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Crise de l'économie espagnole, crise de l'économie européenne.

L'Europe entière a suivi avec intérêt les élections législatives du 9 mars en Espagne. Beaucoup d'observateurs s'étaient posé la question de savoir si le gouvernement de Jose Luis Zapatero pourrait conserver sa majorité face aux menaces qui pèsent sur l'économie du pays. Il ne s'agit pas d'une question n'intéressant que l'Espagne. La crise économique qui s'annonce est en effet le prototype d'une crise plus générale qui affecte déjà ou affectera prochainement, à quelques exceptions près, l'ensemble des économies européennes.

Après plusieurs années de croissance du PIB, supérieure de plusieurs points à celle enregistrée  dans les principales autres économies européennes, un ralentissement sensible s'annonce. La cause en est simple, mais peu d'économistes n'avaient voulu l'admettre. La croissance espagnole reposait sur des bases malsaines – ou plutôt sur des bases incapables d'entraîner les investissements productifs et les ressources durables qui seraient nécessaires. Quelles sont ces bases ? On trouve en premier lieu le bâtiment et les travaux publics. Certes, il est utile de construire et de moderniser les voies de communication. Mais il ne s'agit pas de dépenses réellement productives. On pourrait plutôt les assimiler à des dépenses de consommation, de plus qui sont financées à crédit. En plus petit, l'Espagne, poussée par la spéculation immobilière, a fait la même erreur que l'Amérique : investir dans le logement au lieu de le faire dans l'industrie. Une partie des nouveaux logements espagnols ne sont même pas destinés à des nationaux, mais à des touristes.

La deuxième cause de croissance  a précisément tenu au tourisme. Il est certainement normal de valoriser le potentiel touristique du pays. Mais le tourisme est très volatil. De plus, les investissements touristiques ont véritablement saccagé un nombre important de paysages et d'économies locales, en aggravant la charge écologique que la population résidente devra prendre en charge.

C'est enfin grâce aux fonds européens que l'Espagne a financé non seulement le logement et le tourisme mais divers investissements beaucoup plus importants tels que ceux liés aux équipements scolaires et universitaires. Or les financements européens sont en voie d'extinction. Ils vont désormais alimenter les « nouveaux entrants ». Avec quelles ressources le budget national espagnol prendra-t-il le relais ?

L'Espagne a fait la cigale et non la fourmi. Elle n'a consenti  aucun effort sérieux  pour moderniser en profondeur ses entreprises, développer les recherches scientifiques et technologiques, envisager de nouvelles filières industrielles capables de prendre le relais des vieilles industries en voie de déshérence, contrôler des activités telles que la pêche qui dilapident ses ressources naturelles et plus globalement celles de l'Europe. En conséquence de cela, sa balance des paiements est resté constamment négative depuis 7 ans, la productivité de sa main d'œuvre est la plus basse d'Europe, les disparités régionales sont considérables, le taux de chômage sans être catastrophique, est relativement élevé (8,6 en 2007) et risque de plonger. Mentionnons enfin, mais l'Espagne n'en est vraiment pas responsable, la perméabilité des frontières qui oblige à accueillir un nombre de migrants bien supérieur à ce que l'économie peut employer.

Ceci dit, la crise qui menace l'Espagne est emblématique de celle que l'on retrouve dans un grand nombre de pays européens, à commencer – en partie tout au moins – par la France. On ne peut pas fonder une économie durable sur la consommation, surtout si celle-ci se fait à crédit. On ne peut pas sacrifier ses universités, sa recherche, ses industries. On ne peut pas renoncer à soutenir et protéger des entreprises nationales innovantes dans les secteurs de haute technologie, entreprises qui feront les revenus et donc les croissances de demain. On ne peut pas compter sur la main invisible du marché pour éviter la fuite des compétences et des cerveaux.  On ne peut pas compter sur les autres pour sauver ce que l'on n'a pas le courage de prendre en main soi-même.  

Ajoutons qu'à une échelle toute différente, l'Amérique capitaliste se trouve aujourd'hui confrontée à des difficultés dont les causes sont très voisines. Nous reviendrons sur son cas, lui aussi emblématique du nôtre,  dans un prochain article.

08/03/2008
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