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Le printemps des peuples arabes menacé

Ce ne sera sans doute pas l'extrémisme islamiste, et moins encore ce qui reste d'Al Qaida, qui menacera les peuples arabes dans leur recherche spontanée vers la liberté. Ce seront les pouvoirs bien installés, gorgés des rentes du pétrole, qui refuseront le sort des Ben Ali et Moubarak bientôt rejoints dans leur chute par Khadafi et le cas échéant Bachar al Hassad.

Ces pouvoirs, on les a déjà vu à l'oeuvre, dans la répression des mouvements populaires au Yemen et à Bahrein. Mais on n'a encore rien vu. Nous avons précédemment indiqué que l'Arabie Saoudite et les principautés du Golfe envisageaient très sérieusement de se doter de l'arme nucléaire, peut-être en se rapprochant pour ce faire du Pakistan. Mais ceci vise en priorité l'Iran et sera long. Le danger, pour elles et dans l'immédiat, vient des populations immigrées, très largement exploitées, auxquelles pourraient s'ajouter une jeunesse autochtones exaspérée par l'absence d'ouverture des oligarchies dominantes.

Cependant, en Arabie Saoudite et plus encore dans les Emirats Arabes Unis, la faiblesse de ces oligarchies et des gouvernement qui les représentent tient à l'absence de véritables armées de métiers. Il ne suffit pas d'acquérir à force de pétro-dollars les matériels les plus sophistiqués, il faut disposer des hommes capables de les utiliser, y compris pour réprimer dans l'oeuf les mouvements de foule, fussent-ils pacifiques, qui pourraient comme en Libye dégénérer en combats de rue. Pour ce faire, quoi de plus commode que faire appel à des mercenaires. Les pétro-dollars ne manquent pas pour les rémunérer et les armer. Quant aux hommes, ils sont désormais disponibles en quantité quasi illimitée. Il suffit de puiser dans les personnels recrutés par milliers au sein des sociétés de sécurité qui se désengagent actuellement des théâtres irakien et afghan.

Un article éclairant que vient de publier le New York Times ( http://www.nytimes.com/2011/05/15/world/middleeast/15prince.html?_r=1 ), journal qui n'est pas cependant connu par des tendances antimilitaristes et moins encore antiaméricaines, montre comment par exemple un certain Erik Prince, fondateur de Blackwater Worlwide et milliardaire, est en train de mettre en place de véritables petites armées privées dans les Emirats, à commencer par Abu Dhabi. Le prince régnant d'Abu Dhabi, et régent de fait des autres Emirats, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan (photo) a consenti des contrats de plusieurs milliardss de dollars à des compagnies telles que Reflex Response, filiales de Blackwater, dont les missions sont très larges. Elles vont de la protection des installations immobilières jusqu'à la destruction des oppositions jugées dangereuses, en passant par l'élimination dans l'oeuf des manifestants désarmés pouvant se plaindre des abus du régime. Le cas échéant, ces compagnies sont suffisamment équipées pour se comporter en véritables forces spéciales, voire en petites armées professionnelles.

Leur principal atout est qu'elles recrutent les « chiens de guerre » occidentaux qui ne manquent pas aux Etats-Unis, dans les pays d'Amérique centrale ni même bien entendu en Europe, y compris en France comme l'a montré un incident récent. Le chômage régnant dans ces pays favorise les vocations d'hommes de mains très expérimentés, tout au service de leurs employeurs. Selon le NewYork Times, les ambassades américaines, officiellement tenues à l'écart de ces opérations, les considéreraient avec bienveillance. Barack Obama est pris entre deux soucis: saluer, au moins verbalement, la « démocratisation » des régimes arabes et veiller à ce que le pétrole, les voies de communication et les multiples profits tenant à une forte influence américaine dans la région ne soient pas dilapidés par des mouvements révolutionnaires dont on sait comment ils commencent mais dont nul ne peut dire où ils s'arrêtent. Dans une moindre mesure, les gouvernements européens sont confrontés au même dilemme. Pour cela, l'action de forces spéciales privées mais fidèles à l'idéal occidental est inestimable.

Ceci pour dire que les futurs jeunes « révolutionnaires » souhaitant réformer les pays du Golfe ne pourront pas seulement compter sur Twitter pour faire entendre leurs revendications.



17/05/2011
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