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La future crise du dollar

Un grand nombre d'économistes anticipent une crise majeure de l'économie américaine, entrainant une crise du dollar, dont les effets désastreux seront sans comparaison avec les difficultés éprouvées actuellement par les Etats européens de la zone euro.

En résumant beaucoup, quels sont les facteurs de cette crise américaine à venir? Le premier concerne l'incapacité de l'Etat fédéral, aujourd'hui, de prendre les mesures qui permettraient de diminuer les déficits considérables du budget fédéral. On peut attribuer cela à une véritable crise de gouvernance, tenant à la guerre sans merci que se livrent les trois factions politiques dominantes, Républicains, Démocrates et représentants du Tea party. L'exécutif, c'est-à-dire Barack Obama, n'a pas constitutionnellement les pouvoirs qui seraient nécessaires pour imposer des arbitrages. De plus, politiquement et humainement, il se révèle incapable d'en appeler à l'opinion pour que le pays sorte des affrontements mortels entre politiciens. Un article (13/05/2011) de Paul Krugman, l'honnête « columnist » économique du New York Times, pose bien le problème. http://www.nytimes.com/2011/05/13/opinion/13krugman.html

Le budget fédéral correspond à environ 20% du PNB. Globalement les ressources servent à financer deux postes principaux, celui des dépenses sociales principalement destinées aux plus âgés et aux plus faibles (Medicare et Medicaid) et celui du budget militaire. Les dépenses militaires ne seront pas réduites car le lobby militaro-industriel s'y oppose. Il se confirme ainsi par exemple que l'US Air Force est décidée à passer commande d'un bombardier de nouvelle génération, le B3, capable de mener des opérations en n'importe quelle partie du globe (http://en.wikipedia.org/wiki/Next-Generation_Bomber) . Cela n'empêchera pas de poursuivre le financement toujours plus exigeant de l'avion furtif F 35. Les deux postes s'ajouteront évidemment aux dépenses militaires plus courantes dont le gouvernement n'envisage en aucune façon la réduction, même s'il retirait progressivement l'armée d'Afghanistan.

Au plan social, le vieillissement de la population et l'aggravation de la pauvreté obligeront, sauf à laisser au sens propre mourir de faim les populations concernées, à augmenter la charge des deux programmes Medicare et Medicaid. Ceci conduira donc, en tenant compte de modalités différentes de calcul, à un déficit fédéral de plus de $1.26 trillion (différence entre $3.83 trillion en dépense et $2.57 trillion en recettes.(NB. Le trillion équivaut à mille milliards). Par ailleurs, le GDP (gross domestic product) ne devrait pas augmenter à cette date.

Il résulte de ceci que l'équilibre du budget fédéral devrait, personne ne voulant réduire les dépenses, entraîner une hausse sensible des impôts, notamment par suppression des dégrèvements consentis aux plus riches du temps de l'administration Bush, et confirmés à ce jour par l'administration Obama. Mais le Congrès s'y oppose. La seule façon de financer le déficit sera donc de continuer à emprunter des dollars, sous la forme notamment de Bons du Trésor.

Malheureusement, les deux sources de financement de la dette semblent désormais difficiles à utiliser. Les épargnants étrangers, notamment chinois, sont de plus en plus réticents à se procurer des dollars. Beaucoup cherchent au contraire à s'en débarrasser au profit d'autres monnaies. Par ailleurs, les mesures de soutien par achat de bons du Trésor et distribution de liquidités en provenance de la Banque centrale (Quantitative Easing 1 et 2) ne paraissent plus désormais possibles. Elles contribueraient seulement à augmenter des liquidités que personne n'utilise tout en accroissant encore le déficit public.

Au sein de l'économie, la reprise se se fait pas. La baisse des prix de l'immobilier a repris. Or celui-ci est de fait l'échelle avec laquelle on mesure la valeur de l'économie américaine. Si une certaine reprise d'activité a été constatée dans certains secteurs, elle n'entraîne pas de relance des emplois non plus que des exportations.

Au plan international, les pays émergents, la Chine en premier lieu, continuent leurs achats sur les marchés de matières premières industrielles et agricoles. Les approvisionnements en pétrole sont de moins en moins garantis. Le pays semble désormais incapable de faire face à n'importe crise de grande ampleur que ce soit, fut-elle climatique comme le montre l'inquiétude qui s'empare actuellement du sud des Etats-Unis devant la montée des eaux du Mississipi.

La principale force compétitive dont l'Amérique dispose aujourd'hui repose, outre les moyens militaires qui ne pourront continuer à croître sur le rythme précédent, dans sa recherche industrielle et universitaire. Mais celle-ci dépend beaucoup aussi des financements publics. Par ailleurs les percées technologiques possibles n'auront d'effets qu'à long terme. Enfin et surtout les pays asiatiques sont désormais décidés à disputer aux Etats-Unis leur prédominance séculaire. Ils sont en bonne voie pour ce faire, grâce à des recrutements de chercheurs en grande quantité et l'accélération de programmes de souveraineté spectaculaires intéressant notamment le spatial et la défense.

Que peut-il donc se passer? Le défaut de certains grands établissements de crédit par retrait brutal de leurs prêteurs les rendant incapables de faire face aux demandes de remboursement? Une aggravation de cette première vague de crise par les fonds spéculatifs américains jouant à la baisse, bien abrités dans des paradis fiscaux? Une réaction d'ampleur des pouvoirs publics serait alors nécessaire, par fermeture des marchés, nationalisation de certaines banques importantes, mise en place de politiques d'investissements publics dans le domaine des infrastructures et des industries de pointe, financées par le budget fédéral lui-même complètement réformé afin de diminuer drastiquement les dépenses militaires ou les gaspillages politiciens. On ne voit pas cependant ni Barack Obama, plus affaibli que jamais, ni l'actuelle majorité parlementaire, se lancer dans de telles réformes.

Ajoutons qu'en cette conjoncture, provoquant un cours international du dollar erratique, les Etats-Unis auraient besoin d'un FMI redevenu aux ordres, comme il le fut jusqu'à la précédente percée des Européens. Mais avoir réussi à se débarrasser du directeur général Dominique Strauss-Kahn aura sans doute pour eux une conséquence toute différente, la mise en place d'une direction représentant directement les pays émergents.

Dans ces conditions, avec la fragilisation du dollar à l'échelle du monde, se produiront des reclassements en chaîne des centres de puissance économique. Si l'Union européenne se décidait à se libérer de sa dépendance au dollar en puisant dans ses propres forces pour investir, elle pourrait cependant avoir de bonnes chances d'échapper à l'essentiel d'une telle crise. Mais quel responsable politique, quel parti aura-t-il le courage de faire de telles propositions?

NB.: Le 15 mai, la dette américaine a dépassé le plafond (récemment relevé) de $14,2 trillions, résultant des déficits accumulés de plusieurs exercices, au delà duquel l'Etat fédéral ne peut plus emprunter sur les marchés financiers. Un compromis entre le Congrès et la Maison Blanche sera nécessaire avant fin août  pour éviter que, comme la Grèce, l'Etat fédéral ne soit menacé de cesser ses paiements. Les conséquences seraient, on le devine, toutes autres.




18/05/2011
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