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Un nouveau regard sur les déficits commerciaux

Les déficits de la balance commerciale ne sont pas toujours aussi inquiétants qu'ils en ont la réputation

Dans une note de veille n° 94 en date de mars 2008, le Centre d'analyse stratégique propose une interprétation intéressante de la notion de balance commerciale. Les déficits et les excédents de celle-ci pourraient être dus en partie à des effets d'optique, ou plutôt à des choix traditionnels de comptabilité nationale qui mériteraient sans doute d'être corrigés. Nous avions souligné dans un article précédent le caractère en partie artificiel des évaluations retenues pour estimer les PIB et PNB. Nous suggérions qu'il faudrait revoir toutes ces évaluations, pour tenir compte des nouvelles valeurs économiques et sociales à prendre en compte par les politiques publiques notamment européennes (voir (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=56) .  La question évoquée ici mériterait d'être ajoutée à la liste.

Les experts du Centre soulignent à juste titre le paradoxe consistant à présenter l'économie américaine comme gravement en crise du fait de l'importance de son déficit extérieur, alors que tout laisse penser qu'elle fait montre, dans le monde « mondialisé », d'une vigueur certaine. Certes, ce déficit est financé en  partie par des prêts des détenteurs asiatiques de dollars, mais il serait cependant préoccupant et devrait être réduit. On dit la même chose en Europe du déficit de la balance commerciale française, jugé inquiétant. Au contraire, on se félicite du bon équilibre (actuel) des comptes extérieurs allemands.

Pour les auteurs de la note, il conviendrait de considérer  autrement les opérations commerciales conduites par des firmes fortement délocalisées. Si une entreprise américaine fait fabriquer en Chine les produits qu'elle vend dans le monde entier, l'économie chinoise n'en tire que peu de bénéfices car les salaires versés par l/ filiale asiatique sont très bas. Les profits de la vente reviennent pour l'essentiel à la maison-mère, qui a conservé tous les brevets et la compétence. Il conviendrait donc dans une présentation plus réaliste de compter comme des exportations américaines les ventes de la filiale délocalisée, réalisées dans le monde entier. A l'inverse, les produits fabriqués aux Etats-Unis par des filiales de groupes étrangers (par exemple EADS-USA) et vendus à l'extérieur, devraient être comptés comme des importations. C'est, en principe EADS qui en retire l'essentiel des bénéfices. Ce qui compte est la propriété juridique des entreprises et des produits, ainsi que la maîtrise des flux financiers internationaux qu'elle permet.  

Le raisonnement est un peu contre-intuitif et donc difficile à suivre. Par ailleurs, il ne s'applique pas à toutes les opérations. Il permettrait cependant de mieux comprendre pourquoi les entreprises françaises, malgré ses déficits commerciaux, se portent aussi bien en apparence que leurs homologues allemandes, encore fortement exportatrices. Les entreprises françaises, même lorsqu'elles sont partiellement délocalisées (par exemple dans l'aviation ou l'automobile) ont une forte implantation internationale et vendent grâce à elle des produits à bonne valeur ajoutée dont une large part leur revient.  Les entreprises allemandes au contraire, qui paraissent exporter beaucoup, exportent en partie au profit des économies des pays de l'Est où elles ont sous-traité une partie de leurs fabrications.  

Tout ceci montre l'urgence qu'il y aurait à revoir les indicateurs de valeur et de puissance, dans un monde apparemment mondialisé mais dans lequel les entreprises restent fortement amarrées aux stratégies politiques des gouvernements auxquels les rattache leur « patriotisme » fondamental. Concernant la situation économique et politique de l'Europe, une approche globale, de toutes façons, devrait désormais être retenue par les institutions européennes, plutôt que des approches pays par pays. Une attitude cohérente visant les implantations étrangères comme les sous-traitances et délocalisations serait nécessaire, afin d'en préciser les bilans finaux. Encore faudrait-il qu'existe un embryon de gouvernement économique et politique européen susceptible d'en tirer des enseignements.  

Les notes :
05/06/2008
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