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Crise grecque. La grande faute de Merkel-Sarkozy

Le moins que l'on puisse dire est que l'annonce d'un référendum en Grèce sur l'Europe fait pressentir des crises politiques en chaine. Mais plutôt que s'en prendre à Georges Papandréou, nous devrions reconnaître que le problème découle de ce que l'on appelle diplomatiquement un manque de gouvernance européenne. En fait, la grande faute en incombe à Merkel et Sarkozy qui ont refusé la seule solution de bon sens à court terme: faire appel à la Banque centrale européenne (BCE) pour rembourser les dettes grecques. Est-il encore temps d'en venir à ce remède ?

Dans un article récent ( Crise de la dette. Pour un vrai gouvernement économique et financier de la zone euro ), nous avions indiqué que l'Europe de l'euro avait besoin pour survivre de se muscler sérieusement. Les gouvernements devaient pour cela décider au plus tôt la mise en place d'un ministre des finances européennes capable de prendre les décisions communes urgentes. Dans l'immédiat, il s'agirait de gérer les dettes passées des Etats. Une agence européenne de la dette permettrait de les globaliser face aux marchés financiers. Cette agence devrait s'appuyer, pour assurer les remboursements, sur des avances de la Banque centrale européenne, autrement dit sur de la création de monnaie.

L'Allemagne a refusé cette solution, au prétexte des risques d'inflation. Sarkozy a eu le grand tort de céder. Le risque d'inflation aurait été parfaitement contenu. Les sommes, une fois mutualisées, ne seraient pas considérables au regard du total des PIB des 17 membres de l'euro, ainsi que des réserves de production aujourd'hui inemployées du fait de la crise. Les décisions gouvernementales à venir, susceptibles de les accroitre, seraient strictement encadrées par l'amorce de gouvernement économique et financier représenté par le ministre des finances européen qu'il faudrait instituer. Rien n'empêcherait, par la suite, de démocratiser ce dernier, dans un premier temps en le soumettant à un processus de double décision avec le Parlement européen. A  terme, rien n'empêcherait non plus  les gouvernements de convoquer des référendums nationaux (voire un référendum commun à tous les Etats), pour répondre aux critiques de perte de souveraineté. Enfin, une vraie relance des économies européennes pourrait être provoquée par ces avances de la BCE. Celles-ci pourraient donc être progressivement remboursées par les Etats. La modification du statut de la BCE, supprimant en partie sa prétendue indépendance, s'imposerait de facto. Ce sont de telles stratégies qu'ont toujours appliquées les Etats-Unis, avec l'appui de la Banque fédérale de réserve.

Aujourd'hui, du fait de la faute représentée par la décision Merkel Sarkozy du 27 octobre, les Etats seront de plus en plus soumis aux chantages des marchés. Ceux-ci seront gagnant à tous les coups. Soit les Etats rembourseront leurs emprunts mais ils le feront à des taux de plus en plus élevés. Soit ils ne les rembourseront pas, mais les préteurs sont assurés de ne pas y perdre, du fait des garanties pour défaut de paiement souscrites par les banques européennes. Si celles-ci, comme prévisibles, ne pouvaient pas faire face à des défauts de paiements en chaine, elles appelleront les Etats, c'est-à-dire les contribuables, à leur secours.

C'est à ce moment là qu'éclateront les risques d'inflation. La plupart des Etats ne pourront pas rembourser leurs dettes, à l'exemple de la Grèce. La plupart ne pourront pas non plus secourir leurs banques. Ils essaieront d'imposer des mesures de rigueur renforcées, mais ils seront forcés de céder devant les émeutes ainsi provoquées. L'Organisation internationale du travail, dépendant de l'ONU, vient d'ailleurs de prédire une multiplication des crises sociales dans les deux prochaines années (voir le site http://www.ilo.org/global/lang--fr/index.htm) . Ce sera alors le chaos généralisé.

Nous aimerions entendre le candidat socialiste François Hollande, sur ces points, reprendre les propositions résumées ci-dessus, concernant le gouvernement de la zone euro et l'appel à la BCE. Ce serait plus productif aux yeux des électeurs qu'argumenter avec les souverainistes nationaux en leur donnant inutilement des arguments pour séduire une opinion mal informée.

02/11/2011
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Changer les stratuts de la BCE
02/11/2011 21:34:08 | Par : Joseph Leddet
J'approuve tout à fait ce texte. Je pense que la BCE devrait à tout prix copier la FED. Celle-ci emprunte de l'argent ad libitum et à bas taux au monde entier, pour le bien de son pays, dont elle souhaite le développement harmonieux. Elle fait tout en ce sens via ses actions de soutien à l'économie.

Notre problème en Europe (zone « euro »), c'est que les statuts de la banque centrale la cantonnent à lutter contre l'inflation (objectif débile !), et lui interdisent par contre de financer les Etats-membres, tout en lui permettant toutes les largesses pour le secteur bancaire : la BCE est ainsi de fait bâtie sur une posture anti-européenne.

En pratique, suite à la crise grecque, la BCE a racheté – mais trop tard- pas mal de dette grecque, ou d'autres dettes d'Etat ; mais c'était trop tard, le ver était dans le fruit, car malheureusement les dirigeants de la BCE sont moins au fait du fonctionnement des marchés financiers que la veuve de Carpentras ; par contre, force est de constater que la BCE a ouvert un « open bar financier » au secteur bancaire européen, en l'arrosant depuis 2007 de milliers de milliards d'euros, et ce en pure perte pour la relance de l'économie du Continent.

Il est en fait urgent de changer les statuts de la BCE, pour qu'elle cesse d'être au seul service des banques et des marchés financiers, et qu'elle contribue au contraire efficacement au développement de l'Europe : elle en a à vrai dire tous les moyens, mais ils sont inexploités ; la BCE est une mine d'or dont les coûts de production sont nuls, mais qui donne cet or gratuit uniquement aux banques, lesquelles plombent l'économie, n'arrivent à rien, sont antisociales et inefficaces , alors que cet or est de fait inaccessible aux vrais acteurs de l'économie, spécialement les PME.

A vrai dire, mieux vaudrait supprimer le rôle décisionnaire des banques en tant que financeurs de l'économie, en les transformant en courtiers de la banque centrale, avec un quota d'argent à placer en fonction de critères qui leur seraient imposés par les pouvoirs publics, au profit d'une liste de destinataires imposés.

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