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Audiovisuel public français. Désastreux exemple pour l'Europe

A une époque où, en Allemagne, en Grande Bretagne, en Italie, l'audiovisuel public se bat pour conserver des moyens de financements indépendants de la bonne volonté des entreprises privées, la France Sarkozienne est en train de saborder ce qui pouvait faire sa fierté.

L'incapacité de la Commission Copé à proposer des recettes susceptibles de remplacer les 800 millions de la publicité, le refus de toute augmentation de la redevance décrété personnellement par Sarkozy, les cadeaux faits par ailleurs aux chaînes privées, notamment TFI, en élargissant les créneaux leur permettant de faire appel à la publicité, signent indéniablement une volonté délibérée de faire disparaître ce qui restait d'autonomie du secteur public français, face au pouvoir mais face aussi aux entreprises.

C'est malheureusement toute l'Europe qui prend ce chemin. Nous avons rappelé, dans divers articles mais aussi dans notre livre « L'Europe ou le vide de puissance », le fait que l'Europe pour exister doit disposer d'industries culturelles fortes, dites aussi industries de l'intelligence. Le terme peut prêter à confusion, mais Bernard Stiegler, dont nous partageons les analyses, a beaucoup fait pour le populariser. Industries culturelles ne signifie pas « super-TF1 ». Il ne peut y avoir d'industries culturelles qu'indépendantes d'un contrôle direct des gouvernements et des agences de communication des grandes entreprises. Autrement dit, il ne peut y avoir d'industries culturelles dignes de ce terme de culturel que si elles sont financées par l'impôt et dotées de statuts les mettant à même d'exercer de véritables contre-pouvoirs. Il faut aussi que leurs budgets les rendent capables de s'exprimer sur tous les créneaux de la communication en réseau, traditionnels et nouveaux, en produisant des œuvres susceptibles d'intéresser tous les publics. Le développement de l'Internet « sauvage », dont nous sommes un représentant, ne remplacera jamais de telles structures.

Or l'Europe, de plus en plus soumise à l'influence américaine et, par ailleurs, de plus en plus pressée de faire disparaître les vestiges de la puissance publique au profit du privé, est en train de vendre ses cerveaux aux plus offrants. Ce n'est pas un hasard si l'offensive contre les médias publics, accompagnant celle contre la presse-papier indépendante, se généralise partout en Europe. Tout se passe comme s'il existait un complot général visant à faire de l'Europe l'annexe idéologique du monde anglo-saxon. Il est étonnant que les gauches européennes ne s'insurgent pas contre cela. Le fait que le député socialiste Patrick Bloche et ses 3 collègues aient démissionné de la commission Copé ne suffira pas pour mobiliser les citoyens.

Assez paradoxalement, la mise au pas des médias publics en Europe se fait au moment où l'aggravation des diverses crises systémiques imposera un retour à des puissances publiques capables de soutenir des voies (et des voix) européennes proposant de nouveaux modes de développement et de civilisation. L'Europe, comme le fait aujourd'hui Nicolas Sarkozy en France, est en train de saper ce qui pourrait faire dans le monde de demain ses yeux, ses oreilles , sa voix et son cerveau.
18/06/2008
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Nombre de réaction(s) : 1
L' ORTS
26/06/2008 15:20:46 | Par : François Mallet
Il y a deux façons de tuer la créativité des médias publics, les priver de ressources et les mettre sous le contrôle gouvernemental. Dans votre article, vous n'aviez pas vraiment évoqué la seconde. Or Nicolas Sarkozy vient de décider (25/06/08) qu'il fera les deux. Personne en Europe n'était encore allé si loin.
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