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Sarkozy est-il atlantiste ou occidentaliste?

Sarkozy est-il atlantiste ou occidentaliste? (Westerniste). L'un ne vaudra pas mieux que l'autre pour aider les Européens à conquérir un peu de souveraineté.

Beaucoup d'analystes politiques ont l'impression que la venue de Sarkozy au pouvoir a été en grande partie facilitée par les manœuvres de ceux qui, en France et en Europe, tirent profit de leur dépendance aux intérêts économiques et aux objectifs stratégiques que les Etats-Unis cherchent à imposer au monde.  Contrairement à l'attitude qui avait été constamment celle de la France depuis trente ans, visant par exemple à se doter d'une industrie aéronautique ou nucléaire indépendante des grands acteurs du MICC américain (le lobby militaro-industriel), beaucoup de gens pensent qu'ils gagneront davantage d'argent ou affronteront mieux les difficultés futures en se faisant, si l'on peut dire, les représentants de commerce des transnationales américaines ou du Département d'Etat.

Les zélateurs de cette attitude de dépendance acceptée sont dits Atlantistes. Pour eux, l'Amérique a toujours raison.  Sarkozy serait donc le premier des atlantistes français. Ses embrassades répétées avec G.W.Bush tendraient à conforter cette hypothèse. Mais pour Hubert Védrine, s'exprimant au cours d'un interview récent dans World Politics Review Europe (1), les choses sont un peu plus complexes. Sarkozy est moins naïf  que ne le sont les atlantistes primaires au pouvoir dans les Etats européens de l'Est. Il serait selon Védrine « westernist », c'est-à-dire sincèrement convaincu que les Etats-Unis et l'Europe, à commencer par la France, partagent un même destin, celui de l'Occident.

On sait que ce terme d'Occident avait été forgé par les Américains pour rassembler autour d'eux tous ceux qui n'acceptaient pas la dictature communiste, en URSS et ailleurs. Il se confondait avec celui de Monde Libre. Mais ce qui, comme d'ailleurs le traité de l'Atlantique Nord, était acceptable par les Européens il y a trente ans, ne l'est plus alors que le monde est devenu multipolaire, aussi bien en ce qui concerne les menaces que les alliances possibles. Cependant  les Américains veulent continuer à jouer de la fibre « occidentale » pour maintenir sous contrôle des Européens dont l'émancipation pourrait menacer leur unilatéralisme persistant.

Hubert Védrine s'oppose dans son portrait de la politique extérieure de Nicolas Sarkozy à ceux qui la trouvent incohérente. Il lui trouve au contraire une cohérence très forte, celle précisément de l'occidentalisme. Que ce soit par  un sens aigu d'une identité commune, voire par un amour désintéressé  pour les Etats-Unis, ou dans l'idée d'exercer sur eux d'amicales pressions, il abandonne progressivement tout ce qui faisait la spécificité de la politique extérieure de la France. Cela se voit à de nombreux signes : rapprochement avec les pays européens atlantistes de toujours, tels la Pologne ou la Tchéquie,  retour dans l'Otan, en renonçant aux conditions initialement posées, envoi de troupes en Afghanistan, etc. L'alignement sur les Etats-Unis est encore plus manifeste  au Moyen Orient. Sarkozy y est devenu plus bushien que Bush. C'est le cas notamment à l'égard des faucons israéliens ou en réponse aux menaces iraniennes.

Nous renvoyons le lecteur à la totalité de l'interview de  Hubert Védrine, très éclairant. Mais les exemples récents abondent montrant les risques que peut faire courir non seulement à la France mais à l'Europe toute entière l'alignement sur les Etats-Unis. Peu de gens ont sans doute remarqué la visite officielle en Chine par laquelle le président russe Medvedev a inauguré ses fonctions. Le texte signé par le président Hu et Medvedev est lourd de significations. Dans le cadre d'un rapprochement stratégique esquissé, ce texte s'inquiète du développement du système anti-missile américain global.  Il estime que ce système « entrave les efforts internationaux visant à contrôler les armes de destruction massive et...à renforcer la confiance entre les Etats ».

En clair, comme nous l'avions rapporté précédemment (http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/06-14004/endofmad.htm), Moscou continue à ne pas croire en l'affirmation selon lequel le système antimissile américain est destiné à protéger les Etats-Unis contre des attaques venant d'Etats- voyous. Moscou ne croit pas davantage  que son extension en Europe de l'Est, avec l'initiative BMDE (Ballistic Missile defense in Europe) participe de ce même objectif, en protégeant du même coup l'Europe. Les Russes n'ont certainement pas oublié un article assez terrifiant publié dans Foreign Affairs et cité par nous (ci-dessus). Pour les auteurs de ce texte, le bouclier anti-balistique aurait pour principal intérêt de rendre inopérantes les deuxièmes frappes provenant d'un Etat ayant été attaqué de façon préemptive par l'Amérique, sous prétexte des menaces représentées par son arsenal nucléaire. Pour s'assurer que l'Etat en question, ainsi frappé, ne puisse pas réunir ce qui lui resterait de force pour répondre, un bouclier relativement peu efficace, comme le sera de toutes façons le système américain, devrait suffire.

Les Russes et les Chinois craignent manifestement que, dans les prochaines années, les Etats-Unis, toujours convaincu qu'ils doivent demeurer les seuls à disposer d'une véritable force nucléaire, prennent l'initiative de frappes préventives dirigées contre eux. Il est clair en ce cas que l'Europe, ayant finalement renoncé à faire le moindre obstacle au déploiement par les Américains de la BMDE en Tchéquie et en Pologne, s'insère dans le système militaire américain. Elle risque d'y rester ad indefinitum. Elle renoncera ainsi à toute indépendance de négociation tant avec les Russes qu'avec les Chinois. Elle subira nécessairement les conséquences de toutes les mesures de défiance qu'ils prendront à l'égard des Américains, y compris dans le domaine civil, tel l'énergie.

Or c'est bien à ce type d'assujettissement qu'aboutira l'occidentalisme de Nicolas Sarkozy. Les « gaullistes de cœur », s'il en reste  dans notre pays ou dans des Etats voisins, le supporteront-ils sans protester ?
14/06/2008
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