n'ont certainement pas oublié un article assez terrifiant publié dans Foreign Affairs. Pour les auteurs de ce texte, le bouclier anti-balistique aurait pour principal intérêt de rendre inopérantes les deuxièmes frappes provenant d'un Etat ayant été attaqué de façon préemptive par l'Amérique, sous prétexte des menaces représentées par son arsenal nucléaire. Pour s'assurer que l'Etat en question, ainsi frappé, ne puisse pas réunir ce qui lui resterait de force pour répondre, un bouclier relativement peu efficace, comme le sera de toutes façons le système américain, devrait suffire.

Les Russes et les Chinois craignent manifestement que, dans les prochaines années, les Etats-Unis, toujours convaincus qu'ils doivent demeurer les seuls à disposer d'une véritable force nucléaire, prennent l'initiative de frappes préventives dirigées contre eux. Il est certain en ce cas que l'Europe, ayant finalement renoncé à faire le moindre obstacle au déploiement par les Américains de la BMDE en Tchéquie et en Pologne, s'insère dans le système militaire américain. Elle risque d'y rester ad indefinitum. Elle renoncera ainsi à toute indépendance de négociation tant avec les Russes qu'avec les Chinois. Elle subira nécessairement les conséquences de toutes les mesures de défiance qu'ils prendront à l'égard des Américains, y compris dans le domaine civil, tel l'énergie. Le retour de la France dans l'Otan ne fera qu'accentuer ce risque.

3.    Les USA veulent étendre l'appartenance et les interventions de l'Otan, c'est-à-dire les leurs propres, à de nombreux pays qui n'ont rien à voir avec la défense européenne proprement dite : Moyen-Orient-Pakistan, Asie du Sud-est, Amérique centrale. La France, rentrée dans l'Otan,  et l'Europe derrière elle, accepteront de fait de cautionner des politiques plus aventureuses les unes que les autres, qui nous feront considérer comme des ennemis par des pays où notre influence reste certaine actuellement.   

Derrière des mots qui ne correspondent pas à une réalité, la défense de valeurs communes occidentales (que l'Amérique bafoue tous les jours) on veut empêcher la naissance de stratégies européennes autonomes. On sait que ce terme d'Occident avait été forgé par les Américains pour rassembler autour d'eux tous ceux qui n'acceptaient pas la dictature communiste, en URSS et ailleurs. Il se confondait avec celui de Monde Libre. Mais ce qui, comme d'ailleurs le traité de l'Atlantique Nord, était acceptable par les Européens il y a trente ans, ne l'est plus alors que le monde est devenu multipolaire, aussi bien en ce qui concerne les menaces que les alliances possibles. Cependant  les Américains veulent continuer à jouer de la fibre « occidentale » pour maintenir sous contrôle des Européens dont l'émancipation pourrait menacer leur unilatéralisme persistant.  

4.    Début avril à Bucarest, Nicolas  Sarkozy avait indiqué que le retour de la France dans l'Otan dépendrait des progrès de la défense européenne. Que reste-t-il de cette conditionnalité ? Plus rien. Certes le président a dit que la première priorité serait le renforcement de la défense européenne, et que la question du retour de la France dans la structure de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord  où elle est absente, le DPC [Comité des plans de défense], serait une question qui se poserait plus tard, au moment du sommet du 60e anniversaire de l'Alliance en avril 2009. Mais telles que les choses se présentent, le retour de la France se fera sans conditions, ou sans moyens pour poser des conditions.

La création d'une défense européenne peut s'envisager a minima et a maxima. A minima, c'est la relance du projet de 1999, qui était de disposer d'une force européenne projetable de 60 000 soldats. Il faudrait  obtenir le retour à cet objectif capacitaire. C'est aussi la capacité de conduite des opérations et de planification au niveau européen. Or rien ne dit que le retour de la France dans l'Otan améliorera ses chances d'obtenir des progrès sur ces deux points.

A maxima, une défense européenne indépendante supposerait des politiques industrielles et de recherche dans l'armement et dans l'espace auxquelles les USA sont violemment opposés. Par leurs alliés en Europe, UK et autres pays atlantistes, ils décourageront toutes initiatives en ce sens. Le retour dans l'Otan n'améliorera en rien les chances qu'aurait la France de convaincre ses partenaires.

On verra ce que la présidence française de l'UE pourra obtenir. Mais il y a tout lieu de rester extrêmement pessimiste. La route de Canossa est une des seules qui semble sans fin.

25/06/2008
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Et le second porte-avion
25/06/2008 20:40:22 | Par : Gaspar
Comme vous l'avez vous même remarqué dans d'autres articles, le refus de lancer la construction d'un 2e porte-avions français ne pourra qu'être néfaste à la défense européenne. Actuellement, selon Le Monde, vu que le Charles de Gaulle est en grand carénage, les pilotes de Rafale s'entraînent à apponter sur un PA américain. Merci l'Amérique. Ils doivent bien rire, dans l'US Navy (comme dans la Royal Navy).
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