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Libye: Face aux Etats-Unis, l'Europe continue à capituler

Nous devons saluer le rôle personnel qu'a joué Nicolas Sarkozy pour obtenir du Conseil de Sécurité la fameuse résolution 1973 autorisant des frappes ponctuelles sur le dispositif militaire de Khadafi.

Dieu sait qu'en général nous n'admirons guère l'action politique de Nicolas Sarkozy. Les Français, comme vont sans doute le confirmer les élections cantonales, la rejettent avec une grande unanimité. Ils ont raison. Agitation, opportunisme, manque de continuité, sans parler de compromissions bien plus graves avec les riches et les puissants de ce monde, ont marqué tout au long ce quinquennat. Nous n'en sommes que plus à l'aise pour reconnaitre le rôle personnel qu'il a joué pour obtenir du Conseil de Sécurité la fameuse résolution 1973 autorisant des frappes ponctuelles sur le dispositif militaire de Khadafi. C'est lui qui en engageant le premier des capacités militaires françaises a poussé certains pays européens à se joindre au dispositif. Nous avions indiqué que sans parler à cet égard de la naissance d'une force pan-européenne, un pas en ce sens était fait (sous le régime conforme aux traités dit des coopérations renforcées). C'est également Sarkozy qui abandonnant pour la première fois son tropisme américano-otanien, a souhaité que l'opération reste sous commandement européen. D'autres personnalités l'ont poussé à le faire. Il visait par ailleurs une remontée de popularité. Reste cependant qu'il s'est engagé personnellement.


Hélas c'était compter sans les multiples forces militaires et civiles qui poussent dans les capitales européennes à se mettre sous le parapluie des Etats-Unis, en fuyant toutes responsabilités diplomatiques et toutes occasions de dépenses militaires. Des pressions considérables se sont donc exercées, y compris de la part de la Grance-Bretagne dont l'on attendait mieux, pour faire revenir l'Amérique à la tête de la coalition – et pour déconsidérer le leadership pourtant timide initialement exercé par la France, la Grande-Bretagne et quelques alliées européens et arabes.

Quant à l'Amérique, elle a joué son jeu habituel, tout en duplicité et en manœuvres « couvertes ». Dans le même temps que Obama et le secrétaire à la défense Robert Gates affirmaient ne pas vouloir s'engager militairement ni prendre la responsabilité des opérations, tout a été fait par le biais des commandements Afrique et Europe de l'armée américaine pour éclipser le rôle des autres « alliés » et pour, au plan politique, mettre en selle l'Otan. L'Otan, depuis qu'elle existe, a toujours eu pour principal intérêt de placer sous le contrôle du Pentagone et de Washington les diplomaties et les moyens militaires des pays membres. La France y a toujours consenti, y compris sous la présidence Sarkozy. Seule la Turquie aujourd'hui manifeste quelques réticences.

Les efforts considérables faits actuellement par les lobbies atlantiques pour transférer à l'Otan la responsabilité de l'application de la résolution 1973, ont un double objectif: permettre à l'Amérique, sous le chapeau de l'Otan, de garder la main sur un théâtre d'opérations susceptibles, si la « révolte des jeunes » se répandait dans le proche et moyen-orient, de menacer leurs intérêts pétroliers et militaires - ruiner dans l'oeuf toute tentative européenne de se constituer en puissance militaire et stratégique. L'opération aujourd'hui semble en passe de réussir. Malgré l'accord prétendu obtenu entre les représentants de l'Otan et ceux des pays de la coalition ce jour 23 mars, ce sera l'Amérique dissimulée sous le manteau de l'Otan qui reprendra la main. On a tout lieu de penser que les intérêts pétroliers et militaires s'exprimant par sa voix ne feront rien pour aider la chute de Khadafi et surtout pour favoriser la poursuite du printemps arabe dans les autres pays sensibles. Sarkozy sera très probablement relégué dans le rôle de petit garçon irresponsable que les diplomaties anglo-saxonnes lui attribuent volontiers...Quant aux Rafales et au Charles de Gaulle, on n'a pas fini d'en rire dans les coursives otaniennes.

Ceux des Européens qui comme nous militent pour l'émergence d'une Europe puissance auront alors tout loisir pour méditer le fait qu'une telle puissance ne s'obtient pas sans investissements stratégiques et dépenses militaires considérables, y compris en termes de recherches fondamentales. Nous avions indiqué précédemment que la capitulation récente des Européens face aux nouvelles tentatives américaines pour imposer un Système de défense balistique en Europe (BMDE), était un bien mauvais signe donné à tous ceux qui comme la Russie ou certains Etats arabes auraient pu être tentés de négocier des accords stratégiques à long terme avec l'Europe. On ne négocie pas avec un ectoplasme. Le concert de critiques 1) qui s'élèvent actuellement à l'encontre de Nicolas Sarkozy et de l'intervention française impulsée par la France traduisent une évidence: la crise en Libye n'a pas encore permis à notre pays de regagner une quelconque grandeur gaullienne. Il faut plus de détermination et de sacrifices pour la mériter. Cette évidence devrait inspirer la future force politique qui exercera le pouvoir après les élections française de 2012.

1) Ces critiques sont particulièrement injustes. La France, généralement attachée à la démocratie et au mouvement de libération des « peuples » dans le Maghreb, aurait-elle pu laisser massacrer la jeunesse libyenne sans réagir? Les intérêts pétroliers et économiques ne pesaient pas face à cette urgence. La gauche en France l'a heureusement compris. Si la France l'avait fait, si elle y consentait à l'avenir, nous en porterions tous une honte durable.

23/03/2011
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