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L'euro et les tontons flingueurs

Nous publions cet article d'un de nos amis, excellent connaisseur en Affaires européennes. L'auteur est raisonnablement optimiste quant à l'avenir de la construction fédéraliste de l'Eurozone. Nous ne partagions guère son point de vue, si bien qu'après la réunion Merkel-Sarkozy nous n'avions vraiment aucun commentaire pertinent à faire. Cependant, la lecture de ce texte peut redonner - aux optimistes - un peu d'espoir. JPB

Si la crise de l'euro a des causes multiples , son amplification provient du décalage entre le temps extrêmement court des marchés et le temps nécessairement plus long des politiques.
La spéculation déteste l'incertitude mais elle en vit !  Elle s'angoisse d'un éventuel défaut sur les dettes souveraines de certains Etats et des déclarations péremptoires d'économistes éminents qui incitent l'Allemagne à faire cavalier seul.

La grande peur


C'est vrai, le débat est vif en Allemagne toujours hanté par son cauchemar récurrent : : « l'Allemagne paiera !».

Pourtant, là aussi vestige de l'Histoire, ce qui fait peur à ces économistes , mais aussi à Georges Soros , John Paulson («  le Sultan des subprimes ») ou Lloyd Blankfein le Président de Goldman Sachs –les maitres mondiaux des « hedge funds »- c'est précisément ce qui est en train de se décider : aujourd'hui un gouvernement économique de la zone euro, demain la mutualisation européenne des dettes souveraines par la création des eurobonds.

C'est la version moderne des débats qui ont marqué la constitution du « marché commun » : Europe organisée ou zone de libre échange ?  Tant qu'il ne s'agissait « que » d'organiser le Marché intérieur, d'assurer les « quatre libertés » (liberté de circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux), de réaliser l'union douanière, la politique agricole commune ou l'espace de liberté , de sécurité et de justice...l'Europe ne gênait personne ! Bien au contraire, l'harmonisation des législations permettaient aux entreprises et aux grands acteurs économiques et financiers (suivez mon regard..) de bénéficier du « plus grand marché du monde » qui, au surplus, avait mis fin à son  cloisonnement monétaire.

Mais...un gouvernement économique ! Vous n'y pensez pas ! Tout l'effort de la diplomatie principalement  anglo-saxonne des affaires, a consisté a diluer le pouvoir européen dans une Europe sans frontières incluant la Turquie et il faut rendre justice à Nicolas Sarkozy, remarquable Président de l'Union Européenne en 2008, d'avoir eu le courage d'organiser la zone euro en tant que telle, pour la première fois au niveau de ses Chefs d'Etat et de gouvernement.

Une Europe solidaire autour d'un « noyau dur européen » animé par l'Allemagne et la France, this is foolish ! Précisément, dans un remarquable article du 18 Août, le Times de Londres constate - dans un premier temps-  qu'un accord est possible (à terme) sur les eurobonds, sur un contrôle centralisé de la dépense publique et sur la convergence des politiques budgétaires nationales. Mais  - dans un second temps - constate l'éditorialiste : « ça ne marchera pas » car la France et l'Allemagne ont des conceptions différentes du fédéralisme. Qui va diriger ? Et de conclure que l'Allemagne sera contrainte de quitter une  zone euro qui serait dirigée , pour son plus grand profit et influence par la France.

Humour ou résurgence de la politique de « l'équilibre continental » ? Sans doute un peu des deux !

Confiance en l'Allemagne.

C'est ici le lieu de réaffirmer qu'il n'y a pas d'alternative sérieuse à l'Union Européenne et à une politique européenne de l'eurozone, procédant d'un accord franco-allemand

La classe politique allemande fait de plus en plus prendre conscience aux citoyens des bénéfices de la politique européenne et des avantages du marché intérieur et de l'euro. Mais, élections d'Octobre 2012 obligent, le gouvernement doit passer le message que cette consolidation ne s'effectue pas  sur le dos des contribuables.

Qui aurait pu penser, il y a six mois :
- que Mme Merkel parlerait de "Fonds Monétaire Européen" pour le FESF,
- qu'elle accepterait "un gouvernement économique de la zone euro"
- et que la majorité des forces politiques allemandes (une partie de la CDU, le SPD, les Verts) accepterait  le principe (patience..) des eurobonds .

