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Souveraineté et solidarité européennes

Cet article revient sur le thème d'une nécessaire souveraineté européenne, en reliant celle-ci à la solidarité entre Etats-membres qui ne devrait pas être considérée comme séparable du concept d'Union

Le monde est entré dans une phase de dislocation/recomposition géopolitique générale.
De nouvelles solidarités se dessinent, de nouvelles souverainetés s'affirment.
Ce mouvement s'annonçait depuis quelques années. La crise financière, économique et sociale dont la dimension systémique et géopolitique est devenue évidente aujourd'hui en fut le révélateur en même temps que l'élément déclencheur.
Il agit sur  l'Europe «  en miroir ». Cohésion sociale, relations entre Etats membres (solidarité) et présence dans la compétition multipolaire, (souveraineté)  de l'Union en sont fortement affectés.

Quatre concepts intimement liés: crise de la dette, crise de l'Euro, crise de solidarité et crise de souveraineté

Solidarité, puissance, indépendance et souveraineté sont les maillons d'une chaîne conceptuelle qui devrait orienter la stratégie de l'Europe dans la décennie à venir. Il en va de sa place sur la scène mondiale voire de sa survie en tant qu'acteur planétaire global.
La solidarité permet la puissance, celle-ci  assure l'indépendance (surtout la non-dépendance) laquelle fonde la souveraineté.
Aux deux extrémités de cette chaîne, solidarité et souveraineté sont liées par une relation réciproque, « bi-univoque » diraient les mathématiciens.
Nulle mieux que la crise de la dette, qui affecte  l'ensemble des Etats européens, et ses conséquences sur l'Euro n'illustre les tensions sous-jacentes à cette relation.

Crise de la dette.

La crise de la dette Européenne  reflet d'une crise mondiale, d'origine anglo-saxonne dont nous ne sommes sans doute qu'aux préliminaires est un puissant révélateur des forces de désolidarisation qui menacent en permanence les équilibres entre Etats membres de l'Union et l'évolution de leurs rapports de force.
Petit à petit s'est installé un climat de suspicion généralisé entre les Etats membres de l'Union. Certains sont présentés comme plus vertueux, rigoureux ou compétitifs que d'autres. La vérité est qu'il y a des différences de niveaux de développement et de structures économiques  entre ces Etats. Cette différence était connue depuis longtemps. On l'a  ignorée en feignant de  penser que la création d'une monnaie unique et la définition de critères de stabilité suffiraient pour aplanir ces différences.

Aujourd'hui la crise met en évidence ces contradictions. Un discours de stigmatisation, pour utiliser une expression à la mode, de certains Etats par rapport à d'autres, présumés  vertueux d'un côté (bien peu nombreux) et présumés  laxistes de l'autre n'à d'autre effet que de rompre une  solidarité européenne plus que jamais nécessaire.

A y regarder de plus près on ne tarderait pas à s'apercevoir que les premiers se nourrissent des faiblesses des autres. De ce point de vue la révérence permanente au modèle allemand qui n'est certes pas toujours injustifiée, mériterait sans doute d'être quelque peu réinterprétée.
Cette rupture de solidarité est, bien entendu, encouragée par le jugement  intéressé et sans appel, d'agences de notation d'Outre Atlantique  qui, bien que dépourvues  de toute légitimité ne cessent de porter atteinte à la souveraineté des membres de l'Union et par voie de conséquence à celle de l'Union tout entière.
 
Or même  si les appréciations de ces agences au comportement  « supra national » comportent une part de rationalité financière, sinon économique et sociale,  ces atteintes répétées à la souveraineté des membres de l'Union seront à la longue de plus en plus difficiles à supporter par une opinion publique « fatiguée » par un discours exclusivement financier néolibéral et  béatement mondialisateur. La tendance à la radicalisation politique qui  se vérifie partout en Europe au fil des élections successives en est un signe avant-coureur extrêmement préoccupant.

Crise de l'Euro


L'Euro est souvent présenté comme  l'un des acquis majeurs de la construction européenne mais  les  incertitudes  évidentes qui  pèsent sur son avenir expriment encore mieux ces tendances à la dissociation du binôme solidarité/souveraineté.

