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Propositions franco-allemande pour un (illusoire) pacte de compétitivité

La France et l'Allemagne ont, le 4 février 2011, fait des propositions communes pour un « pacte de compétitivité ». Ces propositions ont eu peu d'échos. Avec l'ouverture des réunions du G20, elles risquent de tomber dans l'oubli. Emanant cependant des deux piliers économiques de l'Europe, elles auraient mérité un minimum de discussion.

Les mesures envisagées n'ont pas fait l'objet d'une présentation et moins encore d'une discussion publique. On a cru comprendre qu'il s'agissait d'une contribution à la mise en oeuvre du mandat confié au conseil ECOFIN (les ministres des finances de la zone Euro) afin de parvenir d'ici le mois de mars à une orientation générale concernant la gouvernance économique, orientation établie en concertation avec la Commission et devant donner naissance d'ici juin 2011 à des mesures votées au Parlement Européen visant à renforcer le pacte de stabilité et de croissance. On rappelle la déclaration des chefs d'Etat ou de gouvernement des pays de la zone Euro, qui s'engagent à rendre plus efficace le Fonds européen de stabilité financière (FESF), et à poursuivre la bonne mise en œuvre des programmes existants avec la Grèce et l'Irlande.

Les mesures envisagées semblent être les suivantes:
- objectifs communs en matière d'âge de la retraite avec alignement sur
l'Allemagne (67 ans).
- suppression des mécanismes d'indexation des salaires (mécanismes existant en Belgique, au Luxembourg et au Portugal).
- plafonnement des dettes publiques par l'inscription dans les constitutions d'une limite des déficits en pourcentage du PIB.

Ces mesures ont sur la forme suscité la protestation des « petits pays » qui y ont vu des orientations attentatoires à leur autonomie. Si ces mesures étaient efficaces pour résoudre les problèmes affrontés par l'Europe, ces protestations auraient pu être surmontées. Mais en fait ce « pacte » fait bien pire. Il
organise le désinvestissement économique et la régression sociale. Il vise à imposer au sein de la zone euro, dans l'esprit très contestable des « recommandations » du FMI, les baisses de salaires, la diminution des dépenses publiques et la limitation des négociations collectives grâce auxquelles l'actuel gouvernement allemand croît avoir trouvé les recettes de sa croissance et la bonne santé de ses industries. Par ailleurs il ne dit pas un mot de la nécessaire protection des actifs européens contre les offensives sans réciprocité de la Chine. La France pour sa part, qui n'a pas fait les efforts d'aide à l'investissement industriel de l'Allemagne, s'enfermerait dans la stagnation économique et sociale si elle suivait ces orientations.

Répétons ce que nous avons plusieurs fois écrit ici. Un vrai pacte de compétitivité intéressant non seulement la France et l'Allemagne, mais la totalité de la zone euro supposerait d'abord que l'on y relance les investissements productifs, quitte à faire appel comme les USA actuellement à de nouveaux déficits budgétaires. Dans ce cadre, il ne faudrait pas décourager mais encourager les dépenses publiques dans les infrastructures et la recherche. Il supposerait aussi que se mette en place, sans attendre d'éventuelles réformes constitutionnelles, un gouvernement fiscal, réglementaire et économique de la zone euro, permettant de parler d'une seule voix face à tous les grands blocs (y compris celui qui semble en train de se constituer entre pays arabes).

Sur ce dernier plan de l'international, la France aurait pu rappeler à l'Allemagne qu'elle faisait fausse route en espérant rester compétitive et exportatrice face à la Chine. Dans quelques temps, comme le démontre l'excellent dernier livre de Erik Izraelewicz « L'arrogance chinoise » (Grasset 02/2011) , il ne restera rien de ces avantages.

Si l'euro était et devrait rester un bouclier, ce ne serait qu'aux conditions rappelées ci-dessus. On voit malheureusement que sous l'influence des intérêts à courte vue du capital financier mondialisé, ni la France ni l 'Allemagne ni a fortiori les autres Etats européens n'envisagent de telles mesures. L'attention sera attirée dans les prochains mois par les guignolades qui seront mises en scène au G20. Notre propre représentation, décrédibilisée à différents égard, ne fera qu'ajouter à la confusion. Quant à l'actuel directeur général du FMI, tout laisse penser qu'il restera fidèle à la ligne de l'organisme, ne laissant pas présager de changements sensibles dans le discours politique officiel des prochains mois.

Voilà qui pourrait justifier les futures et prévisibles manifestations de rues dans les pays les plus touchés par de telles « orientations pour la compétitivité ».


18/02/2011
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