Pourquoi  mettre en place une taxe sur les transactions financières et un impôt commun sur les sociétés françaises et allemandes si ce n'est pour faire avancer la fiscalité européenne ?

Avec le  "gouvernement économique de la zone euro" un pas important a été franchi. En effet, l'Allemagne n'a pas toujours  été favorable à un gouvernement économique et a longtemps refusé  d'individualiser la zone euro,  consciente qu'une « Europe à deux vitesses" pourrait gêner ses  partenaires orientaux. Avec "le semestre européen" commence l'harmonisation des budgets des pays de l'eurozone . La France et l'Allemagne décidant même de mettre en place, au 1er janvier 2013, "un impôt commun dans son assiette et dans son taux" (accord de Paris du 16 Août, ce n'est pas vieux!)  ainsi que l'inscription de "la règle d'or" – c'est loin d'être anodine - dans la Constitution des 17. 

Les orientations européennes décidées le 21 Juillet par le Conseil Européen et l'accord bilatéral franco-allemand du 16 Août constituent bien le prérequis  à un fonctionnement stable de la zone euro.
Mais va t-on me dire : ce sont des annonces. Rien n'est vraiment décidé !

L'avenir


Laissons venir le temps des procédures démocratiques, en faisant observer que  la France et l'Allemagne ne pouvaient pas aller plus loin. Il faut naturellement  permettre aux partenaires (Etats de l'eurozone ; Institutions européennes) et au Bundestag surveillé par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe (on voit la différence avec les Institutions françaises) de dire leur mot.

 Comme le déclarait Nicolas  Sarkozy: "les eurobonds doivent être l'aboutissement du processus d'intégration européenne, et non pas son préalable. Convergence économique et régulation financière d'abord. Mais aussi (c'est bien nouveau!) début d'harmonisation fiscale ("Chimène qui l'eut dit »..?). Les euro-obligations viendront en leur temps. Peut-être  après les élections en France et en Allemagne ou pour le 50e anniversaire du Traité franco-allemand, par exemple (22 janvier 2013).A moins que des turbulences n'accélèrent le processus.

 On ne parle guère de M.  Van Rompuy »,  Président du Conseil Européen, chargé précisément de présenter des propositions d'organisation du gouvernement économique. On a tort car il surprendra. On peut penser que l'on ne s'arrêtera pas à ce qui a été présenté au Sommet franco-allemand de  Paris comme « le véritable gouvernement de la zone euro » (au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement tout de même) .. présidé par le dit van Rompuy et qui. ..se réunirait deux fois par an ( !) . C'est un début destiné à ne faire peur à personne !  Comme vient de le proposer Michel Barnier (le Monde du 21 Août) : « un jour il nous faudra aller plus loin, en créant un véritable ministre européen de l'économie et des finances, institutionnalisé et issu de la double compétence de la Commission européenne et du Conseil ».

En résumé, malgré la différence de tempo, la zone euro est en train de se consolider et de se fonder sur une base durable.  Par ses implications sur le plan de la souveraineté et de l'organisation même de l'UE : c'est le début d'une révolution.
On peut penser que certains l'ont compris et veulent s'y opposer d'où la déstabilisation brutale de certaines banques sous le poids de rumeurs...proches de la City !
Dans le court terme de nouvelles tentatives de déstabilisation ne sont pas exclues.
Mais la démocratie, c'est le débat. Le temps long des politiques. Tandis que la finance, c'est le secret ! le temps instantané des logiciels préprogrammées.

Europe libérale ou Europe organisée ? Le vieux débat des origines du « Marché Commun »  pourrait bien être tranché...par le portefeuille !
Mais l'enjeu est immense ! Il s'agit du  passage de l'Europe- marché à une étape décisive de l'Europe -puissance dont les « tontons flingueurs » de la finance spéculative mondialisée ne veulent à aucun prix !

22 Août 2011

Gérard Bokanowski
Ancien Directeur Général
et Conseiller Spécial du Président
du Parlement Européen
Consultant international
Expert européen agréé
geboka - at- gmail.com
0(032)495 57 52 73
23/08/2011
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