L'Euro est une monnaie singulière qui  malgré les apparences,  n'est comparable à aucune autre des grandes monnaies.
L'Union européenne en effet peut s'analyser en une sorte de mini mondialisation assortie d'un système monétaire. C'est  à la fois un formidable accélérateur  de croissance, d'un côté, mais aussi une énorme imposition pour l'ensemble de l'économie européenne de l'autre. L'accélération, vient de l'abolition des frontières qui contribue au  développement du commerce intra européen et donc au bien être des Européens. L'imposition tient à la création de l'Euro qui, s'assimile à un système de taux de change fixes à l'intérieur  de la zone et variable à l'extérieur de celle-ci. Cet aspect des choses a bien été mis en évidence par Jean  Luc Baslé dans une récente intervention. Ce double visage qui exprime une solidarité monétaire imposée à l'intérieur et une souveraineté monétaire assumée à l'extérieur avec tout ce qu'entraine politiquement cette ambivalence explique les difficultés de sa gestion en même temps que l'incompréhension que celle-ci suscite dans l'opinion.

La zone Euro rassemble  en effet,  on l'a vu,  des Etats aux structures économiques  et aux niveaux de compétitivité radicalement différents. Les inégalités de performance sont inévitables et l'alignement forcé sur le plus performant d'entre eux, l'Allemagne, tant que l'homogénéité de la zone n'est pas assurée, est un piège, ceci d'autant plus que celle-ci profite de cette inégalité pour maintenir une balance commerciale excédentaire au sein de ses échanges avec la zone. La compétitivité allemande ne s'explique pas uniquement par les lourds sacrifices  demandés aux salariés d'Outre Rhin, mais aussi par  l'exploitation systématique de cette situation de déséquilibre. Ce n'est pas faire injure à nos amis allemands que de le rappeler.

Dans un Etat Fédéral le problème est résolu par la mise en œuvre de mécanismes budgétaires de péréquation. C'est le cas aux Etats Unis. Or l'Union Européenne est une structure politique imparfaite. Elle s'est toujours refusée à mettre en place ces mécanismes. Les appels répétés et très insistants du gouverneur de la BCE, Jean-Claude Trichet, en faveur d'un « fédéralisme budgétaire » et qui vont dans ce sens, sont jusqu'a maintenant  restés sans echo. Il est à craindre qu'ils le restent longtemps encore.

Si les tensions inévitables que cette situation provoque devait se prolonger et nécessairement s'accentuer, une bonne partie de l'opinion publique européenne jusqu'ici plutôt favorable cessera de soutenir l'Euro, et les futures grandes élections qui vont affecter, dans les mois à venir, certains Etats membres vont placer les gouvernements de la zone dans une situation critique  en les obligeant à arbitrer entre les exigences des marchés , les oukases de trois  agences de notation américaines et celles de leurs opinions publiques.

Crise de solidarité et crise de souveraineté

Le risque d'explosion politique et sociale est aveuglant. Les conséquences des atteintes portées   à la souveraineté monétaire  et celles portées au modèle  de solidarité sociale européen fondé jusqu'a maintenant sur une alliance subtile entre cohésion sociale et efficacité économique vont bientôt se révéler politiquement insupportables.

L'exemple tiré des contradictions inhérentes aux ambigüités de l'Euro, monnaie sans maître, illustre la gravité de l'absence de réflexion cohérente sur les relations compliquées mais vitales existant ou, plutôt n'existant pas, entre solidarité et souveraineté, et plus particulièrement, entre  solidarité interne à l'Union et souveraineté externe à celle-ci.

Mais en bien d'autres domaines les contradictions non résolues entre ces deux concepts affectent la solidité et même la pérennité d'une construction européenne confrontée  sans s'y être préparée suffisamment tôt à l'émergence de ce « monde d'après » que dévoile la crise actuelle. 
La grille d'analyse solidarité/compétitivité mériterait d'être appliquée à des domaines aussi différents mais pourtant stratégiques pour l'Union que sont : les relations transatlantiques, le partenariat Euro-russe, l'Union pour la Méditerranée, les rapports avec l'Afrique  etc. mais aussi aux  relations intra-européennes et tout particulièrement celles assez perturbées aujourd'hui entre la France et l'Allemagne.
On le pressent, cette analyse à la fois économique, sociétale et géopolitique est riche de développements futurs.

Dans l'immédiat que faire ?

