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Grand Moyen-Orient: la guerre ou la paix.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est venu avertir Barack Obama en début de cette semaine du fait qu'Israël ne pourra pas attendre beaucoup plus longuement... Attendre quoi?


On a compris que pour lui, contrairement aux dernières affirmations rassurantes des agences de renseignement américaines, Téhéran ne tardera pas à se doter d'une arme nucléaire. Afin de prévenir cette situation, présentée par les durs du gouvernement comme la fin programmée d'Israël, Jérusalem menace de décider dans les prochaines semaines une intervention militaire contre l'Iran, qu'elle soit ou non initialement soutenue par l'Amérique. Ceci malgré de considérables difficultés techniques à surmonter.

Obama a confirmé son hostilité de principe à semblable opération. Il sait qu'elle déclenchera des contre-mesures voire une guerre générale dans tout le grand Moyen Orient. Il sait aussi que le pouvoir militaire américain en perte d'influence ne lui permettrait que très difficilement d'intervenir avec succès en appui d'Israël. Mais il sait aussi à l'inverse que les électeurs constituant le lobby juif américain (American Israel Public Affairs Committee ) ne lui pardonneraient pas son abstention, ce qui pourrait compromettre sa réélection. Il se trouve donc dans la situation la plus embarrassante de sa carrière, puisqu'il avait précédemment renoncé, toujours sous la pression de l'AIPAC, à obtenir des acteurs du conflit israélo-palestinien une résolution rapide et si possible définitive de la question.

Il apparaît que dans le même temps, au contraire de l'Amérique, l'Iran dispose de plus en plus d'atouts pour s'imposer comme arbitre au Moyen-Orient. Les sanctions économiques voulues par l'Occident font souffrir la population mais il en faudrait plus pour impressionner les Gardiens de la Révolution et autres « faucons ». Ils sont persuadés que, par peur des représailles qu'ils pourraient lancer dans toutes la région (missiles, attentats, blocage du détroit), les « Gulfies » (Arabie Saoudite, Koweït, Emirats, Qatar, Bahreïn) feront tout pour empêcher une attaque israélienne contre les centres de recherche iraniens – attaque dont l'issue nous l'avons rappelé serait très incertaine, sauf à être soutenue massivement par les Etats-Unis.

Ils sont persuadés par ailleurs qu'avec le déclin du pouvoir américain, se renforce l'influence de ceux des Etats voisins de plus en plus hostiles à l'Amérique: Pakistan, Irak, Afghanistan. Ils constatent également que les « révolutions arabes » sont en train de donner le pouvoir à des oppositions islamistes avec lesquelles ils ne devraient pas avoir de mal à s'entendre: en Egypte et en Libye notamment.

Enfin, parallèlement à l'affaiblissement américain, le pouvoir iranien constate l'établissement d'un axe de puissance, autrement plus lourd de conséquence pour l'avenir, articulé autour de la Russie et de la Chine, protégeant pour le moment la Syrie de Bachar Al Assad. Tout laisse penser que la Russie de Poutine, notamment, verrait d'un très mauvais oeil la disparition de l'Iran. Le fait que cette dernière puisse se doter prochainement de la bombe n'impressionne nullement Moscou, compte tenu du toujours impressionnant arsenal russe en cours de remobilisation.

On voit que si les Israéliens, soutenus ou non par les Américains, se risquaient à jouer les boutes-feu, ce pourrait être une guerre locale de grande ampleur qui se déclencherait, avec les conséquences économiques et politiques dont Obama, nous l'avons noté, paraît bien conscient (sans d'ailleurs être le moins du monde soutenu par des Républicains prêts à la politique du pire pour lui nuire).

Et l'Europe

Qu'en est-il de l'Europe. Inutile de poser la question à la Haute représentante Lady Ashton ni à d'autres personnages politiques au sein des institutions européennes ou dans les Etats-membres. Ils sont tous encore trop inféodés à l'Amérique pour faire autre chose qu'attendre une décision américaine afin de s'y rallier.

Mais comme citoyens français, nous sommes en droit de poser la question au prochain président de la République. A peine élu, il risque de se trouver, et toute l'Europe avec lui, confronté à une guerre locale et à un renforcement de la crise mondiale actuelle, sans commune mesure avec ce qu'elles sont aujourd'hui . Que fera-t-il?

Nous pensons que la  réponse  raisonnable, à laquelle semble-t-il paraît prête à se rallier une grande partie de la diplomatie française, serait de préparer dès maintenant la seule solution susceptible de maintenir la paix. Autrement dit d'annoncer que, pour la France (et si possible ses alliés) il conviendrait de laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire, quitte à la menacer, si elle en faisait mauvais usage, de toute la puissance de notre « dissuasion ». Un traité international dont l'Iran serait nécessairement partie, définirait les termes de cet accord. Ceux qui évoquent cette perspective se font traiter d'irresponsables. Un peu de réflexion montre cependant que le jour où l'Iran aura la bombe, les conditions seront réunies pour que la paix se fasse au Moyen-Orient.

En Iran, l'agressivité des Iraniens disparaîtrait rapidement, et on peut penser que des éléments plus modérés qu'actuellement viendraient au pouvoir. Concernant les autres pays, il faudrait sans doute admettre qu'un certain nombre d'entre eux, qu'ils soient shiites ou sunnites, puissent se doter également d'armes nucléaires – ce que, soit dit en passant, un ou deux d'entre eux semblent déjà en train de négocier avec le grand frère pakistanais. La Turquie de son côté devrait pouvoir disposer de la bombe, peut-être dans le cadre d'une coopération avec la France.

En Israël enfin, où l'opinion est très divisée sur la question iranienne, l'attaque de l'Iran étant ressentie comme une sorte de suicide, on peut penser que des gouvernements modérés assurés de l'appui militaire et diplomatique de la France (de l'Europe) en cas de mauvaise conduite iranienne, pourrait reprendre le processus de paix et coopérer avec le reste de la région. Si les voisins ne se sentent plus menacés par Israël, ils seront beaucoup plus faciles à convaincre de coopérer à leur tour.

Serait-ce trop attendre du futur président français qu'il prépare dès maintenant une bonne solution de ce genre. A savoir convaincre non seulement ses collègues européens mais la Russie, la Chine et enfin l'Amérique que la nucléarisation de l'Iran et d'un certain nombre de pays voisins serait la seule façon d'assurer un pacifique « équilibre de la terreur » dans une région bien partie sans cela pour s'embraser dans un déchainement d'armements conventionnels? Un De Gaulle, dira-t-on, aurait pu envisager la chose. Mais pourquoi pas un François Hollande?

08/03/2012
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Un risque à prendre
10/03/2012 10:27:07 | Par : Baquiast
On m'objecte que l'Europe ne serait pas raisonnable d'accepter à ses frontières orientales un ou plusieurs Etats dotés d'armements nucléaires, susceptibles d'exercer des chantages à la destruction. C'est d'ailleurs déjà la question que se pose Israël. Je réponds que nul puissance au monde ne peut durablement empêcher un Etat voulant vraiment la bombe de l'acquérir. Les actions militaires préventives n'ont qu'un effet limité, pour diverses raisons. L'Europe devrait donc, à la fois s'armer elle-même (pourquoi laisser la France seule en charge?) et agir diplomatiquement pour une paix durable, y compris en faisant comprendre aux Etats islamistes qu'ils doivent accepter la coexistence avec d'autres qui ne le sont pas - comme c'est pour le moment encore le cas entre Inde et Pakistan.
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