Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Sortir du Système

De plus en plus de gens, qui ne sont pas nécessairement les plus pauvres et les plus exploités, estiment urgent de (comme l'on dit maintenant) sortir au plus vite du Système. C'est le cas de l'ex-officier de la CIA devenu chroniqueur dissident Philip Giraldi cité par Dedefensa http://original.antiwar.com/giraldi/2011/10/05/what-2016-might-look-like/

C'est un peu la même frustration que l'on ressent face aux exhortations désormais nombreuses à sortir du Système. Que désigne-t-on par ce terme de Système qui à lui seul ne signifie rien. En science, il n'y a de système que dans la démarche de l'expérimentateur, lequel choisit son champ d'observation et les instruments qu'il utilise. Faute de plus de précisions, il est difficile d'envisager que mettre à la place.


Il paraît incontestable que ceux qui dénoncent et refusent ce qu'ils nomment le Système désignent toute une série d'abus et de risques qu'ils refusent. Mais alors ne serait-il pas primordial de les préciser afin de mieux les combattre. Faute de cela, on ne peut que se demander si détruire l'actuel Système ne va pas conduire à l'instauration d'un nouveau Système qui serait pire que l'actuel.


On répondra, par une sorte de nihilisme constructeur, si l'on peut dire, qu'il faudrait commencer par détruire l'ancien ordre avant de s'interroger sur la suite. Des ruines pourrait alors émerger un nouvel ordre qui ne pourrait pas être pire que l'actuel.


Un tel espoir semble-t-il anime les mouvements d'Indignés qui se multiplient dans un grand nombre de pays développés, rassemblant des militants dont beaucoup semble-t-il n'ont rien d'irresponsable. Même si comme à New York au sein du mouvement Occupy Wall Street (OWS), ils s'en prennent en premier lieu aux abus de la finance mondialisé, nouveau cancer qui étreint la planète, on remarquera que dans l'ensemble ils se gardent bien de désigner directement les forces dont ils dénoncent l'emprise. Ils n'envisagent pas non plus de solutions de remplacement. Ils se bornent à occuper Wall Street dans l'espoir qu'il puisse en sortir quelque chose. Des réactions violentes du New York Police Department cher à notre président serait alors, entre autres, les bienvenues.


Cette absence de propositions est peut être due à un manque bien compréhensible d'informations pertinentes ou de recul pour formuler des analyses en profondeur. Elle est peut-être aussi due à la peur d'être récupérés par le discours des « experts », habiles à désarmer les critiques par des discours enveloppants et trompeurs. Mais la prudence des manifestants tient peut-être aussi à un réflexe inspiré par une connaissance empirique voire intuitive des organismes complexes. Ceux-ci évoluent de façon globalement chaotique et non prévisible. Vouloir intervenir trop tôt dans cette évolution risquerait de se priver des possibilités d'innovation encore inconnues pouvant succéder à un processus d'auto-destruction arrivant à son terme. « Que le Système s'effondre, et l'on verra après ».

Dans cette perspective, il devrait suffire d'observer avec les outils de la communication moderne le vaste mouvement en cours. Cela ne dispensera pas quand on le pourra de participer ou organiser des manifestations de refus. Mais il ne faudrait pas trop compter sur un volontarisme réformateur sans doute bien inspiré mais qui, comme tous les volontarismes et appels au libre-arbitre, ne tiendrait pas compte des vastes déterminismes inconscients actuellement à l'oeuvre, tant pour contribuer à l'effondrement du Système actuel (si effondrement il y a ) qu'à l'émergence de solutions qui pourraient être plus satisfaisantes, pour les humains comme pour les écosystèmes.

Faire davantage

Cependant, lorsque l'on pratique ou fréquente les sciences, il est difficile d'observer les phénomènes d'une façon passive - ne fut-ce que parce que, comme rappelé ci-dessus, les phénomènes n'existent pas en soi mais dans la démarche de l'observateur-expérimentateur. Il faut alors se demander, comme en mécanique quantique: « qui suis-je et qu'est ce que je recherche? ». On ne niera pas ce faisant être mu par des intérêts bien particuliers dont l'on n'est généralement pas conscient soi-même. Cette démarche d'auto-interrogation en suscitera d'autres analogues chez d'autres observateurs ou critiques. La mutualisation des questions et des réponses pourrait alors, dans la bonne tradition de l'académisme scientifique, faire apparaître des hypothèses, susciter des expérimentations et finalement suggérer des lois explicatives. Des réformes pourraient en découler, avec de meilleures chances de succès que des propositions poussées par l'urgence politique.

Dans cette perspective, nous pensons qu'il ne serait pas inutile d'en revenir aux analyses de l'évolutionnisme darwinien appliqué aux sociétés tant humaines qu'animales, y compris parmi les micro-organismes. En quoi consistent les ressources de la planète que tendent à consommer ces sociétés? Qui dans ces sociétés maîtrise les processus de domination visant à conquérir le monopole d'accès à ces ressources? Comment cherchent à réagir les groupes dominés? On verra par exemple qu'aucune domination n'est durable car elle suscite très vite l'apparition de réseaux antagonistes découvrant par essais et erreurs de nouveaux processus de résistance ou de production de ressources. Lorsque la mutualisation des forces des faibles réussit, elle permet l'apparition de véritables mutations sociétales capables de découvrir de nouveaux territoires où survivre et se développer.


Nous ne voulons pas dire que les manifestations des Indignés devraient viser à transformer chacun d'eux en spécialistes des conflits dans les milieux naturels. Nous voulons seulement répéter ici ce que nous avions suggéré par ailleurs, qui est aussi l'un des messages du physicien David Deutsch (lire notre chronique The beginning of Infinity http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2011/juin/beginninginfinity.html) : il y a dans la jeunesse actuelle suffisamment de matière grise disponible pour que l'immense stock de connaissances accumulé depuis quelques années par les sciences ne puisse être utilisé à autre chose qu'à développer des armements et des systèmes de contrôle.


Sur ce plan proposer des scénarios détaillés permettant de remplacer Wall Street par des processus de recherche-production mutualisés associant les pauvres et les moins pauvres de ce monde devrait devenir une priorité pour des hommes politiques résolument décidés à sortir du Système, même si celui-ci les a nourris et financés jusqu'à ce jour. Mais de tels hommes politiques existent-ils? On peut en douter. En tous cas, ce ne seront pas en France d'anciens banquiers non-reconvertis qui tiendront un tel discours aux candidats à la fonction présidentielle dont ils sont les conseillers.

 
06/10/2011
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire