Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

LaTurquie, l'Europe et le monde arabe

On parle peu en France, même lorsque l'on prétend faire de la géopolitique à propos de l'émergence d'un « »nouveau monde arabe », de la Turquie et de son rôle dans cette perspective.

La Turquie, à l'initiative notamment de son très actif premier ministre Recep Tayyip Erdogan, s'est depuis quelques mois positionnée comme un élément essentiel dans les relations éventuellement conflictuelles entre l'Amérique, les pays de l'Union européenne et le monde musulman en général. Elle a très mal ressentie les difficultés mises par certains grands pays européens à son adhésion à l'Union. Pour beaucoup, ces difficultés, sans être marquées d'une hostilité particulière à l'égard de la Turquie, découlent du fait que l'UE, déjà en mal de se donner des enjeux et des politiques communes, se diluerait à coup sûr rapidement du fait de la présence d'un nouveau membre aussi important et ambitieux que la Turquie.

L'exemple de la place actuellement prise par cette dernière dans l'Otan montre que son adhésion à l'Union risquerait de conduire celle-ci à une véritable implosion. Que l'Otan soit actuellement affaiblie par la participation turque, imposée pourtant il y a quelques années par les Etats-Unis, est indéniable. Mais cela ne pose pas trop de problèmes à ceux pour qui, comme nous, cette organisation n'a plus de raisons d'être sinon de maintenir une influence diplomatique et militaire américaine dont l'Europe n'a désormais que faire. Mais on ne pourrait par contre accepter le risque de l'instrumentalisation de l'UE par l'intérieur, du fait de la présence d'un membre aussi inassimilable que la Turquie.

Il reste que la Turquie, manifestement indignée du peu d'enthousiasme manifesté à l'égard de sa candidature par les Européens, n'hésite plus à s'opposer à eux plus ou moins ouvertement. C'est le cas aujourd'hui en ce qui concerne les relations avec la Libye et au delà de celle-ci, avec les différents Etats arabes, qu'ils se soient déjà « libérés » de leurs régimes autoritaires, ou qu'ils luttent encore contre des mouvements révolutionnaires.

On aurait pu imaginer que l'Union européenne ait pris à l'égard de l'émergence de « libertés » au Maghreb, au Mashrek ou plus généralement au Proche et Moyen Orient, des positions clairement favorables. Cela n'a pas été véritablement le cas. La diplomatie européenne - dans la mesure où elle existe – reste handicapée par sa dépendance à l'Amérique, son manque criant de moyens logistiques militaires ou civils, son incapacité à se penser comme un véritable pont culturel ou économique entre l'occident et l'orient (sans oublier la Russie). Son engagement certes justifié en faveur des rebelles libyens n'a pas changé grand chose à cet égard.

Face à ce vide, on ne s'étonnera pas de voir le rôle sans doute très important qu'a pris et que prendra de plus en plus la Turquie. Les ambitions fondées mais quelque peu puériles dans la forme qu'a voulu afficher la France, sous l'impulsion agitée de Nicolas Sarkozy et de son vice ministre des affaires étrangères Bernard Henri Lévy, ne facilitent pas la recherche de solutions où les Européens joueraient un rôle utile dans la solution de l'actuel conflit et surtout dans l'attitude à prendre vis-à-vis des nombreux foyers de révolution déjà ouverts ou prévisibles.

Il ne faudrait pas affirmer a priori que le rôle ambitieux affiché par la Turquie pourrait être néfaste, soit aux équilibres mondiaux en général, soit aux intérêts européens. Mais si les Européens voulaient éviter ce risque, il faudrait qu'ils en reviennent à l'objectif précédemment évoqué: se doter d'une capacité d'intervention économique, militaire et diplomatique à l'égard de laquelle ils semblent avoir renoncé. Laisser la place totalement libre à la Turquie, à l'Amérique, à la Russie ou à d'éventuels mouvements terroristes serait évidemment catastrophique pour les Européens, qui ne peuvent se désintéresser de ce qui se passe à leurs frontières sud.

Le rôle que jouera l'Europe dans le règlement, qu'il faut espérer proche, du conflit libyen, face aux influences croisées des Etats-Unis et de la Turquie, sera déterminant tant aux yeux des populations européennes elles-mêmes, qu'aux yeux des populations arabes et plus généralement du monde musulman.




28/03/2011
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire