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Le compromis de Bruxelles: remise aux calendes grecques de la solution fédérale.

Un geste de solidarité s'imposait en faveur de la Grèce, sauf à voir sans doute s'effriter la zone euro et sans doute aussi l'Union européenne elle-même. Il a été fait mais au minimum.

Réuni le 21 juillet à Bruxelles, le sommet de la zone euro a élaboré un nouveau “plan de sauvetage” de la Grèce. Les souverainistes irresponsables et les atlantistes auraient sans doute souhaité que les chefs d'Etat et de gouvernement n'aident pas la Grèce à payer ses dettes, l'obligeant ainsi à sortir de l'euro. La destruction de la monnaie commune en aurait inévitablement résulté, suivie de celle de l'Union européenne elle-même. L'Europe aurait dans son ensemble, y compris l'Allemagne, perdu au profit de ses concurrents ce qui lui reste de puissance économique et de souveraineté politique. Les gouvernements européens l'ont compris et ont évité le pire.

Un geste de solidarité s'imposait donc. Il a été fait, mais au minimum. Ceux qui espéraient voir à la faveur de cette crise progresser la marche vers une plus grande mutualisation des politiques nationales, c'est-à-dire vers un fédéralisme européen qui selon eux (et nous) s'impose désormais, sont évidemment déçus. Il faudra attendre de nouvelles crises pour voir progresser la solution fédérale.

De plus, comme il fallait s'y attendre, les mesures décidées à Bruxelles ne remettent aucunement en cause la prédominance des intérêts financiers sur les exigences de service public. D'une part, l'aide à la Grèce se fera finalement aux frais des contribuables européens et non à la charge des détenteurs de capitaux spéculatifs. D'autre part, la rigueur imposée au gouvernement grec comme aux autres Etats susceptibles de défaillir, se traduira par un recul des services et des budgets publics. Rien ne sera fait pour lutter contre les inégalités sociales, en augmentant les impôts pesant sur les classes supérieures ni la chasse aux paradis fiscaux et autres dispositifs permettant aux fraudeurs de continuer à vivre, en Europe même, à la charge des travailleurs de la base.

Petite explication

Tout ceci n'apparait peut-être pas assez clairement dans les commentaires des décisions de Bruxelles proposés par la presse, fut-elle d'opposition. Revenons donc sur les points soulignés ci-dessus, en essayant d'être plus explicites que les autres chroniqueurs. Nous allons prendre ici la Grèce en exemple, mais le schéma s'applique pratiquement à tous les Etats, y compris à ceux qui se disent bien gérés. Nous simplifions un peu mais sans, nous le croyons, déformer les faits.

  1. Le gouvernement grec, mal conseillé par des affairistes ou pire par des émissaires de Wall Street, a financé pour des raisons de politique intérieure des activités ou des personnes qu'il savait improductives c'est-à-dire potentiellement incapables de rembourser les faveurs reçues. Il a puisé pour cela dans ses ressources budgétaires et, lorsque celles-ci se sont trouvées épuisées, il a fait appel au crédit. Disons pour faire court qu'il a émis à cette fin  auprès de préteurs extérieurs des obligations (du type des bons du Trésor) que n'importe quel économiste intègre auraient du considérer comme « pourries », c'est-à-dire non remboursables par l'Etat émetteur. Le discours implicite dans ce cas est toujours le même: « prêtez moi telle somme pour financer telle opération de mes amis politique. Je vous la rendrai, avec les intérêts, quand cette opération aura produit les résultats mirifiques promis par ses promoteurs ».

  2. Néanmoins des fonds d'investissement et même des banques, notamment des banques européennes, bien qu'avertis de la duperie sous-jacente à ce discours, ont acheté de telles obligations, car à court terme, celles sont émises avec un taux d'intérêt suffisant pour rapporter de l'argent, c'est-à-dire permettre des profits.

