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La Banque centrale européenne. Une trop longue absence

Notre collègue Joseph Leddet, éditeur de la Gazette des Changes, nous autorise à reproduire pour les lecteurs de ce site le commentaire joint au n° 139 de La Gazette, daté du 2 novembre 2011. Il y constate l'échec du président de la Banque centrale européenne (BCE) à mettre cette dernière au service de la construction européenne et du renforcement de la zone euro.


Il y a certainement un coefficient personnel dans cet échec. Le président aurait pu se battre davantage au service de ces deux causes, de la justesse desquelles il se disait convaincu. En cas de résistance des gouvernements européens, il aurait du alors démissionner. Mais il serait injuste de lui imputer la seule responsabilité des difficultés actuelles de la zone euro. Elles tiennent principalement à la volonté des puissances financières d'empêcher l'émergence au niveau européen d'une force démocratique capable de leur tenir tête.

L'euro-député Daniel Cohn Bendit, sur France Inter le 3 novembre, a fort bien résumé la responsabilité à cet égard du couple qu'il nomme Merkozy. Depuis des années et aujourd'hui encore, ils refusent d'utiliser la BCE pour prêter à la Grèce, via des « euro-bons », suffisamment de capitaux pour relancer les investissements à long terme dans ce pays. Ceci pourrait montrer aux électeurs grecs que participer à la zone euro ne signifie pas seulement des sacrifices. Plutôt investir en euros plutôt qu'en yuans.

Parallèlement, Daniel Cohn Bendit a raison de rappeler que la participation à l'Europe devrait aussi signifier la fin des fraudes et comportements maffieux dont les possédants grecs se sont fait une spécialité. Comme ils ne sont pas les seuls d'ailleurs en Europe, la responsabilité historique de Merkozy serait de prendre les vraies décisions permettant de confirmer enfin l'affirmation ridicule de Nicolas Sarkozy, après le dernier G20, selon laquelle « les paradis fiscaux étaient finis ».

Une lutte mutualisé contre les détournements qui rapporterait les centaines de milliards manquant actuellement aux budgets européens serait très concevable. Les spécialistes de la question, vérificateurs et juges, pourraient le montrer facilement. Mais il faudrait pour cela que les gouvernements européens se mettent réellement au service des peuples. Il faudrait aussi que les peuples, Indignés et autres, le demandent plus clairement.

JPB. Pour Europe solidaire.


Banque Centrale Européenne : le triple échec de M.Trichet


Pendant ses huit années passées à la tête de la BCE, J.C. Trichet aura fait preuve à ce poste, essentiel pour le devenir de l'Europe unie, d'une malheureuse absence et de réactivité et de créativité
(deux mots complémentaires formés des mêmes lettres), qui se matérialise en définitive par un triple échec :

- échec dans la promotion internationale de l'euro

- échec dans la sauvegarde du marché interbancaire

- échec dans la gestion de la crise grecque

1- Echec dans la promotion internationale de l'euro

Si J.C.Trichet avait eu de l'empathie pour l'euro, notre monnaie unique, et pour le devenir de l'idée européenne, il aurait dû sans hésiter proposer d'emblée la monnaie commune à l'ensemble des pays voisins, notamment ceux d'Europe de l'Est, Russie comprise, et ce sans restriction aucune. Les critères de Maastricht ne sont en effet, depuis des années, plus respectés ni par l'Allemagne ni par la France ; alors pourquoi donc demander des gages exorbitants aux polonais, aux ukrainiens ou aux hongrois avant de consentir à leur fournir l'euro ?

Premier échec donc de J.C. Trichet : sa frilosité à exporter l'euro, arme de construction massive européenne, et qui aurait pu être également proposé à la Turquie, évitant ainsi pas mal de chicanes politiques inutiles avec le monde musulman présent à nos portes ( à cet égard, ce n'est pas parce qu'on utilise l'euro que l'on fait partie obligatoirement de l'Union Européenne : ce sont deux choses radicalement différentes, et l'euro représente de fait une très belle monnaie d'échange....).

2- Echec dans la sauvegarde du marché interbancaire

En août 2007, BNP Paribas a refusé de restituer à certains trésoriers d'entreprise et gérants d'assurance-vie des fonds, de l'ordre de deux ou trois milliards d'euros, investis en Sicav monétaires, et ce sous le prétexte que les intérêts associés, étant indexés sur des fonds « subprime », n'étaient pas calculables ; le résultat de ce défaut de paiement d'une des plus grandes banques européennes a été que le marché des crédits interbancaires, qui permettait aux banques de se refinancer au jour le jour ou à quelques semaines auprès de leurs consoeurs, a été brutalement gelé.

En pratique, la Banque centrale, au lieu de sanctionner comme il se devait la BNP, n'a pas réagi, sans doute à cause d'une complicité naturelle entre banquiers français. Depuis lors le marché interbancaire est devenu quasiment inexistant, alors qu'il représentait depuis des lustres des centaines de milliards d'euros de prêts quotidiens. Pour trouver de l'argent à court terme, les banques sont obligées à présent de le demander à la banque centrale, et ce manque de fluidité fait qu'elles prêtent de moins en moins aux entreprises et aux ménages.

3- Echec dans la gestion de la crise grecque

Fin 2009, lorsque quelques hedge-funds se sont mis à attaquer les emprunts d'Etat grecs, en les vendant à terme sur le marché, et en achetant en parallèle des CDS (Credit default swaps) sur cette même dette, il aurait suffi d'un coup de fil du chef-cambiste de la BCE aux salles de marché de quelques grandes banques internationales, pour leur dire : « la dette grecque, je prends », et « les CDS grecs, je donne » ; tout ce désordre se serait alors calmé en quelques heures.

Malheureusement ni J.C. Trichet, ni ses conseillers ne sont mieux au fait du fonctionnement des marchés financiers que le plus basique des investisseurs du CAC 40: ils n'ont de ce fait pas été capables de réagir sur le champ, et quand au bout de six mois de crise la BCE s'est enfin mise à acheter de la dette grecque, il était déjà bien trop tard...

Conclusion

M. Jean-Claude Trichet, qui cède aujourd'hui sa place à M. Mario Draghi à la tête de la BCE, n'aura été de fait qu'un président effacé de cette très grande institution ; il aura en pratique travaillé contre la construction européenne, encourageant de toutes ses forces un libéralisme intransigeant - aujourd'hui décrié y compris par les Etats-Unis et le Royaume-Uni - hostile à l'instauration d'une Europe souveraine et indépendante. Puisse son successeur très rapidement réviser le tir, pour le bien de notre Continent !

Joseph LEDDET

03/11/2011
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