Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Manifestations du refus en Espagne

Une centaine de manifestations ont eu lieu dans un grand nombre de villes espagnoles, dont Madrid sur la Puerta del Sol, le mercredi 18 mai. Comme dans d'autres villes européennes, notamment en Grèce et en Grande-Bretagne, les manifestants sont principalement composés de jeunes sans emplois ou de travailleurs récemment licenciés. Les syndicats semblent se tenir en retrait, sans doute faute de solutions à offrir aux revendications.

Les observateurs ont noté une similitude avec les manifestations de jeunes qui ont provoqué récemment la chute des régimes tunisien et égyptien. Au départ, les manifestants semblent ne pas très bien savoir ce qu'ils veulent, sauf exprimer un refus général du Système. Puis les troubles peuvent dégénérer, donnant naissance à des phénomènes révolutionnaires. Mais la situation est plus grave en Europe, car il s'agit de démocraties où les libertés civiles sont relativement garanties. Le Système contre lequel manifestent les jeunes européens est donc principalement le capitalisme néo-libéral, et le poids des sacrifices qu'il impose aux populations incapables de se défendre, sous la pression des oligarchies dirigeantes.

Les restrictions budgétaires qu'imposent ces oligarchies et les gouvernements à leur service sont présentées comme devant stabiliser les déficits et relancer la croissance. Mais il s'agit d'un faux- semblant répandu intentionnellement par la « nov'langue » politique désormais de rigueur. L'objectif en est inverse: obliger à sacrifier les services publics et les administrations qui pourraient au contraire contribuer non seulement à maintenir l'emploi mais à fournir des prestations particulièrement indispensables en période de crise. La privatisation imposée se fait au profit des prestataires privés de service à des coûts qui les rendent inaccessibles aux victimes de la récession.

Il n'est pas certain cependant que les jeunes manifestants espagnols ou grecs perçoivent clairement les solutions qui permettraient aux pays européens de sortir de l'appauvrissement systématique imposé par le capitalisme financier. Tout au plus disent-ils, avec raison, ne pas vouloir payer les coûts d'une crise imposée par les erreurs des banques et des milieux d'affaire, coûts aggravés par les fraudes multiples de ces mêmes milieux devant l'impôt.

Pour transformer les révoltes encore informelles en véritables processus visant à un changement de Système, il faudrait que les mouvements politiques d'opposition proposent clairement aux manifestants d'exiger des mesures de type keynésien permettant d'en revenir à des interventions publiques favorables à l'investissement et à la protection sociale. Les gouvernements européens devraient alors dans ce but, comme nous l'avons expliqué plusieurs fois dans de précédents articles, harmoniser les réglementations économiques dans l'ensemble de la zone euro et restructurer radicalement les dettes de façon à pouvoir mobiliser les épargnes nationales plutôt que faire appel aux financements spéculatifs - le tout au service d'une réactualisation des valeurs sociétales trop oubliées aujourd'hui par les partis de gauche et les syndicats.

Mais les mouvements politiques d'opposition, en Espagne comme ailleurs, ne sont-ils pas déjà passés du côté des intérêts du capitalisme financier, comme nous le redoutions dans l'article intitulé « Vive les banques, à bas les Grecs »? Autrement dit, ne sont-ils pas déjà et depuis longtemps faits « corrompre », dans tous les sens du terme par le Système? Si c'était le cas, on pourrait craindre en effet que les foules en colère ne versent progressivement dans un nihilisme de plus en plus destructeur.




18/05/2011
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire