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La démission de l'Europe orchestrée au G20

Le G20, du fait de l'incurie des gouvernements européens, s'est invité bruyamment à la table européenne

Le G20 du 4 novembre était censé, selon les déclarations préliminaires de son « président » Nicolas Sarkozy, apporter des avancées définitives dans 3 dossiers présentés comme ayant une grande importance pour la stabilité économique du monde: la refonte du système monétaire avec un rééquilibre des taux de changes entre le yuan, le dollar et l'euro ; la fin de la spéculation sur les matières premières agricoles ; la mise en place d'une taxe sur les transactions financières. On sait que sous la pression conjointe de la Chine et des USA, ces trois sujets n'ont pas été traités. La Chine en sort renforcée et l'Europe diminuée. Nous y reviendrons.

D'autres sujets, tout aussi importants que les précédents, n'étaient pas à l'ordre du jour et n'ont donc pas été traités: la régulation des industries financières, la lutte contre la spéculation sur les produits agricoles et les matières premières, la faim dans le monde, l'énergie, le changement climatique, l'environnement. Ils ont tous été purement et simplement passés sous silence. On en retiendra donc que, sur des thèmes essentiels, justifiant son existence, le G20 a montré son manque total de pertinence. Tout laisse donc augurer que les crises mondiales vont se poursuivre et s'aggraver sans l'amorce d'un début de gouvernance mondiale.

Le G20 s'invite à la table de l'Europe

Le G20, par contre, du fait de l'incurie des gouvernements européens, s'est invité bruyamment à la table européenne. La session a confirmé le recul de l'Europe, devenue selon le terme de Jean-Louis Bourlanges, l'homme malade du monde, face à la Chine et aux autres émergents. La responsabilité de cette défaite incombe en premier chef au duo Merkel-Sarkozy. Depuis des semaines, ceux-ci ont refusé de modifier le rapport de forces entre l'union européenne (plus précisément les 17 Etats de l'eurogroupe) et les « marchés » . Il fallait, comme nous l'avions avec d'autres demandé depuis longtemps, mettre en place un gouvernement économique et financier de type fédéral, appuyé sur la Banque centrale européenne. Cela n'a pas été fait, principalement sous la pression de l'Allemagne.

La Grèce s'est donc retrouvée seule face à la spéculation internationale. Sarkozy et Merkel ont eu beau se démener pour conserver l'unité de la zone euro, ils n'ont pas impressionné le reste du monde. La Chine et les autres émergents, notamment, ont profité de ce vide de pouvoir au sommet de l'Europe pour se donner, via la promesses de prêts au FMI, une capacité considérable d'arbitrer sur les choix des Etats européens. L'Amérique profitera aussi de la démission européenne puisque le FMI est redevenu un instrument de pouvoir dans ses mains. Elle partagera donc avec la Chine une sorte de tutelle sur l'Europe submergée par une crise que les Européens se refusent à combattre par leurs propres moyens. Cela fait présager que les troubles mondiaux évoquées ci-dessus ne trouveront pas dans une Europe fédérale qui n'existe toujours pas la puissance capable d'y faire face.

En ce qui concerne la politique interne en France, l'opinion retiendra le numéro du duo Obama- Sarkozy à la télévision. On peut prendre cela à la légère, en y voyant la performance de deux bonimenteurs en perdition dans les sondages qui tentent de se valoriser l'un l'autre sur le mode » je te passe la rhubarbe, passe moi le séné ». Mais pour nous, il y a plus grave derrière cette démonstration. Elle signale un retour officiel de l'atlantisme en France et en Europe. La soumission à l'Amérique, totalement partagée par le Royaume Uni dont on peut se demander ce qu'il fait encore dans l'union européenne, n'avait évidemment jamais désarmé. La baisse continue de l'influence mondiale de Barack Obama ne retire rien au poids des intérêts américains en Europe. Obama pour sa part oubliera vite son « amitié » pour son « ami Nicolas » quand il s'agira pour lui de s'inscrire dans le co-dominium Chine-USA sur l'Europe qu'a officialisé le G20.

« Nous, on peut »

Sarkozy bénéficiera-t-il au plan électoral de l'image donnée par sa « complicité » avec Obama. Sans doute un petit peu, mais rien n'est assuré en ce domaine. Les mois prochains lui donneront sans doute l'occasion de reperdre des points dans le baromètre des intentions de vote. Cependant, François Hollande aurait le plus grand tort s'il comptait sur cette perspective pour maintenir son avance. En fait, son silence abyssal, avant, pendant et après le G20, risque de lui faire un grand tort. Certes, s'il avait collé à l'actualité de ces journées, il n'aurait guère pu dire autre chose que Merkel et Sarkozy. Mais s'il avait profité de la circonstance pour proposer aux Français de se positionner en rupture face aux marchés, à l'Amérique et à la Chine, il aurait bénéficié, nous en sommes certains, d'un fort gain de popularité. Il n'aurait pas eu de mal pour ce faire. Il lui suffisait de reprendre le thème du gouvernement économique, puis de la fédéralisation de la zone euro, que nous évoquions ci-dessus.

Les sceptiques diront que cette volonté de rupture pourrait difficilement convaincre. Selon eux la France, même gouvernée par la gauche, ne pourrait pas à elle seule changer les rapports de force en Europe, encore profondément imprégnée de l'idéologie néolibérale. Mais les sceptiques, précisément, auraient tort. Avec l'aggravation inévitable de la crise, le succès électoral puis le pouvoir iront aux hommes d'Etat capables de proposer un début de sortie du Système, fussent-ils initialement isolés. Pour leur part, les différents mouvements du type « Occupy », qui semblent se renforcer dans le monde occidental, y auraient certainement vu un encouragement.

Dans un essai dont nous recommandons la lecture, « Nous, on peut » (Seuil)  l'économiste et membre du parti de Gauche Jacques Généreux affirme que si la France, seule en Europe, prenait le risque de rejeter les diktats des trois oligarchies qui l'assujettissent (industries financières, gouvernements complices, médias sous contrôle) , elle provoquerait un effet d'entrainement que les autres Etats européens seraient obligés de suivre. Jacques Généreux compare les chefs d'Etat européens à des personnages qui se seraient liés les poignets avec des menottes en plâtre. Ils prétendent qu'ils sont entravés pour se donner l'excuse de ne rien tenter, alors qu'il leur suffirait de vouloir briser ces menottes pour retrouver toute leur liberté. Nicolas Sarkozy ne sera pas un tel personnage. Mais si François Hollande ne tentait pas de le devenir, s'il acceptait de rester lié par des menottes de pacotille, il manquerait, et la France à sa suite, l'occasion d'un rendez-vous avec l'histoire.

* G20. Communiqué final et autres communiqués http://www.g20.org/pub_communiques.aspx
* Blog de Jacques Généreux http://jacquesgenereux.fr/


06/11/2011
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