Si l'on se limite à la dette et à l'Euro : un certain nombre de mesures  s'imposent :

1.    Une reflexion politique approfondie doit être menée sur le fédéralisme budgétaire. Mais il faut être conscient que la mise en œuvre d'une telle politique impose la création et le contrôle politique d'un véritable budget européen. Celui-ci ne représente actuelemnt qu'un peu plus de 1% du PIB de l'Union. Il faudra une volonté politique extrêmement forte exprimée pendant une génération, au moins, pour qu'il atteigne le niveau atteint dans un Etat fédéral (13 à 15%). Un tel effort économique et politique est il à la portée des Européens aujourd'hui ?

2.    Concernant la dette, les propositions très intéressantes d'Edouard Balladur visant à créer une Caisse Nationale d'Amortissement pour régler le cas français doivent être poursuivies au niveau européen, assorties  d'un système d'émission d'Euro-obligations. La réappropriation par les Européens de leur propre dette devrait être une priorité. De ce point de vue le modèle Japonais selon lequel ceux-ci détiennent plus de 90 % de leur endettement devrait être médité.

3.    La révision des statuts de la BCE doit être impérativement  envisagée pour  lui permettre de tenir compte dans sa politique de taux  de la croissance et de l'emploi et non pas de se  limiter au maintien du niveau des prix.

4.    La création d'une ou plusieurs agences européennes  de notation mieux au fait des réalités économiques et sociales de l'Union apparait comme une nécessité.

5.    La mise en œuvre d'une politique de « patriotisme économique européen » consistant, tout simplement, à faire ce que font tous les autres acteurs du monde multipolaire  s'impose également.

6.    La création au niveau de l'Union d'un vaste fond souverain  destiné à soutenir les industries stratégiques et les technologies de souveraineté, à développer les infrastructures de cohésion du territoire européen et finalement à préserver nos intérêts vitaux dans la compétition multipolaire acharnée entre grands blocs continentaux dont la monde est le théâtre est le complément indispensable d'une stratégie de protection géoéconomique fondée sur la réciprocité et non pas sur l'asymétrie.

7.    Le maintien, en l'adaptant aux réalités actuelles, d'un modèle européen de société fondé sur les racines humanistes de notre culture doit être considéré comme une exigence civilisationelle,  politique et morale incontournable. Pour ce qui est du volet économique et social de ce modèle, le développement de l'association du capital et du travail ainsi que de la participation et de la cogestion dans les entreprises est une nécessité impérieuse.

Le général De Gaulle définissait la souveraineté comme la « puissance de gouverner ». On ne saurait mieux la définir. Il était également très attaché à la cohésion sociale c'est-à-dire à la solidarité.
Aujourd'hui il est urgent de faire « migrer » ces deux concepts, étroitement liés, au niveau européen. Un long chemin reste à faire. Il est même possible que dans la situation critique que connait l'Europe  de fortes oppositions se fassent jour et que renaissent de vieux réflexes. C'est la raison pour laquelle la relation franco-allemande à la fois pivot idéologique et pivot géographique de l'Europe doit être constamment entretenue et de nos jours vigoureusement relancée. Mais ne nous leurrons pas l'ensemble des thèmes évoqués précédemment feront débat entre nous avant d'aboutir à des positions communes. Le dialogue franco allemand sans lequel rien n'est possible doit se méfier de l'incantatoire dans laquel il se cantonne trop souvent et prendre en compte les réalités du monde qui vient.

Construite dans la perspective qui vient d'être ouverte, bien qu'encore très superficiellement, la souveraineté européenne, souveraineté « surplombant »  les souverainetés  des Etats membres, sans les annihiler mais au contraire les renforçant devrait se donner comme objectif  d'être :

*  protectrice en préservant un modèle de société profondément solidaire,

*  libératrice en se dégageant peu à peu des systèmes et des liens de vassalisation technologiques, militaires,  économiques, financiers et culturels hérités de la seconde guerre mondiale et consolidés sous la forme de l' « atlantisme » au fil des décennies, essentiellement par apathie et manque de vision à long terme,

*   anticipatrice en prenant en compte les grands défis démographiques, environnementaux, culturels et surtout géopolitiques que nous allons devoir affronter dans les années qui viennent. Il faut, pour cela, rendre aux Européens le goût et le désir du futur.

L'Europe ne souffre pas aujourd'hui, comme on le dit trop souvent, d'un déficit de démocratie elle souffre d'un déficit de solidarité, de souveraineté et surtout d'espérance
18/04/2011
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