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Israël en l'état n'a pas sa place dans l'Union européenne

Le projet de renforcement des relations entre l'Union européenne et l'Etat d'Israël, qui doit être débattu lors du prochain conseil des ministres des affaires étrangères des Vingt-sept, prévu le 16 juin à Luxembourg, se heurte à l'opposition de l'Autorité palestinienne. Nous pensons qu'outre ce fait, les gouvernements européens ne devraient pas accepter ce projet tant qu'Israël refusera de faire la moindre concession au "processus de paix". D'autant plus que derrière Israël se tient Washington.

Le projet de renforcement des relations entre l'Union européenne et l'Etat d'Israël, qui doit être débattu lors du prochain conseil des ministres des affaires étrangères des Vingt-sept, prévu le 16 juin à Luxembourg, se heurte à l'opposition de l'Autorité palestinienne. Dans une lettre envoyée en mai, le premier ministre palestinien, Salam Fayyad, exhorte ses homologues européens à rejeter cette initiative "jusqu'à ce qu'Israël se conforme aux lois internationales et aux droits de l'homme, y compris par le gel de la colonisation".

Initié en mars 2007, à la demande de la ministre des affaires étrangères israélienne Tzipi Livni, ce projet s'intègre dans la politique dite "de voisinage" de l'Union européenne. Il vise une révision à la hausse de l'accord d'association signé en 2000, qui définit le cadre de la coopération entre les deux partenaires. Cette ambition pourrait se traduire par une intégration renforcée d'Israël dans le marché unique et les institutions européennes (présence des ministres israéliens dans les conseils européens, participation d'experts israéliens dans l'ensemble des programmes et des groupes de travail européens), ce qui équivaudrait à conférer à l'Etat juif un statut de quasi-membre de l'Union.

Bien qu'encore au stade de la réflexion, ce projet pourrait être adopté lors de la réunion du Conseil d'association Israël-Union européenne du 16 juin 2008. La ministre Tzipi Livni table sur la présidence française de l'Union européenne pour conclure les négociations d'ici à la fin de l'année. Nicolas Sarkozy s'est plusieurs fois déclaré ferme soutien de l'Etat hébreu. Il doit d'ailleurs effectuer une visite dans ce pays entre le 22 et le 24 juin prochain.

On peut s'étonner du fait qu'une alliance aussi lourde de conséquences soit  étudiée par l'Union européenne sans que celle-ci pose davantage de conditions à Israël. Nous sommes pour notre part convaincu du fait que l'Union européenne doit jouer un rôle de première importance pour défendre ce pays en cas de menaces ou d'attaques venant d'Etats voisins. Une alliance stratégique claire, assortie de clauses de coopération technologique et économique, pourrait tout à fait être négociée en ce sens. Mais il faudrait qu'Israël renonce à se comporter de façon unilatérale avec les Palestiniens. Les conditions permettant la coexistence pacifique entre deux Etats, Israël et un Etat palestinien, ont été définies depuis longtemps. Mais Israël s'est toujours refusé à faire le premier pas en ce sens, prenant argument de l'existence de mouvements terroristes et de menaces formulées par des acteurs palestiniens ou arabes. Ces derniers ne font certes rien de leur côté pour aboutir à un apaisement, mais cela ne devrait pas être un argument permettant à l'Union européenne de cautionner sans discuter les projets  de plus en plus dangereux de l'actuel gouvernement israélien.

L'Union européenne est impliquée dans le processus de paix israélo-palestinien par le biais du Quartet, avec les Etats-Unis, la Russie et les Nations unies. Elle dispose d'un envoyé spécial permanent pour la région. La Commission européenne gère également un "bureau d'assistance technique pour la Cisjordanie et Gaza" par lequel transite l'aide aux Palestiniens, la première en importance si on y ajoute les programmes bilatéraux. Tout ceci ne suffit pas pour lui donner une autorité suffisante entre deux adversaires qui se radicalisent de plus en plus. Si l'Union ouvrait largement ses portes à Israël sans obtenir de l'Etat hébreu la moindre concession vis-à-vis de l'Autorité Palestinienne, elle n'augmenterait en rien son crédit aux yeux de cette dernière. Elle apparaîtrait une fois de plus inféodée aux Etats-Unis et ruinerait ses chances de pouvoir jouer un rôle d'arbitre et de protecteur de la paix au Moyen Orient.

Nous pensons qu'en fait, derrière cette candidature d'Israël à une coopération plus que renforcée avec l'Union européenne, se tient principalement l'Amérique. Les Etats-Unis ont fait depuis une vingtaine d'années d'Israël le représentant fidèle de leurs intérêts politiques et économiques dans la région. On sait également que Tsahal, l'armée israélienne, prend quasiment ses ordres au Pentagone. Mouiller l'Europe dans ces combinaisons ne peut que plaire à Washington. Non seulement, il ne portera plus seul la responsabilité de ses manœuvres, mais il disposera grâce à Tel Aviv d'un nouvel agent de renseignement et de manipulation  au cœur même de l'Union européenne.

Ainsi, de toutes façons, celle-ci en sera affaiblie. Israël pourra prendre le relais de la Turquie dans les visées washingtoniennes visant à rendre l'Europe incapable de s'émanciper de son influence. Il ne s'agirait que d'une anticipation du rôle que joueraient par ailleurs l'Ukraine et la Géorgie si les projets des Etats-Unis, relayés par les Etats européens de l'Est, visant à les faire entrer dans l'Union, se faisaient comme tout le laisse prévoir plus insistants. On ne peut pas compter sur  Nicolas Sarkozy, malheureusement, pour s'opposer à ces menées.


NB: image, Mme Lizni et Mme Rice
10/06/2008
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Nombre de réaction(s) : 1
Oui mais
18/06/2008 23:43:25 | Par : Stephane
Entièrement d'accord avec le contenu de cet article avec une réserve. Je ne crois pas que l'armée israélienne prenne ses ordres au Pentagone. En fait, je pense que cette armée prend ses ordres de ses généraux qui eux-mêmes fonctionnent en roue libre et n'ont que faire du Gouvernement israélien (dont le Premier Ministre est largement discrédité). Et c'est peut-être pire que si Tsahal obéissait à Washington. C'est surtout d'une reprise en main politique dont a besoin Israel.
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