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Abaissement de la France, inexistence de l'Europe

On trouve sans doute peu de Français aujourd'hui qui soient fiers d'être officiellement représentés par un ministère des affaires étrangères aussi abaissé qu'il l'est actuellement. Ils ne le sont pas davantage en constatant l'absence de présence, les faux-fuyants d'un Chef d'Etat dans des circonstances qui exigeraient non seulement des analyses clairvoyantes, mais des propositions fortes.


La France est cependant trop engagée dans les relations avec les pays du Maghreb et du Moyen Orient pour pouvoir se satisfaire d'une espèce de silence honteux. L'actuelle démission de l'Etat déconsidère encore plus, si cela était possible, notre pays, aux yeux de ses citoyens comme à ceux des autres pays européens et bien entendu des populations arabes.

On dira que ces dernières ont actuellement d'autres priorités que se préoccuper de l'absence de la France dans le tourbillon d'évènements qui les emporte. Mais c'est faux. Les rares interviews de représentants des pays concernés retransmis par nos médias montrent au contraire que beaucoup se demandent non sans anxiété quelle est la position de la France. Va-t-elle se limiter égoïstement à rapatrier ses ressortissants, mieux fermer ses frontières, protéger ses intérêts pétroliers? Le cas emblématique des relations avec Khadafi remet en lumière le comportement d'un pays servile (aussi servile que la Suisse, ce qui n'est pas peu dire) prêt à tout accepter d'un tyran ignare qui embobinait le président de la République et ses conseillers avec des promesses de pacotilles. Manifestement, la chute éventuelle de Khadafi ne changera rien de fondamental à notre attitude de bassesse et d'aveuglement face, non plus seulement aux hommes, mais aux intérêts économiques mal compris.

Il faut ajouter un point d'importance. Aujourd'hui, la France n'est pas capable de donner aux millions de ses citoyens qui de près ou de loin ont des liens avec les pays actuellement en révolution l'image d'une grande nation à laquelle ils seraient fiers d'appartenir, une nation prête à aider ces pays à sortir de la tyrannie et du sous-développement, capable de proposer des valeurs morales et civiques susceptibles de servir de références. Comment dans ce cas éviter que ces millions de compatriotes ne tournent leurs yeux vers les peuples qui semblent en train d'inventer un nouvel ordre régional? Si être français se limitait à bénéficier de quelques avantages sociaux, on ne voit pas très bien de quoi la possession de la nationalité française pourrait rendre fiers ceux qui nous ont fait l'honneur d'acquérir cette nationalité dans les dernières décennies.

Les Français pourraient-ils trouver dans leur appartenance à l'Europe des raisons de consolation face à l'inexistence de la France dans les évènements actuels? Si l'Europe se comportait en grande puissance souveraine, forte de ses valeurs et décidée à intervenir pour permettre à ses voisins en difficulté de sortir de la dictature et de l'inégalité, nous pourrions éviter le sentiment de honte qui actuellement nous accable. Mais ce n'est pas le cas. La démission diplomatique de l'Union européenne a été suffisamment soulignée ces derniers jours pour que nous ne revenions pas sur le sujet. Manifestement les pays européens du Nord se moquent de ce qui se passe en Méditerranée. Quant à eux, les pays européens du Sud, à l'instar de la France, n'ont qu'un souci, protéger leurs frontières et leurs investissements, sans oublier l'esprit de lucre qui les anime face aux pétro-dollars.

Plus généralement, la diplomatie européenne a les yeux fixés sur Washington, en attendant de savoir ce que va faire l'Amérique  afin d'emboiter le pas. Il faut reconnaitre que Barack Obama a su dès le début soutenir les mouvements démocratiques, notamment en Egypte, ce qui était évidemment une façon de protéger intelligemment les intérêts de l'Amérique. Les Européens ont été incapables d'en faire autant. Néanmoins aujourd'hui l'Amérique est en train de découvrir les limites de son ancienne puissance. Comment réagir sur le long terme face à des Etats qui comme l'Iran actuellement font monter la tension? Quelle attitude adopter au cas où soit Israël serait l'objet d'agressions inacceptables soit au contraire se livrerait elle-même à des provocations inacceptables? Que faire si les sources ou les voies d'exportations du pétrole du Moyen-Orient se trouvaient coupées? Faudrait-il intervenir et sous quelles formes si des conflits militaires éclataient entre Etats de la région?

Ce que l'on peut savoir des réflexions stratégiques auxquelles se livre actuellement l'Amérique montre que cette puissance sera de moins en moins en mesure d'adopter des positions susceptibles de rallier derrière elle ce que l'on appelait encore il y a peu de temps l'Occident. L'Europe étant incapable de se déterminer seule, devra-t-elle alors se tourner vers la Chine, la Russie ou d'autres grandes puissances censées représenter, notamment à l'ONU, la communauté internationale, pour en attendre des solutions? Si cela était le cas, nous pourrions nous préparer à disparaître en tant qu'Européens.

22/02/2011
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