  3. La crise arrivant, les débiteurs de la Grèce, à qui les prêts initiaux avaient été consentis, n'ont pas pu payer leurs emprunts. Beaucoup parmi les amis politiques n'ont même pas cherché à le faire. Ils ont purement et simplement disparu. En conséquence, l'Etat grec s'est retrouvé en possession de titres dont le caractère « pourri » éclate désormais aux yeux. Il en est de même des banques qui avaient acheté ces titres. Le Trésor grec est donc menacé de défaut de paiement. Non seulement en ce cas il ne pourra pas verser les intérêts attachés aux bons du Trésor placés un peu partout mais il ne pourra pas les racheter aux banques et aux fonds d'investissement qui voudraient s'en débarrasser en panique .

  4. Les agences de notation, constatant ces menaces de défaut de paiement de l'Etat grec, ont dégradé l'évaluation du risque pesant sur des préteurs futurs. Ceci renchérit les taux auxquels le Trésor pourrait emprunter pour faire face à des dettes grandissantes. La faillite de l'Etat tout entier, incapable désormais tant de régler ses dettes qu'assurer ses dépenses de fonctionnement, menace. Ce serait aussi l'ouverture d'une crise économique généralisée. Si les autres Etats européens n'étaient pas venus à son secours, ils auraient détruit définitivement l'illusion d'une solidarité au sein de la zone euro et et de l'Union européenne. Eux-mêmes n'auraient pas été à l'abri de la contamination.

  5. Dans un premier temps, les premières victimes de la faillite grecque auraient été les banques, parmi lesquelles de grands établissements européens. Elles avaient comme nous l'avons vu acheté précédemment des titres grecs pour réaliser des profits à court terme, tout en n'ignorant pas leur caractère « pourri » c'est-à-dire non remboursable en cas de crise. Mais ces banques savaient ce qu'elles faisaient. Instruit par l'expérience de la crise américaine dite des prêts hypothécaire (subprimes), où l'Etat fédéral était venu au secours des banques, elles avaient fait le pari qu'en cas de difficultés, les gouvernements européens se substitueraient à Athènes afin de reprendre à leur charge les obligations grecques.

  6. C'est effectivement ce que ces gouvernements ont fait le 21 juillet, avec la bénédiction des banques dont des représentants éminents assistaient au Conseil européen. Le « sauvetage de la Grèce » a été permis par l'intervention des gouvernements européens à travers le nouveau Fonds européen de stabilisation financière (FESF), dont le fonds de roulement est financé par les budgets européens. Le FESF a été autorisé à acheter un certain montant d'obligations grecques, irlandaises et portugaises. Parallèlement différentes mesures (non obligatoires) sont proposées aux banques pour diminuer les taux d'intérêts et allonger les durées de remboursement imposés à la Grèce (restructuration de la dette).

  7. Ce seront finalement, comme les oppositions socialistes l'ont timidement fait valoir, les contribuables européens qui supporteront à terme le prix de ces mesures. Elles seront en effet presqu'exclusivement financées par les budgets européens, via le FESF ou par d'éventuelles aides ultérieures à la Grèce. Les actionnaires des banques, pour leur part, échapperont à toute contribution-punition. Il est vrai qu'en Europe, les clients des banques, notamment les déposants, s'en réjouiront momentanément car, au cas où celles-ci avaient été mises à contribution, ils auraient été les premiers à en supporter les frais.

  8. Par ailleurs, il résulte du sommet de Bruxelles que les politiques de rigueur budgétaire contre lesquels s' « indignent » les citoyens grecs, comme d'ailleurs ceux d'autres Etats, seront renforcées. Il s'agit du « Pacte pour l'euro-plus » supposant explicitement le retour des déficits publics au dessous de 3% du PIB dès 2013. Comme indiqué plus haut, cette rigueur visera non pas à faire contribuer les riches et les puissants, mais à diminuer les services publics et les dépenses sociales. C'est d'ailleurs sur la base d'un tel « compromis » que s'esquisse l'accord entre Démocrates et Républicains au Congrès américain. Si les négociations en ce sens suivent leur cours, Obama en perdra ce qui lui restait de crédibilité auprès des électeurs pauvres.

  9. Nous avons donc tout lieu de penser que les manifestations populaires contre les effets de telles mesures inégalitaires reprendront en Europe. Il en sera peut-être de même aux Etats-Unis, dans certains des Etats les plus touchés par la « rigueur » des Républicains et de leurs alliés du Tea Party, comme le Minnesota.



23/07/2011
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